Présent antérieur : les expositions à voir en juin à Lyon

Publié Dimanche 31 mai 2026

Sélection / Ce mois-ci, les expositions avancent par écarts et survivances. Le vivant passe par l'archive, la ville par son absence, le corps par ses filtres, le langage par ses fractures. Rien ne se présente comme une évidence et chaque œuvre laisse affleurer ce qui manque à l'image, ce qui déborde la matière, ce qui revient hanter le présent. Un panorama où le réel continue de s'écrire dans ses propres effacements.

Photo : Vue de l'exposition ''Dystopie sauvage'' © Siouzie Albiach

Bastien Bürcher

Art graphique / Avec Vitraux. Entre plomb et couleur, Bastien Bürcher présente un projet inédit, fruit de trois années de travail et de réflexion. Dans sa note d'intention, l'artiste précise : « L'idée n'a jamais été de reproduire les vitraux, mais plutôt d'aller voir ce qu'on ne regarde jamais vraiment : les lignes, les découpes, les accidents, les variations de couleurs... tout ce qui fait vivre ces œuvres lorsqu'on s'en approche réellement. » Ses monotypes rehaussés à l'huile semblent ainsi se glisser entre les vitraux qui les inspirent et notre regard, restituant la part opaque de ce qui se joue entre la lumière et l'œil : non pas la vibration elle-même, mais son silence, son secret.
FM

Bastien Bürcher, L'arrestation de Saint Jean de Damas, 2023, encre et huile sur papier Fabriano, 30 x 40 cm

Vitraux. Entre plomb et couleur par Bastien Bürcher
Du 30 mai au 7 juin 2026 à la salle des Vieilles Tours (Saint-Cyr-au-Mont-d'Or) ; entrée libre


Dystopie sauvage

Collective / La commissaire Zlata Teplyshova a transformé l'Orangerie en chambre d'échos pour des fragments de réel qui, de loin en loin, se relient et se répondent. La traversée s'amorce du côté de la sédimentation mémorielle : chez Jeanne Held, le vivant s'archive en bocaux, s'ensevelit dans l'inertie noire du charbon. Non loin, les processions de Suan Muller, entre transhumance, Moyen-âge rêvé et réminiscences rupestres, dialoguent avec les close-ups de lônes de Mélanie Planche, microcosmes fragiles où s'abrite une vie discrète. Le parcours glisse ensuite vers des paysages plus artificiels et contemporains, comme chez Fantine Lacroix où l'urbanisme est abordé comme un dispositif à la fois critique et ludique : ses formes noircies, répétitives, exposent l'imaginaire capitaliste de la ville standardisée, tout en le déjouant par le détournement, la miniature et la fiction. Les cerfs-volants de Charlotte Goffette ouvrent la voie vers la partie terminale, où l'installation d'Alan Croissant fait serpenter une chenille monumentale dans une ville ramenée à son ossature. Enfin, au centre, la cabane rassemble les présences des artistes comme un sanctuaire apaisé. Dans cette dystopie feutrée, elle ne ferme pas le parcours : elle l'ouvre au contraire sur une question simple et immense, celle de la place qu'il nous reste à tenir parmi les autres formes du monde.
FM

Vue de l'exposition ''Dystopie sauvage'' © Siouzie Albiach

Dystopie sauvage par Alan Croissant, Charlotte Goffette, Fantine Lacroix, Jeanne Held, Mélanie Planche et Suan Muller
Jusqu'au 10 juin 2026 à l'Orangerie du parc de la Tête d'Or (Lyon 6e) ; entrée libre


Owasu Motonori

Peinture / Dans la grande salle de la galerie, seize œuvres récentes de l'artiste japonais ordonnent un réalisme étrange, aplati, scandé par des pans réguliers presque rationalistes. Mais cette lisibilité se dérègle rapidement : les perspectives s'étirent, les surfaces tremblent. Une maladie douce et étrange semble traverser l'image, sans que l'on sache si elle vient de notre regard, de la peinture ou de la logique même de la fiction. Peu à peu, l'évidence s'impose : personne dans les rues, les restaurants, les stations-service ou même dans les voitures. Ce paysage désertique paraît avoir continué sans nous, suspendu entre un monde postapocalyptique et le rêve accompli de véhicules autonomes enfin libérés de l'encombrante présence humaine. Seuls demeurent trois chats, au soleil, occupés à leur toilette. Pas vraiment de solitude, ni de mélancolie : plutôt un calme ambigu, irréel, troublant, mais infiniment doux.
FM

