Usages du sensible : les expositions à voir en février à Lyon et dans sa région
Sélection / Des paysages irradiés à l'hommage, du dessin charnel à la peinture de mémoire, cette sélection traverse des expositions où les formes s'éprouvent au contact du réel. Matières pauvres, gestes fragmentés, récits discontinus : partout, les œuvres résistent à l'évidence, interrogent le regard et travaillent l'échelle. Une cartographie sensible de pratiques actuelles, entre plaisir visuel, inquiétude diffuse et attention obstinée à ce qu'il reste.
Photo : Vue de l'exposition ''Drawing Matter'' © C.Cauvet / Ceysson & Bénétière
SuperBal
Art contemporain / Accueillant jusqu'à la mi-février les œuvres de dix-huit artistes au sortir de l'Ensba, l'ancienne salle de bal de la Maison du Peuple de Vénissieux retrouve sa dimension festive et collective. Le large spectre de médiums employés dessine un parcours émaillé d'expériences esthétiques singulières, mais partageant une attention commune aux matériaux ordinaires et au détournement des usages. Dans une mise en abyme captivante, la visite se poursuit dans les salles du MuMi, musée miniature conçu par Le gentil garçon en 2017, exceptionnellement intégré au parcours, et offrant, à travers un déplacement d'échelle, un redoublement du plaisir scopique.
FM

SuperBal par Jules Andrieux, Mona Chevalier, Zora Decherf, Esteban Devignaud, Gabriel Gallardo, Lisa Guiga-Masini, Lauryn Houel, Jiangshuai Hou, Laëtitia Isaac, Valentine Jouault, Léa Labidoire, Julia Launay, Théophile Rolland, Nisa Senol, Sirag Sesetyan, Daniela Sonnabend, Inès Tabbakh-Malleon
Jusqu'au 14 février 2026 au centre d'art Madeleine-Lambert (Vénissieux) ; entrée libre
Drawing Matter
Dessin / L'exposition métamorphose l'acte de dessiner en une éruption de matières vivantes ou inertes où sang, terre, poussière, limaille, deviennent agents plastiques. Les œuvres convoquent une organicité brute engendrant des visages et des corps, mais également des symboles ou des édifices, tous marqués par l'incandescence ou le fantomatique. Dans ce flux, le dessin échappe à sa linéarité pour se faire texture, déchet réinventé, trace vivante : il se creuse et se prolonge, fragile et viscéral, jusqu'à interroger nos sens.
FM

Drawing Matter par Nicolas Daubanes, Gloria Friedmann, Rémy Jacquier, Tania Mouraud, Orlan, Lionel Sabatté
Jusqu'au 19 février 2026 à la galerie Ceysson & Bénétière (Lyon 2e) ; entrée libre
Hommage à Charles Malle
Peinture / La galerie Estades rend un hommage à Charles Malle, à travers une exposition couvrant les trois dernières décennies de son travail. Disparu en 2023, l'artiste originaire de Douai laisse une œuvre structurée par un dialogue constant entre lignes droites et lignes sinueuses, où les premières affirment l'ossature du tableau par leur force, tandis que les secondes infléchissent l'espace, introduisant une forme de déflexion temporelle. Dépourvues d'une vaine nostalgie, ses toiles opèrent un léger décalage : ce qui se donne à voir n'est jamais la simple restitution d'un passé, mais la recréation d'un souvenir en mouvement. Une peinture qui résiste à l'appropriation immédiate et tire précisément de cette distance sa fascination.
FM

Hommage à Charles Malle
Jusqu'au 7 mars 2026 à la galerie Michel Estades (Lyon 1er) ; entrée libre
Hommage à Francis Bacon
Exposition collective / Répondant à l'invitation de Thierry Bounan, huit artistes mettent en tension des dialogues faits de résonances, fragments et sensations avec l'un des artistes les plus fascinants du XXᵉ siècle. Installées sur une frise évoquant les grands aplats de Bacon, les œuvres exposées, sans se limiter à répéter fidèlement les formes de son travail, se révèlent traversées par des mouvements magmatiques de défiguration, générant des déformations formelles et tonales qui auraient certainement plu à celui que Gilles Deleuze a défini dans sa Logique de la sensation, à juste titre, « l'un des plus grands coloristes depuis Van Gogh et Gauguin ».
FM

