Les Chartreux

Formes intranquilles : les expositions à ne pas rater en mai à Lyon et Villefranche

Publié Mercredi 29 avril 2026

Sélection / Entre reflets, fragments, récits intimes ou collectifs, les expositions de mai troublent les évidences. Des silences feutrés aux violences sourdes, des gestes cinématographiques aux interrogations des dispositifs, c'est tout un éventail d'expériences sensibles qui s'ouvre à celles et ceux qui franchiront les seuils des espaces d'art, exigeant autant d'attention que d'abandon.

Photo : Vue de l'exposition ''Les critiques'' par Nicolas et Jean Jullien ©Ghislain Mirat

Dorothée Richard

Peinture / Récapitulant une décennie de collaboration avec la galerie tout en ouvrant sur un nouveau parcours, l'exposition se tient à la croisée de deux temporalités. Les œuvres au feutre de l'artiste, empreintes d'un regard cinématographique et d'une poétique de l'ordinaire urbain, se confrontent à de nouveaux fragments intimes traduits à l'acrylique. Un déplacement loin d'être anodin, qui intensifie les images et les voile d'indétermination : un geste à la fois chargé de pathos et de retenue, irradiant portraits et scènes d'intérieur silencieuses.

Vue de l'exposition ''Au fil du temps'' par Dorothée Richard ©Autour de l'image

Au fil du temps : 2016-2026 par Dorothée Richard
Jusqu'au 9 mai 2026 à la galerie Autour de l'image (Lyon 2e) ; entrée libre


Marc-Antoine Decavèle

Peinture / Les œuvres de Marc-Antoine Decavèle déploient la dialectique d'un état en mouvement permanent, où l'eau et les nymphes demeurent en suspension, images d'images glissant entre rêve et imagination. La nymphe, « être indiscernable de forme et matière » (Agamben), affleure dans des apparitions opalescentes qui restituent l'aspect lumineux de l'opacité aquatique, laissant surgir « ce flottement à travers lequel la forme et la matière se trouvent irrésolues », comme l'artiste suggère dans le texte qui accompagne l'exposition.

Marc-Antoine Decavèle, L'antre des nymphes, l'eau des rêves, n°7, acrylique sur toile, 80x160 cm

L'antre des nymphes - L'eau des rêves par Marc-Antoine Decavèle
Jusqu'au 9 mai 2026 à la galerie Valérie Eymeric (Lyon 2e) : entrée libre


Nicolas et Jean Jullien

Peinture et sculpture / Investissant la grande salle de la galerie, les frères Jullien articulent les sculptures en bois de l'un et les tableaux de l'autre de manière à composer une exposition presque autosuffisante. Les œuvres ne se contentent pas de dialoguer, mais rejouent et intègrent les conditions mêmes de l'exposition : présence des visiteurs et visiteuses, réactions, animaux de compagnie, circulations suggérées. Dans cet espace saturé, un léger vertige s'installe : et si, en renversant l'aphorisme d'Oscar Wilde, l'on en venait à penser que « tout être humain est (ici) inutile » ?

Vue de l'exposition ''Les critiques'' par Nicolas et Jean Jullien ©Ghislain Mirat

Les critiques par Nicolas et Jean Jullien
Jusqu'au 16 mai 2026 à la galerie Masurel (Lyon 2e) ; entrée libre


Liv Schulman

Installation vidéo / Sirco ceguro est une fiction entièrement filmée à travers les reflets des surfaces des bâtiments corporatifs, administratifs et financiers du Microcentro de Buenos Aires : l'image, n'apparaissant jamais de manière directe, s'avère toujours médiatisée et filtrée. Dans cet environnement lisse et contrôlé, des figures clownesques surgissent. Sans semer le chaos à la manière de Tati, elles s'insèrent au contraire parfaitement dans les logiques du marché, dont elles révèlent l'absurdité de l'intérieur. Par de subtils décalages, presque imperceptibles, elles instillent un trouble diffus qui vient fissurer - et presque paranoïser - l'ensemble du dispositif.

Still issu de l'exposition ''Sirco ceguro'' par Liv Schulman, 2026, capture : Liv Schulman

Sirco Ceguro par Liv Schulman
Jusqu'au 23 mai 2026 à la Salle de bains (Lyon 1er) ; entrée libre


Zlatko Glamotchak

Peinture et sculpture / Entrer dans l'exposition, c'est pénétrer un espace chargé, presque muet - à la manière d'un ossuaire - habité d'un amas de corps fragmentés et de présences silencieuses. Nous avançons avec précaution, comme sur une ligne de crête, au bord d'un vertige dantesque. L'œuvre de l'artiste monténégrin se confronte aux zones les plus sombres de l'histoire humaine : un temps qui n'est pas révolu, mais qui prolonge ses ombres sur notre présent. Car guerres, déportations, fabrications des différences nourrissent encore ce tragique persistant. Entre corps disloqués et figures de victimes expiatoires, celle de Glamotchak est une humanité livrée à l'arbitraire des pouvoirs : sa découverte s'impose, de ce fait, comme une expérience exigeante, réduisant au silence toute parole simplificatrice.