Vue de l'exposition ''Quiet Landscape'' © Ghislain Mirat

Quiet Landscape par Owasu Motonori
Jusqu'au 27 juin 2026 à la galerie Masurel (Lyon 2e) ; entrée libre


Favrene

Peinture / Dans le petit écrin de la Maison Magenta, une vingtaine d'œuvres offrent une plongée dans l'univers solaire de Favrene, peintre croix-roussien épris de liberté. De 1978 à 2026, l'exposition traverse plusieurs périodes : des toiles anciennes, plus narratives, nourries de souvenirs personnels, trains, 2CV, vues de Lyon ou de Sète, jusqu'aux œuvres récentes, moins anecdotiques, où la peinture semble n'avoir plus d'autre sujet qu'elle-même. Chez Favrene, la couleur virevolte, le mouvement emporte tout, comme un tango jouant des complémentaires. Les fragments de vie, les animaux, les paysages imaginaires et les architectures composent une narration sans récit, guidée par l'inconscient autant que par le style. « Le plus grand danger du peintre, c'est de se plagier lui-même », confie-t-il. Toute l'exposition semble répondre à cette vigilance : rester libre, déplacer la forme et ne jamais laisser la peinture se refermer sur sa propre formule.
FM

Favrene, L'œil qui écoute - Solferino, 2026

Favrene !
Jusqu'au 30 juin 2026 à la Maison Magenta (Lyon 6e) ; entrée libre


Clara Bryon

Peinture / Scandée par une pulsation intérieure, l'exposition de Clara Bryon invite à une traversée lente, presque méditative, où le regard apprend à évoluer dans l'incertitude. Peintures à l'huile, encres de Chine, photographies voilées et vidéo composent un territoire flottant, nourri par son attention d'architecte aux seuils, aux passages, à la manière dont un espace devient habitable. Des fragments du Temple du nuage blanc de Pékin aux petits formats rappelant les fenêtres des hutongs, la matière guide l'œil vers des lieux d'hésitation, où lumière et ombre font de l'incertitude une douceur hospitalière.
FM

Clara Bryon, White cloud temple 3, 2025

Matière du temps par Clara Bryon
Jusqu'au 17 juillet 2026 au Nouvel institut franco-chinois (Lyon 5e) ; entrée libre


Anastasia Simonin et Kazuo Yagi Marsden

Art contemporain / Une symphonie silencieuse semble régner dans la salle de Kommet, faite d'éclats sourds et de résonances métalliques. Le métal est aussi celui, très banal, des filtres d'évier et de lavabo, où viennent se déposer restes alimentaires et matières organiques, rebuts de nos gestes de propreté ou de fantaisies culinaires. Déplacées et isolées, ces formes se retrouvent métamorphosées en bois, mêlées parfois à l'albâtre ou à la stéatite, et chargées d'une nouvelle intensité : le dégoûtant devient son, le résidu devient pulsation. Autour d'elles, une goutte figée comme remontant de l'étain, un rein producteur de minéraux, un coton-tige monumental et des interventions dans le mur prolongent cette méditation sur les trous, les filtres, les canalisations du corps et de l'eau. Rien ne bouge vraiment, et pourtant, dans cette fixité tendue, l'exposition du duo fait entendre la vie discrète des mécanismes ordinaires : retenir, laisser passer, nettoyer, recommencer.
FM

Vue de l'exposition ''Derrière la luette'' © Clément Servoz

Derrière la luette par Anastasia Simonin et Kazuo Yagi Marsden
Jusqu'au 18 juillet 2026 à Kommet (Lyon 7e) ; entrée libre


Philippe Hortala

Peinture / La galerie Henri Chartier poursuit sa mission de remise en lumière de l'œuvre de Philippe Hortala avec une exposition consacrée aux vues d'intérieur réalisées par l'artiste au milieu des années 1980. Grands formats picturaux, pastels et formats plus resserrés s'organisent autour de scènes domestiques, de repas, d'écrans, de fenêtres, de figures isolées ou furtives. Mais, chez Hortala, les scènes d'intérieur n'évoquent pas nécessairement l'apaisement ou la sûreté : elles laissent au contraire émerger la sensation d'une rupture imminente, déclinée dans un vertige persistant et indéracinable.