Hommage à Francis Bacon par Edoardo Boccanfuso, Bastien Bürcher, Olivier Devignaud, Mathieu Iquel, Jérôme Moreau, Suan Muller, Léopold Poyet, Dorothée Richard
Jusqu'au 28 mars 2026 à la galerie Autour de l'image (Lyon 2e) ; entrée libre
Chapitre 3
Dessin et peinture / S'articulant dans un rapport de proximité sensible - qu'il s'agisse du lieu, de la bibliothèque de l'enfance de l'artiste, des objets-livres ou du sentiment amoureux - cette exposition redéfinit les coordonnées du corridor reliant deux salles du palais Saint-Jean. Celui-ci adopte ainsi les traits d'un carnet d'images, proche de notes d'un voyage mené dans la nature ou autour de la chambre. Les dessins et les peintures inondent l'espace, tout en demeurant enveloppés d'un silence serein, ce qui suggère une narration faite de fragments suspendus.
FM

Chapitre 3 par Violaine Barioz
Jusqu'au 28 mars 2026 à la bibliothèque de Saint-Jean (Lyon 5e) ; entrée libre
Lupin, fougère, genêt
Installation / Susanne Kriemann aborde le paysage comme une mémoire sensible, un espace où s'inscrivent durablement les transformations causées par l'activité humaine. Dans le Limousin, ancien territoire de l'extraction de l'uranium, l'artiste s'attarde sur les plantes qui ont investi les sols irradiés, non comme signes de réparation, mais comme surfaces d'enregistrement. Par le biais de photogrammes et de soieries grand format, lupins, fougères et genêts apparaissent tels des vestiges vivants, à la fois fragiles et persistants. Une radiographie poétique et inquiète d'un monde postnucléaire, où la nature conserve autant qu'elle révèle.
FM
Lupin, fougère, genêt par Susanne Kriemann
Jusqu'au 28 avril 2026 au Goethe-Institut (Lyon 2e) ; entrée libre
Double jeu et Jeu double
Expositions collectives / Deux lieux associatifs, Interface à Dijon et la BF15 à Lyon, proposent des expositions croisées qui permettront tour à tour de découvrir deux artistes lyonnais (Sabine Leclerq et Guillaume Perez) puis deux artistes dijonnais (Mathilde Besson et Johan Côte Gayffier). Leurs œuvres se confrontent et s'adaptent aux espaces d'expositions pour des accrochages toujours singuliers. On attend beaucoup notamment des créations de Guillaume Pérez, que l'on avait pu découvrir à l'URDLA dernièrement, et pour qui la peinture doit se déployer au-delà de la toile et de la surface.
JED

Double jeu et Jeu double par Sabine Leclerq, Guillaume Perez, Mathilde Besson et Johan Côte Gayffier
Du 5 février au 30 mai 2026 à la BF15 (Lyon 1er) ; entrée libre
Chants pour les indésirables
Art contemporain / Le travail de Gernot Wieland s'organise autour d'images qui ne cherchent ni la résolution ni la cohérence, mais œuvrent au contraire dans l'épaisseur du reste. Vidéos, dessins et objets forment un dispositif parcellaire où la mémoire agit par surgissements discontinus, comme un matériau instable. Issus d'un travail de sédimentation, figures, mots et souvenirs reviennent hanter le présent, mais sous une forme constamment altérée ou déplacée. Le montage opère donc comme un symptôme, faisant apparaître des tensions entre langage, autorité et subjectivation.
FM

Chants pour les indésirables par Gernot Wieland
Jusqu'au 15 mars 2026 au MAMC+ (Saint-Priest-en-Jarez) ; de 0 à 6, 50€

