Phia Ménard renoue avec le vent
Théâtre jeune public / Avec "Nocturne (parade)" adressé aux enfants dès 8 ans, la circassienne livre une heure d'une grande beauté toute en finesse pour conjurer le sort d'un avenir peu rutilant.
Photo : Nocturne Parade © Sigrid Spinnox
« L'enfant dans ses bras était mort » nous dit-on juste après avoir entendu le bruit d'un cheval au galop puis avoir été plongé(e)s dans le noir. Nous ne sommes pas là pour rigoler. Même si elle s'adresse à nouveau à la jeunesse (dès 8 ans), Phia Ménard n'est pas à la joie. Ce qui ne l'empêche pas de signer là un de ses tous meilleurs spectacles. Après s'être égarée dans des formats trop grands, pour dire à gros traits, des lapalissades (Maison mère pour les catastrophes climatiques et Art.13 pour la Déclaration des Droits de l'Homme piétinée), voici qu'elle renoue avec ses pièces de vent. Avec sa compagnie nantaise Non nova, elle s'est lancée depuis 2008 dans un cycle ICE pour Injonglabilité Complémentaire des Éléments. Elle a travaillé la glace, l'eau, la vapeur et le vent qui lui va si bien. L'après-midi d'un foehn et sa version adulte (se raconte-t-on), Vortex sont des merveilles de sensibilité pour dire le fracas du monde, ce que cela produit sur l'environnement et au plus profond des êtres.
Pour Nocturne (parade), créé en août dernier en Belgique, elle s'appuie sur Le Roi des Aulnes, ce poème de Goethe dans lequel un enfant est pris d'hallucinations et d'attirance pour un univers maléfique qui l'éloigne de son enfance choyée par son père. Quand ce dernier galope à grande allure pour le retrouver, il est trop tard.
« Mon fils, c'est un brouillard qui traîne »
Alors qui sont les démons d'aujourd'hui ? La circassienne et jongleuse n'y va pas par quatre chemins en désignant Trump, dont la figure aux cheveux jaunes est collée sur les sacs plastiques translucides qui prennent du volume. Les poignées s'imposent comme les bras des bonshommes, et le tour est joué. Phia Ménard renoue avec ses marionnettes de vent qu'elle anime grâce à des ventilateurs placés tout autour de ce plateau circulaire troué de deux entrées et sorties de scène et cerné d'une centaine de spectateurs disposés à 360°.
C'est un ballet magnifique qui se déploie. Les chevaux absorbent et réverbèrent la lumière en se cabrant dans les airs, des enfants marionnettes s'agglutinent et se serrent les uns contre les autres pour faire front face à la menace qui gronde. La vie et la mort se mêlent. Grande militante, prenant souvent la parole pour soutenir les opprimés et les mis au ban de la société (lors de Nuit debout notamment) mais aussi pour défendre les droits des intermittents régulièrement menacés, elle trouve en ce personnage d'enfant une sorte de double, celui qui crie pour sortir de la nuit. Présente au plateau avec deux acolytes, l'artiste s'entoure aussi de Chopin (à qui le titre "nocturne" est emprunté) et des lumières ciselées d'Éric Soyer (fidèle de Joël Pommerat). C'est ensemble qu'ils polissent ce spectacle envoûtant, sombre et régénérant.
Nocturne (parade) - dès 8 ans
Du 26 au 28 mai 2026, aux Subs (Lyon 1er) ; de 12 Ã 18€