Zlatko Glamotchak, Corpus separatum, résine et poudre de plomb et métal, 200x280 cm

La Divine Comédie par Zlatko Glamotchak
Jusqu'au 23 mai 2026 à la galerie Ories (Lyon 2e) ; entrée libre


Damir Radović, Ludovic Paquelier et Salim Fassi-Fehri

Peinture / Autour du thème de la lutte, le directeur Stéphane Maisonnette orchestre une exposition où se confrontent trois esthétiques âpres et militantes. Chez Damir Radović, la toile devient un espace de tension entre la légèreté vibrante de la couleur et des fragments textuels chargés de confessions et de revendications, comme arrachés à un journal intime. Les dessins de Ludovic Paquelier, situés à la lisière du réel et de la dystopie, se heurtent de plein fouet à une actualité dramatique, qu'ils transposent en images à la fois troublantes et incisives. Aux côtés de ces deux artistes confirmés, l'exposition révèle pour la première fois le travail de Salim Fassi-Fehri. Ses grandes toiles déploient une puissance frontale : une mise à nu du réel, portée par une parole critique comme celle gravée dans l'épaisseur d'une surface murale urbaine.

Vue de l'exposition ''Struggle'' par Damir Radović, Ludovic Paquelier et Salim Fassi-Fehri

Struggle par Damir Radović, Ludovic Paquelier et Salim Fassi-Fehri
Jusqu'au 24 mai 2026 à la galerie Kashagan (Lyon 1er) ; entrée libre


Gaelle Loth

Dessin et sculpture / L'univers de l'artiste lyonnaise se distingue sans doute par sa suavité, au point que toute forme et toute thématique semblent se trouver enveloppées dans un voile léger, capable de suspendre le temps. C'est également le cas dans Derrière la colline, un dialogue silencieux composé de traits, d'aplats et d'objets, qui dessinent les contours d'un hommage émouvant à son âme sœur artistique, Yan Charpentier. L'exposition progresse par fragments : des formes répétées, construites comme autant de microhistoires, entrent en résonance avec la fragmentation de la vidéo de Charpentier projetée dans la salle souterraine. Cette dernière, restituant des bribes d'une fête sauvage sur les quais de Saône, confie des instants de partage, à la fois dansants et solaires, au mouvement incessant de la disparition.

Vue de l'exposition ''Derrière la colline'' ©David Desaleux et Galerie Tator

Derrière la colline par Gaelle Loth en dialogue avec une vidéo de Yan Charpentier
Jusqu'au 29 mai 2026 à la galerie Tator (Lyon 7e) ; entrée libre


Jean Batail

Dessin / Dans le prolongement de l'exposition Jadis et naguère de l'année dernière, ce deuxième rendez-vous avec l'œuvre de Jean Batail permet de dévoiler 36 dessins à la mine de plomb, où l'économie de moyens fait naître une esthétique sombre et feutrée. Les images, froissées, grattées, parfois presque effacées, laissent affleurer des visages d'inconnus, comme retenus dans une matière en tension. Le regard se retrouve ainsi à circuler à travers des images innervées, que le trait plie et replie, leur donnant une profondeur presque tactile. Oscillant entre apparition et disparition, les œuvres graphiques de Jean Batail opèrent dans le fantomatique, sans se résoudre à se libérer de la force érosive du temps

Jean Batail, Sans titre, mine de plomb sur papier 30x40 cm

Oeuvres sur papier par Jean Batail
Jusqu'au 30 mai 2026 à la galerie Henri Chartier (Lyon 2e) ; entrée libre


Sacrées Boîtes

Art dévotionnel / Le Musée de Fourvière met à l'honneur un ensemble méconnu : les boîtes vitrées de dévotion, réalisées du XVIIe au XXe siècle, souvent par des moniales. Relevant d'une écriture précise, où chaque élément resserre le sens, ces miniatures refusent toute accumulation décorative afin de déployer récits et visions, entre quotidien cloîtré et élans mystiques, austérité et délices. Nées dans le contexte de la Réforme, ces « boîtes » révèlent une vie intérieure intense, concrétisée dans les minutieuses reproductions du quotidien du monastère ou dans les luxuriantes célébrations des saints.

Cellule de carmélite, cire, tissus de laine, papier, carton, verre, bois, 31, 5 x 31, 5 x 30 cm, deuxième tiers du XIX siècle, Carmel Bourguignon ©Coll. Thierry Pinette

Sacrées Boîtes
Jusqu'au 23 août 2026 au musée de Fourvière (Lyon 5e) ; 0 à 6€


Muséocoulisses : un musée, des métiers

Meta-exposition / De quoi est faite une exposition ? Qui en imagine les contours, en orchestre la préparation et en assure la continuité, même lorsque les portes du musée se referment ? Muséocoulisses répond à ces questions en levant le voile sur le travail minutieux et rigoureux des équipes, révélant un processus aussi discret qu'ininterrompu. Confié à l'ensemble du personnel, le commissariat devient un récit tressé de travail quotidien et d'imagination où le musée, se donnant lui-même pour objet, s'expose et se raconte. Le parcours devient alors un espace de compréhension et de transmission, où se dissipent les idées reçues et où se dévoile, avec clarté, la complexité et la nécessité des structures muséales.

Hilary Dymond, L2, série Littoral, 2008, huile sur toile, Musée Paul-Dini © Adagp, Paris, 2026 © photo musée Paul-Dini / D. Michalet

Muséocoulisses : un musée, des métiers
Jusqu'au 20 septembre 2026 au Musée Paul-Dini (Villefranche-sur-Saöne) ; 0 à 6€