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Université Lyon 2 : réduction des heures de formation et tensions autour du plan d'économies

Publié Vendredi 15 mai 2026

Plan d'économie / L'Université Lumière Lyon 2 prépare une réorganisation de son offre de formation dans le cadre de son plan de retour à l'équilibre financier. La future accréditation, prévue pour 2027, doit s'accompagner d'une baisse du volume horaire global des enseignements. Une perspective qui suscite des inquiétudes chez plusieurs enseignants et élus étudiants, tandis que l'université défend une réorganisation rendue nécessaire par ses contraintes budgétaires.

Photo : © Jad Bou Assi Université Lumière Lyon 2

Le 10 avril dernier, la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) de l'Université Lyon 2 a rejeté une première proposition de répartition des enveloppes horaires entre les différentes formations. Pendant plusieurs heures, les échanges ont opposé élus étudiants, représentants syndicaux, enseignants et équipe présidentielle autour des conséquences de cette réduction budgétaire.

Plusieurs interventions ont dénoncé une baisse importante du volume d'enseignement à partir de la rentrée 2027. Au cours des débats, des élus évoquaient une diminution comprise entre 20 000 et 25 000 heures selon les modes de calcul retenus. Contactée, l'université indique aujourd'hui que « le chiffre global avoisine les 25 000 heures », en incluant « non seulement les formations diplômantes mais aussi les autres formations dispensées par l'établissement ». Une nouvelle version du projet a finalement été adoptée lors de la CFVU du 12 mai

Selon les réponses transmises par l'université au Petit Bulletin, cette réorganisation s'inscrit dans « une refonte totale de l'offre de formation pour la rentrée 2027 ». L'établissement précise que le plan de retour à l'équilibre élaboré avec le rectorat prévoit « des économies sur l'ensemble des dépenses de formation de l'ordre de 10 %, correspondant à 1, 5 million d'euros ». La direction nuance toutefois ce chiffre en affirmant que « les efforts demandés aux formations diplômantes (licences, licences professionnelles et masters) se limitent à une baisse de 3 % ».

À ce stade, les conséquences précises sur les maquettes pédagogiques restent encore incertaines. L'université indique que « les enseignements concernés ne sont pas encore précisément identifiés ». Plusieurs élus et enseignants évoquent néanmoins des mutualisations de cours, des réductions de TD ou une diminution de certaines options.

Lors de la CFVU du 10 avril, plusieurs responsables de formation ont alerté sur les effets possibles de ces réductions horaires. Un enseignant de l'Institut de psychologie de Lyon rappelait notamment que la suppression des TD en première année lors d'une précédente accréditation avait eu des effets négatifs sur l'accompagnement des étudiants. D'autres intervenants estimaient que certaines licences fonctionnaient déjà avec des volumes horaires réduits et voient dans cette réduction des heures une nouvelle étape dans le sous-financement de l'enseignement supérieur public. 

Une réduction d'emploi de 15 postes sur trois ans

La gouvernance répond, elle, que les arbitrages actuels découlent principalement des moyens alloués par l'État et du cadre fixé par le rectorat dans le plan de retour à l'équilibre. Dans un entretien accordé au Petit Bulletin en janvier dernier, la présidente Isabelle von Bueltzingsloewen rappelait que « près de 80 % des universités françaises » sont aujourd'hui en déficit. « Le modèle économique est clairement à bout de souffle », estimait-t-elle.

L'université affirme avoir privilégié une réduction des dépenses de formation plutôt qu'une diminution plus importante des effectifs. « Le choix a été fait de préserver au maximum l'emploi en limitant les suppressions d'emploi à 15 postes sur trois ans. La réduction des heures va également toucher les vacataires qui interviennent plus ou moins ponctuellement à l'université. », précise l'établissement.

Cette situation intervient dans un contexte lyonnais particulier marqué par le poids important de l'enseignement supérieur privé. « Près de 50 % des étudiants y sont inscrits dans le privé, ce qui constitue un record national », soulignait Isabelle von Bueltzingsloewen toujours dans cet entretien. La présidente évoquait notamment la multiplication d'écoles privées dans les secteurs du marketing, de la communication, du numérique ou du jeu vidéo. À l'inverse, certaines formations de Lyon 2 restent très demandées. En psychologie, l'université indique avoir reçu plus de 26 000 candidatures cette année pour environ 430 places.

La réforme "Bienvenue en France" inquiète plusieurs universités

En parallèle des débats budgétaires internes, les universités suivent avec attention l'évolution du dispositif national "Bienvenue en France". Lancée en 2018 sous le gouvernement d'Édouard Philippe, cette réforme prévoyait une hausse importante des frais d'inscription pour les étudiants extracommunautaires dans les universités publiques françaises. Le ministère de l'Enseignement supérieur souhaite limiter les exonérations accordées par les universités. Les frais pourraient atteindre 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master pour les étudiants non européens.

Plusieurs organisations étudiantes et syndicales dénoncent une mesure qu'elles jugent discriminatoire et craignent qu'elle limite l'accès à l'université publique pour une partie des étudiants étrangers.Interrogée par Le Petit Bulletin, l'Université Lyon 2 estime toutefois que cette réforme ne pourra pas être appliquée dès la rentrée 2026 « les délais étant beaucoup trop courts pour une mise en œuvre ». L'établissement critique également une réforme qui modifierait sa politique d'accueil des étudiants internationaux. « Le système actuel permettait de suivre une stratégie de mobilité entrante en corrélation avec la politique d'internationalisation de l'établissement », explique la direction, qui estime que le futur décret porterait atteinte « à l'autonomie de l'établissement ».Â