LBF 2026

Le théâtre de l'Élysée lance un crowdfunding

Publié Mercredi 22 avril 2026

Théâtre / C'est pour racheter ses murs que le théâtre situé au cœur de la Guillotière lance une campagne de financement participatif.

Photo : De gauche à droite : Gabriel Laval Esparel (direction et programmation), Justine Baron (régie générale), Lou Marchais (responsable communication), Valentin Fesquet (relation publics, accueil et billetterie), Nicolas Ligeon (administration de production). ©LS/LePetitBulletin

Bruno Boëglin, Gwenaël Morin, Emmanuel Meirieu : des figures du théâtre contemporain qui ont bien commencé quelque part. Et ce quelque part, c'est le théâtre de l'Élysée qui a ouvert ses portes à la fin des années 90. Le premier de ces metteurs en scène était déjà une figure majeure du théâtre français quand il y a présenté Gracias adios ; les deux autres y ont fait leurs toutes premières armes avec, respectivement, Pareil pas pareil et Alice au pays des horreurs. Niché au cœur du quartier populaire - régulièrement instrumentalisé par la droite et en proie à une gentrification croissante - de la Guillotière, cet ancien cinéma, un des plus anciens de la ville, n'aurait jamais été reconverti en théâtre sans la volonté de Jacques Fayard. Il est resté plus de trente ans à la tête de l'association avant de peu à peu transmettre les rênes de la structure à Gabriel Laval Esparel (à la direction et la programmation) et à Nicolas Ligeon (à l'administration et à la production). Jacques Fayard est cependant resté propriétaire des murs après son départ, et souhaite aujourd'hui les vendre. « Cela fait 4-5 ans qu'on sait qu'il faudra tôt ou tard qu'on rachète le théâtre », témoigne Nicolas Ligeon, « le plus dur a notamment été de trouver une banque, une association qui dépend beaucoup d'argent public a tendance à les refroidir », détaille-t-il. L'équipe déclare avoir trouvé un établissement bancaire qui leur prêtera au moins 100 000 des 250 000 euros que leur coûterait ce rachat des murs. Ils y ajouteraient un apport de 50 000 euros, et espèrent bénéficier d'aides publiques. Elles et ils ont entre autres adressé des demandes à la Métropole et à la Ville. Les votes de la Métropole sont en juillet, ceux de la Ville en septembre.

Devenir propriétaire de son outil de production

Même si les aides venaient à tomber, le compte n'y serait cependant pas. Le théâtre de l'Élysée lance donc une campagne de financement participatif, avec pour objectif de récolter 50 000 €. « On a toujours pensé à cette possibilité là », déclare Nicolas Ligeon qui reprend le vocable marxiste, celui de la nécessité « d'être propriétaire de son outil de production ». Il reconnaît sans problème les risques qu'implique ce projet, particulièrement dans le contexte actuel, sans pour autant s'en alarmer : « Il existe un risque d'endettement évidemment, mais une salle de spectacle ne se revend pas comme ça. On ne serait pas propriétaires d'un capital qui peut nous sauver la mise. Le théâtre de l'Élysée a toujours été le lieu des premières fois, ce changement en est une autre, première fois ». C'est aussi symbolique pour l'équipe : « Le théâtre de l'Élysée ne serait plus qu'une seule personne, donc ça le sécuriserait dans le temps », précise-t-il. Si ce type d'initiative n'est pas encore très répandue dans le théâtre, on en voit de plus en plus dans les milieux culturels, alternatifs ou militants. En 2021, le bar associatif L'Amicale du futur avait récolté plus de 100 000 euros. L'année écoulée, le Sonic a reçu près de 22 000€ et le Boomrang 10 000€ via des opérations de financements participatifs.

Laboratoire de l'organisation collective
« Ce changement va forcément impulser chez nous de nouvelles réflexions, nous pousser à réfléchir à notre structuration juridique », ajoute Gabriel Laval Esparel qui explique que le théâtre accueille aussi une dizaine de structures louant des bureaux : « On va retrouver avec des ressources propres augmentées mais aussi une nouvelle activité économique ». Il évoque la possibilité de repenser l'organisation du lieu avec ses locataires, tous plus ou moins en lien avec le monde culturel. On y croise un programmateur en sciences humaines, un éditeur de jeux vidéo, un bureau d'accompagnement en production, des compagnies de théâtre, des indépendantes en communication, une lightning artist, un tourneur et un bureau d'étude fluide sur les avants-projets architecturaux...

Au théâtre de l'Élysée, les salaires varient entre 12 et 14 € de l'heure et les compagnies sont rémunérées au partage de billetterie à hauteur de 60% « alors que l'activité et croissante et que les demandes politiques sont toujours de faire plus, d'aller plus loin », constate Nicolas Ligeon. « On se met une certaine pression nous-même à faire toujours plus, on passe nos journées à dire non », le rejoint Gabriel Laval Esparel. Il ajoute : « on est toujours autour des 95% de remplissage, le théâtre est sans cesse utilisé, si ce n'est pas par du théâtre ou des concerts, c'est par des associations du quartier. »

De gauche à droite : Gabriel Laval Esparel (direction et programmation), Justine Baron (régie générale), Lou Marchais (responsable communication), Valentin Fesquet (relation publics, accueil et billetterie), Nicolas Ligeon (administration de production). ©LS/LePetitBulletin

Sauver le 1er maillon de l'émergence

Le théâtre de 10 à 70 places joue - au même titre que celui des Clochards célestes par exemple - un rôle majeur pour que les compagnies se structurent et se fassent connaître. En les programmant mais aussi en leur permettant d'effectuer une trentaine de résidences par an. Et cela, dans un paysage qui s'est densifié (le nombre d'écoles de théâtre reconnues ont doublé depuis le début des années 2000) tandis que les subventions allouées à la culture stagnent ou disparaissent. « Le désengagement de la Région nous a mis un gros coup », se remémore Gabriel Laval Esparel. Nous l'évoquions en avril dernier : parmi les multiples structures touchées par la soudaine baisse de 12 % du budget consacré au fonctionnement relatif à la culture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, il y avait entre autres les cinq structures lyonnaises qui bénéficiaient du label "scènes découvertes" de la Ville de Lyon. « On a perdu 15 000 €. Cela a notamment eu un impact sur nos rémunérations mais aussi nos projets de territoire », témoigne Nicolas Ligeon qui cite l'enveloppe dédiée aux coproductions ou celle qui doit amortir les frais de séjour et de déplacement des compagnies issues de toute la région.

C'est d'ailleurs du constat de sinistrose ambiante que va partir la Compagnie 24 carats pour le feuilleton théâtral qui accompagnera la campagne de crowdfunding du théâtre ; « Leur pitch c'est que la Région développe un beau projet qui s'appelle "Bleu blanc rideau", et qu'on veut postuler en proposant de faux spectacles », détaille Gabriel Laval Esparel. Parallèlement, une exposition retracera la trajectoire du théâtre, tandis que « d'autres choses vont se rajouter », conclut Lou Marchais, responsable communication du théâtre.

Campagne de crowdfunding du théâtre de l'Élysée
Du 28 avril au 13 juin 2026 au théâtre de l'Elysée (Lyon 7e)