Riffs, ruines et résurrections : dix concerts à ne pas rater en juin à Lyon
Sélection / Si les Nuits de Fourvière règnent en maîtresses sur le mois de juin, d'autres tensions sonores traversent notre territoire. Entre mémoire et combustion, cette nouvelle sélection fait dialoguer des monuments réactivant leur propre légende, des groupes qui transforment le deuil ou la colère en matière sonore, des expérimentateurs pour qui le chaos devient outil de vision, et des conteurs d'ombres pour lesquels la scène demeure un lieu d'apparition. Du baroque furieux aux déflagrations hardcore, du heavy metal héroïque aux folklores maudits, ces concerts semblent partager une même intuition : la musique n'est jamais plus vivante que lorsqu'elle revient hanter le présent.
Photo : Iron maiden ©DR
Arlt
Pop oblique / Quelques notes suffisent à Arlt pour ouvrir des chemins oniriques, décalés, joyeux, dont Eloïse Decazes et Sing Sing semblent seuls connaître le secret. Dès La langue, premier album paru en 2010 comme une épiphanie aussi inattendue que secrètement espérée, le duo impose son mélange singulier de folk, pop, prières, comptines et histoires prodigieuses. Depuis, Arlt n'a cessé d'assembler ce tissage sonore et vocal, fait de filaments nostalgiques et de promesses à venir. Leur musique tient de l'art du conteur, au sens où l'entend Walter Benjamin : elle fait surgir un monde d'une bribe d'histoire, d'un fragment oublié. À la fois dépouillée et visionnaire, mise à nu et joueuse, la pop minimale et théâtrale d'Arlt donne l'impression rare de tenir ensemble le rêve, le jeu et le temps.
Arlt + Gilles Poizat
Mardi 2 juin 2026 à 20h au Périscope (Lyon 2e) ; 8 à 14€
Public image Ltd
Post-punk / Défini par le critique Simon Reynolds comme « la formation post-punk archétypale », le projet du sulfureux John Lydon nait en 1978 d'un abandon et d'un refus radical, celui d'un punk déjà figé en formule. PiL incarne alors un véritable laboratoire sonore et médiatique, transformant la désillusion punk en projet expérimental. Si First issue et Metal box restent indubitablement des pierres angulaires de l'avant-garde musicale, l'inconstance du groupe a marqué la suite de son histoire, avec des résultats tantôt surprenants, tantôt décevants. La date au Transbo permettra de vérifier la tenue live d'un groupe aussi mythique qu'inégal.
Public image Ltd + Société étrange
Vendredi 5 juin 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne)Â ; 34 Ã 39€
Touché amoré
Post-hardcore / À l'origine d'une discographie faite d'albums brefs et d'une rare intensité, le groupe californien déploie une esthétique procédant par blocs de sensations et tensions dramatiques hyperdensifiées. Quintessence sans fioritures de la rage et du tourment, cette matière presque impénétrable se révèle pourtant ponctuée d'instants de calme - apparent du moins - fragiles enclaves au cœur de la tempête. L'étape lyonnaise de cette nouvelle tournée, qui marque le dixième anniversaire de Stage four - troublante traversée de la douleur provoquée par la mort de la mère du chanteur Jeremy Bolm - sera l'occasion de replonger tripes et âme dans le disque qui a définitivement installé Touché amoré dans l'Olympe du genre.
Touché amoré
Lundi 8 juin 2026 à 20h30 au Marché gare (Lyon 2e) ; 25, 70€
Furioso
Baroque / Monument de la littérature italienne, Orlando furioso de l'Arioste n'a jamais cessé d'offrir à la musique baroque un théâtre idéal : celui de l'ire, de la déraison et des passions poussées jusqu'à leur point d'incandescence. Autour de cette figure, Le concert de l'Hostel Dieu, dirigé par Franck-Emmanuel Comte, déploie un parcours où la virtuosité s'avère l'outil révélateur des vertiges intérieurs, et où la voix du contre-ténor Xavier Sabata en aiguise la charge dramatique. Si chez Porpora, le drame est porté par une orchestration traversée de fièvres sentimentales, chez Haendel on trouve une respiration plus ample, solennelle, à la mesure du souffle épique du texte. De Vivaldi qui soumet la voix à un florilège virtuose aux raffinements presque rococo, à Steffani dont le clair-obscur lyrique nuance et assombrit les couleurs vocales, tout concourt à faire de cette traversée une euphorie d'émotions.
Furioso. Furie, folie et virtuosité d'un héros baroque
Mardi 9 juin 2026 à 20h à la chapelle de la Trinité (Lyon 2e) ; 12 à 50€
Otomo Yoshihide
Expérimentale / « Vous qui entrez, laissez toute espérance ». L'avertissement qui accueille Dante et Virgile aux portes de l'enfer pourrait bien apparaître le soir du 11 juin à l'entrée de la péniche. Car une fois le seuil franchi, les rassurantes coordonnées spatio-temporelles risquent de ne plus répondre aux lois habituelles. Ancien membre du groupe noise Ground zero, formation à haute teneur chaotique, le platiniste et multi-instrumentiste de Yokohama a bâti une discographie aux proportions éléphantesques, qui semble ne jamais vouloir cesser de se ramifier. Chez lui, free jazz, improvisation, bruitisme et collisions sonores s'agrègent sans fin dans des collages aussi violents qu'hypnotiques.
