Maison de la danse

Item, matérialiser l'image envers et contre tout

Publié Mercredi 20 mai 2026

Galerie photo / Figure de résistance, tant par ses pratiques que par sa longévité, Item (collectif de photographes qui gravite autour de la galerie éponyme dans les Pentes) fête ses 25 ans cette année. Une réussite qui repose sur un équilibre fragile.

Photo : De gauche à droite : Bertrand Gaudillère, Yannick Bailly, Hugo Ribes

Nous l'écrivions dans un article en amont des élections municipales de mars dernier, « Outre le spectacle vivant, depuis quelques années ; la métropole de Lyon connaît une hécatombe de ses galeries indépendantes : la galerie Martinez, la galerie Pallade, le centre d'art Néon, la galerie Nörka, la galerie Mathieu, Le Réverbère, la galerie Vrais Rêves, la galerie Tatiss, et tout récemment la galerie Regard sud... qui ont toutes fermées pour une multiplicité de raisons, parmi lesquelles, toujours, la difficulté à se maintenir économiquement ». Parmi tous ces espaces expositoires seule la galerie Le Réverbère était uniquement consacré à la photo, mais elle ne fonctionnait pas exactement de la même façon que la galerie Item, structure collective reposant sur une dizaine de photographes, montée sur le modèle des agences coopératives. Le Réverbère, qui fut longtemps une vitrine pour la photographie contemporaine à une époque où elle était encore très largement sous-estimée, dépendait du modèle économique "classique" des galeries indépendantes : c'est-à-dire la vente d'œuvres. Comme ses fondateurs (Catherine Dérioz et Jacques Damez) l'avaient expliqué en amont de leur ultime exposition, Histoire(s) sans fin, la galerie avait été confrontée à des charges fixes devenues insoutenables, à des coûts prohibitifs pour participer aux foires artistiques et à un engagement décroissant des collectionneurs. « Ceux qui investissent dans la photographie aujourd'hui sont souvent des spéculateurs, plus intéressés par la rentabilité immédiate que par la passion de l'art », déplorait alors Catherine Dérioz en septembre 2024.

Le plus petit élément d'un ensemble

« L'Item, c'est le plus petit élément d'un ensemble », rappelle Bertrand Gaudillère, l'un des fondateurs du collectif Item. Photographe documentaire, photojournaliste, parfois même vidéaste gravitant surtout autour de questions sociales, il se remémore les conditions de lancement du collectif, en septembre 2001. Avec deux compères, (parmi lesquels Franck Boutonnet), ils officiaient en tant que correspondants pour Photographie.com et participaient au festival international de photojournaliste Visa pour l'image. « On n'avait pas de réseau et on se questionnait déjà sur la stabilité économique de notre profession », se remémore-t-il. Dès le début, l'objectif était de s'assurer un équilibre permettant à chacun et chacune de développer des projets artistiques sur le temps long. « L'économie était certes plus florissante qu'aujourd'hui mais on n'avait pas de filet de sécurité, comme le chômage, et on voyait bien que le modèle des agences de photo ne fonctionnait plus », se souvient Bertrand Gaudillère. Aujourd'hui encore, le collectif Item tire ses revenus d'une économie mixte, entre projets personnels - parfois soutenus par des bourses ou des dispositifs locaux - et des commandes institutionnelles et/ou privées. « On essaie de partager les commandes, de réfléchir de façon vertueuse, pour que tout le monde y trouve son compte », témoigne Hugo Ribes, photographe et vidéaste documentaire qui articule une grande partie de son travail autour de la jeunesse dans les quartiers prioritaires. Aujourd'hui à la coordination du collectif, il défend un laboratoire de l'organisation collective, où « on doit tous produire de la matière artistique, mais aussi filer de multiples coups de mains : s'occuper des réseaux sociaux, du site internet, venir accrocher des expositions... ». C'est collectivement que les artistes et projets exposés, la fréquence des expositions, les projets éditoriaux... sont choisis. Le conflit a toute sa place dans les échanges : « On n'est souvent pas d'accord », reprend Bertrand Gaudillère, rappelant les écarts générationnels de 27 à 53 ans, « mais ça stimule, ça empêche d'être blasé, aigri. C'est aussi pour ça qu'on s'épuise là-dedans », conclut-il.

