JO Alpes 2030 : bientôt le retour des drapeaux, et déjà l'heure des comptes
Jeux olympiques 2030 / Le 23 février à Albertville pour le drapeau olympique, puis le 16 mars à Chamrousse pour le paralympique : la France se prépare à récupérer officiellement les emblèmes des Jeux d'hiver 2030 à l'issue de Milan-Cortina. Un passage de relais attendu alors qu'en coulisses, l'organisation des Alpes françaises avance difficilement, perturbée par des dissensions internes et une gouvernance dont les soubresauts interrogent autant qu'ils inquiètent.
Photo : Anneaux olympiques - Pixabay © BLazarus
Jusqu'où l'hémorragie ira-t-elle ? Depuis plusieurs semaines, le comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) traverse une séquence compliquée. À l'heure où nous écrivons ces lignes, ce mardi 10 février, un nouveau séisme vient de frapper le comité. Cyril Linette, numéro deux et directeur général derrière le président Edgar Grospiron, serait sur le départ selon les informations révélées par Le Parisien. Mais contrairement à ses prédécesseurs, l'ex-patron des sports de Canal+ est cette fois-ci poussé vers la sortie par le champion olympique 1992 lui-même. Un limogeage validé par les parties prenantes - le Ministère des sports, les Régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes et le comité national olympique français - ce qui vient confirmer et amplifier un malaise plus global.
Avant ce récent retournement de situation, c'est la démission de Bertrand Méheut, le 2 février dernier, qui avait mis le feu aux poudres. L'ancien patron de Canal+, alors à la tête du comité des rémunérations, n'avait pas mâché ses mots dans sa lettre de démission consultée par nos confrères et consœurs de L'Équipe qui faisait état d'une « dérive importante » du fonctionnement interne du Cojop. Une alerte sérieuse, émanant d'un organe pensé pour garantir l'équilibre et la supervision des décisions sensibles (les rémunérations et plus généralement les engagements impactant la masse salariale). Cette démission s'ajoute à celles d'Anne Murac, directrice des opérations en décembre dernier, puis d'Arthur Richer, directeur de la communication en janvier, soit un cumul de trois postes clefs quittés en l'espace de quelques semaines.
Des désaccords structurels
Selon les informations révélées par L'Équipe, ces départs successifs traduisent des désaccords profonds sur l'architecture même de l'organisation. Ils portent notamment sur la réorganisation de l'organigramme, la création de nouveaux postes de direction et le rattachement hiérarchique d'un futur directeur général adjoint. À cela s'ajoute une friction persistante sur la place et le rôle des comités indépendants - rémunérations, audit, éthique - dont certains membres estiment que les avis ne sont pas suffisamment intégrés au processus décisionnel. La question du pilotage des clusters territoriaux, chargés de livrer concrètement les Jeux sur les différents sites alpins, constitue un autre point de crispation. Or ce levier stratégique conditionne la capacité à prendre des décisions rapides sur le terrain, à coordonner des sites éloignés les uns des autres et à éviter une centralisation excessive au siège du Cojop.
Une mécanique encore à définir
Sur le plan institutionnel, l'État et les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur ont pourtant posé un cadre, avec un Pacte des financeurs garantissant près 2 milliards d'euros pour le fonctionnement du comité d'organisation, auxquels s'ajoutent les investissements de 800 millions liés aux infrastructures, pilotés par la Solideo, établissement public en charge de la coordination et de la réalisation des ouvrages liés aux JO. Mais ce socle financier ne suffit pas à dissiper les incertitudes dans un contexte où la France n'a pas réellement connu de phase de candidature classique, les Alpes 2030 ayant été attribuées sans concurrence.
Interrogé par L'Équipe à Milan le 5 février, Edgar Grospiron, président du Cojop, récuse toute dérive. « Il n'y a à aucun moment un président hégémonique qui décide seul », rappelant au passage que les décisions passent par « des comités, un bureau exécutif et la validation finale du Comité international olympique ». Il assume toutefois une ligne exigeante, estimant qu'« on a besoin d'une organisation hyper robuste », notamment pour éviter les lourdeurs observées lors d'autres éditions, où trop de décisions nécessitaient une validation des plus hautes sphères. Le temps presse, à un peu plus de quatre ans de l'ouverture, la carte définitive des sites n'est pas totalement arrêtée et certains équilibres financiers restent encore à définir, plaçant la "robustesse" promise par Edgar Grospiron au pied du mur.