Otomo Yoshihide + Table
Jeudi 11 juin 2026 Ã 20h30 au Sonic (Lyon 5e)Â ; 15 Ã 18€
Linkin park
Rock alternatif / À l'aube des années 2000, avec le diptyque Hybrid theory / Meteora, le groupe californien s'était imposé comme l'un des noms essentiels de la musique contemporaine, cristallisant dans un équilibre presque parfait certains courants ayant traversé les années 90 : rap rock, nu metal, indus, electronica. Cinq albums ont ensuite prolongé l'aventure, traçant des lignes plus expérimentales, plus hétéroclites, parfois dangereusement proches de la pop, avant que le drame ne vienne tout interrompre. Mais l'histoire de Linkin park ne s'est pas arrêtée avec la disparition de Chester Bennington. Autour de Shinoda, Delson, Farrel et Hahn, rejoints par la chanteuse Emily Armstrong et le batteur Colin Brittain, un nouveau chapitre s'est ouvert, significativement intitulé From zero. Près d'un an et demi après cette renaissance discographique, Lyon s'apprête à accueillir un groupe devenu mythique. Linkin park ne répare pas l'histoire : il la prolonge autrement, choisissant de traverser la fracture.
Linkin park + Last train + Phantogram
Mardi 16 juin 2026 à 19h au Groupama Stadium (Décines-Charpieu) ; de 56, 50 à 172€ - COMPLET
Bridge city sinners
Murder folk / Le groupe de Portland fait surgir un folk noir et cabossé, quelque part entre Tom Waits, The dead South, Calexico et Edgar Allan Poe : un gothique américain traversé de blues, country, americana et swing. Comme échappée d'un cabaret enfumé des années 20, à l'ombre de la Prohibition, sa musique s'agrège autour d'un banjo sec, d'un violon plaintif, de cuivres et de bois dessinant des paysages poussiéreux, mais surtout des fulgurances screamées de Libby Lux. Chez Bridge city sinners, la fête flirte avec l'horreur, la jouissance avec la catharsis. Un murder folk intense, hanté par les histoires maudites et les fantômes d'un vieux monde damné.
Bridge city sinners
Lundi 22 juin 2026 Ã 19h30 au Rock n'Eat (Lyon 5e)Â ; 20, 88€
Show me the body
Post-hardcore noise / Dans l'attente du quatrième volet de son œuvre sombre et bruyante, annoncé pour l'automne, le trio new-yorkais a récemment dévoilé deux nouveaux singles, Dance in the USA et No god, qui prolongent sa manière de faire du chaos une langue heurtée et physique. À propos du premier, le chanteur et banjoïste Julian Cashwan Pratt parle d'une danse de survie, « que nous faisons tous : notre manière de nous débrouiller, les bonnes et les mauvaises choses que nous faisons, simplement pour tenir », tandis que No god, plus amer encore, renvoie chacun et chacune à l'obligation de fabriquer du sens ici-bas. Depuis ce fond magmatique, Show me the body met le langage à l'épreuve du réel, jusqu'à en tirer une parole cruelle, souffrante, mais toujours d'une justesse intense.
Show me the body + Truck violence
Mercredi 24 juin 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne)Â ; 18 Ã 21, 50€
Iron maiden
NWOBHM / Avec le Run for your lives world tour, Iron maiden célèbre cinquante ans de riffs en acier, cavalcades épiques et refrains hurlés poing levé. Lancée en 2025 puis reconduite face à la demande mondiale, cette tournée anniversaire replonge dans la période la plus mythique du groupe, des débuts rageurs d'Iron maiden jusqu'à l'ère monumentale de Fear of the dark. Une traversée du temps scandée par des hymnes taillés pour les stades, des classiques et également quelques deep cuts. Pour faire monter la température avant l'assaut final, Anthrax viendra ouvrir les hostilités : autant dire que la soirée s'annonce comme une réunion au sommet de la vieille garde, entre heavy metal britannique et thrash new-yorkais.
Iron maiden + Anthrax
Dimanche 28 juin 2026 à 19h20 au Groupama Stadium (Décines-Charpieu) ; 74, 60 à 154, 90€
Cavalera
Groove metal / Cavalera ne cesse de souffler sur les braises de Sepultura. Deux ans après leur passage à La Rayonne, la conspiration fraternelle de Max et Iggor Cavalera nous donne rendez-vous afin de célébrer une étape fondamentale de leur créature : Chaos A.D., bloc incandescent paru en 1993 et devenu l'un des albums majeurs de l'histoire du metal. Mais leur geste dépasse la simple commémoration nostalgique. En réactivant cette matière thrash, groove et politique, les frères Cavalera ravivent ce que l'album porte encore d'inépuisé : la rage et l'engagement, colère indomptable contre un monde qui persiste à s'auto-saboter. Un retour aux source chargé d'une urgence intacte.
Cavalera : Chaos A.D.
Mardi 30 juin 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne)Â ; 30, 80€
