Jim Queen, nobody's perfect
OnlyFans / Une parodie animée irrévérencieuse entre satire politique, épopée trash et explosion visuelle euphorisante.
Photo : Jim Queen ©2025 Bobbypills Umedia
Studio français spécialisé, Bobbypills s'est imposé depuis sa création en 2017, comme une marque incontournable dans l'animation adulte. Après des séries comme Vermin, Peepoodo and the Super Fuck Friends, ou plus récemment, Creature Commandos pour DC Studios, la firme s'essaie au long-métrage avec Jim Queen. Sous-titré « à la recherche de la chloroqueer », le film suit Jim, une icône sexy de la scène gay parisienne. Le héros voit sa vie basculer lorsqu'il contracte l'hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels. Aidé par Lucien, un jeune homme qui peine à s'assumer, il part en quête d'un mystérieux remède. Â
Killer Queen
Marco Nguyen et Nicolas Athane ancrent leur comédie cartoonesque au cœur d'une esthétique queer fièrement revendiquée. Ce faisant, ils en profitent pour tirer à boulets rouges sur les réactionnaires et les homophobes à grands coups de gags délirants et d'idées visuelles accrocheuses. Pas un plan n'apparaît sans qu'une image, un texte ou un détail ne déclenche le rire (mention spéciale à la gaystappo). La quête des deux héros les voit ainsi traverser les différentes facettes de la communauté LGBT, abimant au passage l'idéal d'un groupe soudé. Ici, les bears et autres kiffeurs sont autant d'îlots hermétiques in fine fortement normés. Idéalistes, les réalisateurs achèvent leur récit par une bataille épique de réconciliation et d'union qu'ils mettent en scène avec une redoutable efficacité. Au-delà de son irrévérence permanente, Jim Queen impressionne également par la richesse de son animation. Bobbypills déploie une direction artistique extrêmement généreuse, multipliant les couleurs criardes, les designs grotesques et les compositions volontairement excessives.
Heroïque fantaisie
Cette surcharge visuelle participe pleinement à l'identité du film, qui transforme chaque séquence en terrain de jeu absurde et euphorique. La force du long-métrage tient autant à son humour, qui force sans cesse le trait pour mieux faire mouche, qu'à sa relecture résolument camp des grands récits héroïques. Les réalisateurs se délectent des archétypes des mythes et légendes bien connus. Après des débuts musicaux tout droit sortis d'un Disney (méchante marâtre incluse), l'aventure prend des tournures de pure heroic fantasy. Le schéma du héros cher à Joseph Campbell est appliqué à la lettre. De l'appel de l'aventure à la descente aux enfers (avec une très drôle scène de chemsex), nos deux protagonistes vont combattre, rencontrer des alliés ou des ennemis, traverser les étapes jusqu'à leur but final. Un climax qui révèle leurs identités enfin assumées, mais qui ne se défait heureusement jamais du mauvais esprit et du sens du trash qui font tout le sel de ce Jim Queen.Â
Jim Queen
De Marco Nguyen et Nicolas Athane (France, Belgique, 1h20) avec les voix d'Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon... En salle le 17 juin 2026.