Philippe Hortala, Les jours heureux, libertés, libertés, chéries, 1986, détrempe sur toile, 246x326 cm, collection les Abattoirs, Toulouse

Voilà l'été par Philippe Hortala
Du 4 juin au 25 juillet 2026 à la galerie Henri Chartier (Lyon 2e) ; entrée libre


If words are to be sounded

Art contemporain / Dans cette exposition appelée à voyager plus d'un an entre Saint-Fons, Brême et Montbéliard, les mots deviennent voix, gestes, surfaces, attentes, transmissions. À l'heure où le langage paraît souvent vidé de sa force, les artistes interrogent ce qu'un mot peut encore porter lorsqu'il se fait entendre, dans sa tentative de résistance ou dans l'abandon de sa disparition. La figure de Theresa Hak Kyung Cha, qui résonne à travers son œuvre hybride Dictée, traverse le parcours comme une présence discrète. Autour d'elle, quatre artistes font résonner apprentissage et résistance, injonctions contemporaines et effacements historiques, composant un atlas fragile de survivances : mots, images et gestes migrant d'un corps à l'autre, laissant affleurer, dans leurs fractures mêmes, la mémoire inquiète de ce qui cherche encore à se transmettre.
FM

Claire Fontaine, Human Colleagues, 2026 (nouvelle production) / Vue de l'exposition ''If words are to be sounded'', CAP Saint-Fons, 2026 © Blaise Adilon

If words are to be sounded par Pierre Allain, Claire Fontaine, Theresa Hak Kyung Cha, Shadi Harouni et Mira M. Yang
Jusqu'au 31 juillet 2026 au CAP (Saint-Fons) ; entrée libre


Langlet Santy la permanence photographique

Photographie / C'est un projet de toute l'équipe Item qui va être dévoilé jeudi 18 juin. À la fois exposition et livre (fabriqué par Yannick Bailly), c'est le résultat d'un appel à résidence remporté en 2020. Durant trois années, le collectif Item a documenté le renouvellement urbain du 8e arrondissement. Production d'images, échanges et création d'espaces de transmission (atelier d'éducation à l'image notamment) ; ils et elles ont gravité autour du quartier, ont tenté d'en comprendre les aspérités, les impensés et les informulés qui font le quotidien des habitantes et des habitants.
LS

© Conception graphique: Yannick Bailly /item

Langlet Santy la permanence photographique
Du 18 juin au 20 septembre 2026 à Item la galerie (Lyon 1er) ; entrée libre


Jean Couty

Peinture / Voyage en Italie se déploie autour de deux foyers : Venise, ville de sensations, d'eaux et d'architectures, et la Sicile volcanique, dominée par l'Etna. La cité des Doges, structurée par les héritages byzantins, classiques et Renaissance se confronte avec celle travaillée par des forces telluriques, où l'exaltation de la vie semble toujours côtoyer le tragique. Cependant chez Couty, ces deux pôles ne s'opposent jamais tout à fait, se rejoignant dans le même langage, fait d'intensité de matière et de lumière. Les ciels, s'embrasant au-dessus de la ville lagunaire, se reconfigurent dans les langues de feu incandescent de lave, tandis que les fumées troublent les repères figuratifs, jusqu'à pousser parfois l'image vers l'abstraction informelle. Le regard se fait plus grave dans les intérieurs d'églises, les coupoles vertigineuses, les façades blanches de Capo di Ponte ou les pleureuses siciliennes, figures intimes et théâtrales d'une Italie à la fois réelle et rêvée.
FM

Jean Couty, L'Etna, 1971, huile sur toile, 162 x 130 cm ® Musée Jean Couty

Voyage en Italie par Jean Couty
Jusqu'au 20 décembre 2026 au musée Jean Couty (Lyon 9e) ; 0 à 6€