Nuits de Fourvière : les revenants et les passeurs

Publié Lundi 1 juin 2026

Festival / La 80ᵉ édition des Nuits fait dialoguer les présences retrouvées et les mémoires ardentes : Pulp, The Divine Comedy, Agnes Obel et Massive attack jouent l'art fragile du retour tandis que José James, Cesária Évora orchestra et le raï nous rappellent qu'un héritage n'est jamais immobile quand il est porteur de fête.

Photo : NDF25 Lamomali Grand Théâtre ©Juliette Valero

Dans cet écrin à l'histoire fascinante, où les musiques trouvent depuis 1946 leur place naturelle, de nombreuses lignes de force structurent chaque édition. Cette année, se dessine un parcours particulièrement captivant : d'un côté, des retours qui oscillent entre nostalgie et sorties surprenantes, de l'autre, des héritages remis en circulation, non comme des reliques, mais comme des matières encore brûlantes.

Revenir sans se répéter

La première ligne est celle des comebacks, dont Pulp (8 juillet) offre l'exemple le plus éclatant. Après une première résurrection en 2011, le groupe de Jarvis Cocker est revenu avec More, album foisonnant et kaléidoscopique paru il y a un an, premier véritable disque depuis plus de deux décennies. Prolongé par l'EP The man comes around, entre hommage à Johnny Cash et fragments érotiques échappés aux sessions de l'album, ce retour rompt un long silence discographique, à peine troublé par le single After You en 2013. Et il fait un bien fou.

Agnes Obel (9 juillet), elle, appartient à ces artistes dont le silence fait presque partie de l'œuvre. Depuis Myopia, en 2020, rien ne semblait vraiment devoir interrompre son jeûne discographique, sinon quelques nouveaux morceaux joués lors de concerts rares. Jusqu'à l'annonce, il y a quelques jours, via ses réseaux sociaux, de l'achèvement d'un nouvel album : une nouvelle presque inespérée, tant sa musique semble naître du retrait et de l'ombre.

De son côté, The Divine Comedy (23 juillet) obéit plutôt à une logique d'éternel retour, réapparaissant par cycles. Dans le récent Rainy Sunday afternoon, la pop ciselée du projet de Neil Hannon se charge de thèmes plus douloureux : le deuil, le vieillissement, le chagrin, la famille. La présence de la fille de son deus ex machina, Willow, comme l'évocation de la maladie d'Alzheimer de son père, donne à ce disque une intensité intime, loin du simple exercice de style.

Massive attack, enfin, fait figure de poids lourd de cette constellation, avec deux concerts, les 10 et 11 juin, complets en quelques minutes. À vrai dire, le groupe de Robert Del Naja n'a jamais disparu des radars, mais il a activé une longue raréfaction. Depuis Heligoland, en 2010, quelques EP splendides ont entretenu l'attente sans la combler. La récente collaboration avec Tom Waits, lui-même à court d'album depuis Bad as me en 2011, suffit à rallumer l'espoir et à faire rêver d'un retour plus vaste.

Des héritages en mouvement

L'autre grand mouvement de cette édition tient à l'héritage remis en circulation. Le 12 juin, Cesária Évora reviendra sous forme de passage de relais. Quinze ans après sa disparition, ses musiciens se retrouvent dans l'orchestre qui porte son nom, entourant Mayra Andrade, Elida Almeida, Ceuzany, Lucibela, Teófilo Chantre et d'autres voix capverdiennes pour faire respirer à nouveau la morna, cette musique de mer, d'exil et de mélancolie que la diva aux pieds nus a portée jusqu'au monde entier.

Le 27 juin, c'est Marvin Gaye qui sera réinterprété par José James et China Moses, cinquante ans après I want You. Plutôt qu'une célébration figée, le concert ravivera la sensualité trouble de cet album pensé avec Leon Ware, foyer incandescent où la soul, le jazz, le funk et les prémices du disco ont irrigué toute une descendance, qui ne cesse de s'enrichir encore aujourd'hui.

Enfin, le raï formera un véritable diptyque. Le 7 juin, Les Dames du raï remontera aux sources féminines de cette musique de l'ouest algérien, avec Cheikha Hadjla et Fella Japonia, vers les cheikhas qui chantaient le désir, la liberté, les interdits et les blessures sociales. Puis, le 25 juillet, El Besta, Mohamed El Khatib, Naïma Yahi et le public lui-même refermeront le festival dans un immense karaoké des chansons de l'exil. Une manière joyeuse et politique de rappeler que le raï, inscrit depuis 2022 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, reste une musique de résistance intime, de fête collective et de liberté partagée.

Nuits de Fourvière
Jusqu'au 25 juillet 2026 aux Théâtres romains de Fourvière (Rhône) ; de 13 à 85€ la soirée

The divine comedy

Associant le piano, le clavecin, les cordes et le cor à une écriture fine à une époque où le grunge et la britpop régnaient sur le monde, Neil Hannon a su trouver la bonne formule, comme en attestent sa douzaine d'albums dont le dernier,  Rainy Sunday afternoon, sorti en septembre dernier, qu'il viendra défendre sur la scène des Nuits de Fourvière.