Sarah Jérôme, du mur invisible à la toile sensible

par JED
Publié Jeudi 19 février 2026

Art contemporain / S'inspirant du roman "Le Mur invisible", Sarah Jérôme investit tous les espaces de la Fondation Bullukian, avec notamment quelques très belles toiles.

Photo : crédits Blandine Soulage

Coulures, couleurs aux dominantes bleu-vert, fonte des corps parmi les paysages... L'artiste Sarah Jérôme (née en 1979, avec une double formation de danseuse et d'artiste plasticienne) présente plusieurs tableaux inédits, petits et grands, inspirés du roman de Marlen Haushofer, Le Mur invisible (1963), ainsi que quelques sculptures et petites installations. Le roman décrit la survie d'une femme dans les forêts des pré-Alpes, isolée du reste du monde par un "mur invisible". Dans les années 2000, il deviendra une référence pour l'écoféminisme.

L'empêchement, la métamorphose des corps, leur présence physique, le travail sur le geste traversent les toiles de Sarah Jérôme, résonnant beaucoup avec sa sensibilité de danseuse. « Le rapport direct à la matière est essentiel - c'est un dialogue tactile, presque sensuel. Je suis attirée par des médiums anciens, organiques comme la peinture à l'huile, le fusain, l'argile ou la cire, car ils me permettent d'osciller entre les extrêmes : parfois dans un réalisme précis et contrôlé, parfois dans une gestualité instinctive. » précise l'artiste.

Cette exposition marque une nouvelle étape dans son œuvre, où la nature se fait particulièrement présente : « La nature et le paysage ont pris une place importante dans mes œuvres récentes, ils s'incarnent comme des lieux de transformation de soi et d'émancipation. Je les vois non comme un décor mais comme une force active, un espace où s'expérimentent de nouveaux chemins et de nouvelles manières d'exister. »

Portrait de l'artiste ©Fanny Giniès

Images en devenir

En déambulant dans l'exposition, on pressent que Sarah Jérôme a tenté de donner un caractère immersif à son accrochage (comme l'avait fait avant elle avec brio à la Fondation Bullukian, Eva Nielsen). Mais ici, la variation des formats et des atmosphères (de salle en salle) nous laisse toujours un peu à distance, et l'exposition se donne à voir finalement comme un accrochage assez classique. Certains tableaux sont à nos yeux assez anecdotiques (voire un peu "lourds" ou "de circonstance"), d'autres retiennent durablement le regard, notamment une très grande toile où une femme ramasse des herbes ou des fleurs au milieu d'une forêt. La palette, la manière, les lumières pointillistes et presque clignotantes de l'œuvre nous font penser directement à l'univers (admiré) du peintre Peter Doig. Sarah Jérôme cite, elle, plutôt Cy Twombly ou Anselm Kiefer. 

Ailleurs, c'est une toile presque abstraite qui nous frappe et qui se révèle être, peu à peu, une fenêtre dégoulinante de pluie et s'ouvrant sur un paysage en train de se dissoudre... Bref, il y a quelques tableaux si forts dans l'exposition qu'on oublie vite les (nombreuses) œuvres moins abouties. 

Sarah Jérôme, Le Mur invisible
Jusqu'au 27 juin 2026 à la Fondation Bullukian (Lyon 2e) ; entrée libre