Concertina : penser la terre

Publié Lundi 1 juin 2026

Idées / Peut-on considérer la terre comme un commun ? C'est autour de cette question - et de nombreuses autres, connexes - que gravitera la 6ᵉ édition de Concertina, le festival qui pense les enfermements en Drôme.

Photo : Concertina 2025 | Photo : Aude Lionel Marie D'Arc

Le festival dont on doit l'initiative à Bernard Bolze (militant de la condition carcérale et fondateur de l'Observatoire international des prisons en 1990) revient dans les terres ô combien symboliques de Dieulefit, là où « nul n'est étranger ». Avec des conférences, des projections de films, des plateaux radio, des installations, des concerts, des conférences gesticulées, des spectacles de rue et des ateliers, l'événement questionne depuis 2021 toutes les formes d'entrave dans l'espace public mais aussi dans les prisons, les centres de rétention administrative, les gardes à vue et les hospitalisations sous contrainte.

Après une édition sur les évasions, une autre sur les barbelés, une autre sur les marges et une dernière sur les appétits, la dernière interrogera de la notion de "terre". Essayant, d'une part, de la circonscrire : la terre du réel et celle de nos imaginaires, la terre comme espace délimité, fermé, convoité, isolé... La terre qu'on cherche à rejoindre et celle dont on s'exile ; puis de questionner sa contemporanéité : « L'essor du contrôle dématérialisé dresse des barrières invisibles mais tellement efficaces ; et dessine un monde fragmenté, nouvel avatar de la peine moderne : dehors sans être libre », peut-on lire dans l'édito de cette 6e édition.

Enfermé(e)s dehors

C'est l'historienne et politiste Stéphanie Latte Abdallah qui présidera l'événement, autrice de La toile carcérale. Une histoire de l'enfermement en Palestine ou encore Des morts en guerre. Détention des corps et figures du martyr en Palestine, elle a articulé ses travaux récents autour des notions de mobilités et de frontières et du milieu carcéral en Israël-Palestine. Elle participera à plusieurs conversations, notamment « La terre nous est étroite » samedi à 14h30, qui questionne la notion d'enfermement à ciel ouvert, dans les territoires occupés par Israël.  

Résonnant avec l'exposition Zombi, aux origines au musée des Confluences que nous vous avions évoquée il y a quelques mois, une conférence (samedi à 10h30) gravitera autour de la figure du zombi en Haïti, exemple emblématique et particulièrement sinistre de la domination coloniale. On se note aussi l'atelier "Les murs sont la mer" interrogeant les possibilités d'une île (heureusement pas celles de Michel Houellebecq), qui ont joué une singulière partition dans l'histoire des enfermements. On retrouvera aussi les photographies de Paloma Laudet, membre du collectif et galerie lyonnaise Item, qui présentera son exposition No man's land, interrogeant la prolifération de murs, de clôtures et de frontières matériellement infranchissables en Europe, que l'on peut analyser comme des symptômes criants d'un monde de plus en plus fragmenté.

Concertina
Du 26 au 28 juin 2026 à Dieulefit (Drôme) ; gratuit