Jacques Chaverot dans sa bulle
Art contemporain / La petite galerie Besson expose Jacques Chaverot qui nous plonge dans un univers trouble et urbain, composé seulement de petites bulles d'encre.
Photo : vue de l'expo (c) Theodorus
De quoi est composé un dessin de Jacques Chaverot ? D'une multitude de petits ronds (souvent pas complètement fermés) tracés sur une feuille avec un stylo tubulaire. Selon leur densité, leur rapprochement, leurs recouvrements en plusieurs couches, ces petits ronds ou bulles composent des parties plus ou moins claires, des ombres plus ou moins intenses. Et le tout, quand on le regarde avec un peu de distance, donne à voir des vues urbaines comme plongées dans une sorte de brouillard : des blocs d'immeubles, des fragments de façades, des vues en plongée ou des frontales d'une ville, parties de bâtiments tendant vers l'abstraction... Les petites bulles d'encre noire donnent ainsi forme à toute une architecture plus ou moins abstraite, à tout un monde urbain qui s'évanouit ou se révèle parmi des jeux d'ombres et de lumière. Comme une plongée dans les atomes et la chimie des corps, notre regard se retrouve à la fois au beau milieu de la matière et face au jeu changeant et dédoublé des formes. Formes fragiles qui ne tiennent qu'à quelques molécules, à quelques atomes-bulles dessinés par l'artiste, et qui rendent ses œuvres particulièrement émouvantes.
Être dans l'ouvert
Cette série de dessins, réalisée dans les années 2020, rend tout autant hommage au pointillisme d'un Georges Seurat qu'aux débuts de la photographie noir et blanc avec de premiers tirages à l'aspect granuleux, "matiéré", incertain. D'ailleurs pour s'inspirer, Jacques Chaverot (né en 1969 à Roanne) utilise lui-même des photographies réalisées au cours de balades urbaines à Lyon, Rome ou Paris, ville où il s'est établi.
Il présente aussi à la petite galerie Besson une autre série de dessins qui consistent cette fois-ci en plusieurs couches de papier superposées puis creusées, évidées au scalpel, pour donner naissance à des formes d'objets ou des "paysages".
Le jeu avec la matière est ici de nouveau de mise, mais non plus par accumulations et répétitions, mais par retraits. Formes évidées blanches au milieu du blanc des feuilles de papier. « Le blanc est la somme de toutes les couleurs de la lumière, tel un pur espace, au-delà de toute temporalité ; c'est cela "être dans l'ouvert" pour Rilke, c'est être dans le monde et pas devant lui » souligne Philippe Roux commissaire de l'exposition, et qui rappelle l'importance de la poésie de Rilke dans l'œuvre de Chaverot, tout comme celle de l'architecture et du Bauhaus en particulier.
Formes qui se noient parmi leurs propres ombres ou bien formes s'érigeant de leur propre absence, décidément tout ne tient qu'à un fil dans l'œuvre de Jacques Chaverot.Â