Une "galerie muséale"

C'est en 2010 que la première "forme" de la galerie Item a vu le jour, déjà dans les pentes, mais à plusieurs centaines de mètres de son emplacement actuel. Elle a déplacé il y a trois ans pour s'installer au 35 rue Burdeau. Subventionnée par la Ville et la DRAC (ce qui est rare pour une galerie indépendante) le lieu se revendique "galerie muséale", faisant de l'éducation à l'image et de la médiation. « On veut proposer une réflexion documentaire et photographique, à un endroit où l'offre n'est pas pléthorique, et on veut aussi défendre la matérialité de l'image, sa physicalité à l'heure du tout numérique », défend Bertrand Gaudillère qui se rappelle qu'autrefois, les photographes se rencontraient, échangeaient, s'entraidaient... dans les lieux de tirages, aujourd'hui en voie de disparition. Alors, on ne vend pas à la galerie Item ? Si, mais les tirages (dont les prix commencent à un peu moins de 200 euros) ne sont pas numérotés, pour s'extraire des dynamiques spéculatives du marché de l'art « déjà parce que notre travail est à vocation documentaire, mais aussi parce que le système libéral fragilise l'environnement et les populations. Si on spéculait avec nos clichés d' Apogée , ou de Paysage du loup, ce serait un peu contradictoire, non ? », interroge avec malice Hugo Ribes. Sans être antithétique, un marché de quelques photos à prix cassés est organisé une fois par an, en décembre. C'est le "Grand bazar photographique d'Item", et tous les bénéfices reviennent à la galerie.

De gauche à droite : Bertrand Gaudillère, Yannick Bailly, Hugo Ribes

Jusqu'à quand ?

« On n'a pas la volonté de grossir énormément, on souhaite qu'il y ait plein de structures comme nous qui existent, des structures porteuses de "bonnes" pratiques », déclare Bertrand Gaudillère, qui refuse de dépeindre son collectif en dernier des mohicans mais qui peine à citer des équivalents, possédant leur lieu, dans la région. Il faut dire que les pratiques changent et fragilisent la profession. De plus en plus nombreux sont les magazines, les lieux expositoires... qui ne payent pas les professionnels de l'image pour leur travail, et les photographes débutants(e)s qui acceptent de travailler pour des rémunérations dégradées. La faute au système libéral, à une profession qui peine à grossir les rangs de ses organisations syndicales, ou encore à l'intelligence artificielle... Pour tout de même « penser l'après », chaque membre du collectif mentore bénévolement une ou un jeune professionnel(le) pendant deux ans, à raison d'une rencontre par mois, pour l'accompagner sur la structuration de son projet, sur le plan artistique comme économique.

Cependant, « la galerie est remise en question tous les ans », concède Bertrand Gaudillère. « Je pense qu'on peut dire qu'on a toutes et tous augmenté nos temps de travail de 15 à 20%, pour gagner exactement la même chose... Heureusement qu'on bosse en collectif, ça nous empêche de céder au fatalisme », conclut-il.

Langlet Santy la permanence photographique
C'est un projet de toute l'équipe Item qui va être dévoilé jeudi 18 juin. À la fois exposition et livre (fabriqué par Yannick Bailly), c'est le résultat d'un appel à résidence remporté en 2020. Durant trois années, le collectif Item a documenté le renouvellement urbain du 8e arrondissement. Production d'images, échanges et création d'espaces de transmission (atelier d'éducation à l'image notamment) ; ils et elles ont gravité autour du quartier, ont tenté d'en comprendre les aspérités, les impensés et les informulés qui font le quotidien des habitantes et des habitants.

Du 18 juin au 20 septembre 2026 à Item la galerie (Lyon 1er) ; entrée libre

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