La bonne étoile de Circa
Nouveau cirque / À 80ᵉ anniversaire, grande première (mondiale !). Les circassiens australiens de Circa reviennent pour la 6ᵉ fois aux Nuits de Fourvière et y créent "Revoir les étoiles". En s'inspirant de Dante, ils promettent d'aller vers la lumière avec leur traditionnelle et très haute technicité, une marque de fabrique qui les conduit à faire, chaque saison, le tour du globe. Sans oublier Lyon.
Photo : Revoir les étoiles - Circa © Nick Mitmanski
Durant les trois premiers soirs de cette édition anniversaire des Nuits de Fourvière, il y aura des ampoules disposées sur le sol du grand théâtre, comme autant de témoins d'un monde qui brille et qui vit encore. Revoir les étoiles est un des derniers vers de L'enfer de Dante, ce moment de libération quand l'auteur italien, accompagné de Virgile, s'extraient tant bien que mal des neuf cercles des péchés. L'espoir affleure avant que La Divine Comédie ne se poursuive avec ses deux autres parties, Le purgatoire puis Le paradis. 12 acrobates et 4 musiciens vont interpréter cette partition signée Jethro Woodward pour la musique et Yaron Lifschitz pour la dramaturgie.
Aux commandes depuis 1999 du Rock 'n' Roll Circus (fondé en 1987) et qu'il transforma en Circa en 2004, le natif d'Afrique du sud arrivé en Australie à 11 ans, n'est pas circassien lui-même mais diplômé d'art dramatique. Avec pas moins d'une trentaine d'acrobates employés permanents dans cette compagnie basée à Brisbane, Yaron Lifschitz pilote un empire du cirque contemporain, le premier du genre en Australie, entrainant dans sa dynamique la création de compagnies telles que Gravity and other myths qui revient aussi aux Nuits de Fourvière cette année avec Ten thousand hours (du 14 au 16 juin) après avoir ouvert l'édition de 2024. Autant le cirque canadien a pour particularité "l'entertainment", le récit, la fête (on peut penser au Cirque du Soleil, aux 7 doigts de la main, au Cirque Éloize...), autant le cirque de ce "pays-continent" est caractérisé par ses prouesses, la technicité des gymnastes et circassiens de très haut niveau, flirtant parfois avec contorsionnime ; leur esprit ludique, la force de leur collectif n'excluant pas une forme de dolorisme. Leurs portés sont époustouflants, ils fabriquent des pyramides humaines épatantes. « Ma vision du cirque est profondément traditionnelle : ce qui m'intéresse est le matériau brut et organique qui le fonde (...) Ce qui me passionne plus que tout, ce sont les capacités expressives dont les gens sont capables » confiait Yaron Lifschitz au festival en 2015 ajoutant être « un piètre conteur [...] J'aime l'art abstrait, la musique, la poésie ». On ne saurait mieux résumer onze ans plus tard, l'ADN qui prévaut à la conception de Revoir les étoiles. Bien qu'ils tournent dans le monde entier (17 pays visités hors Australie en 2025 et 14 spectacles en tournée sur les 22 existants), c'est assez naturellement que Circa revient ici à Fourvière où déjà , il avait donné la première mondiale d'Opus en 2013 avec le Quatuor Debussy. La compagnie a toujours allié la musique à la « physicalité extrême » qu'elle revendique, et qui, selon Lifschitz, est rattachée à l'identité australienne qui se caractérise « par le sport et une culture très physique du corps », comme il le disait au Monde en 2020. Outre Debussy, il a travaillé avec les compositions de Stravinsky pour Le Sacre du printemps (2018) et Astor Piazzolla pour Maria de Buenos Aires (2021). À chaque fois, les musiciens ont été partie prenante du spectacle. Le quatuor lyonnais avait même accepté d'apprendre quelques mouvements et de jouer un temps les yeux bandés par les circassiens.
Body physical
Dans un décor souvent sommaire et dénudé, les acrobates prennent la lumière. Main-à -main, équilibres... Ils n'ont besoin de rien. Ou alors ce sont des agrès (mât chinois, trapèze) qui font office de scénographie. Parfois des hula hoop, outil récurrent de Circa.
Véritable institution en Australie et marchant dans les pas de la pionnière Cie Cirque Oz fondée en 1977, Circa est un chantre du cirque contemporain, né, comme en France, dans les années 1970. En plus de son répertoire qui tourne à plein régime, la compagnie abrite une école et une branche de création dite "Cairn", une troupe à part entière dirigée par des artistes des Premières Nations, basée dans le Queensland rural. Même si Circa s'est fait reconnaitre à l'international avant de tourner dans son propre pays à la fin des années 2010, la compagnie compose avec l'histoire de cette nation longtemps colonisée tout en ayant assuré la direction artistique des Jeux du Commonwealth en 2018. Nul n'est exempt de paradoxes.
Pour l'instant, ce que l'on peut vous dire de ce spectacle, c'est que « les corps grimpent, culbutent et s'élèvent à travers cordes, barres et agrès aériens, se détachant sur l'étendue scintillante » comme l'annonce la compagnie. Avec une phrase pour seul horizon, revoir les étoiles.
Revoir les étoiles
Du 28 au 30 mai, Grand théâtre antique (Lyon 5e) ; de 20 à 39€
Dans le cadre des Nuits de Fourvière
