Régimes d'instabilité : dix expositions incontournables en mars à Lyon

Publié Mardi 3 mars 2026

Sélection / En ce mois de lumière oblique, les lieux d'art de la ville se peuplent de formes instables, de structures étranges et de gestes flamboyants. Entre rémanence et friction, mémoire et industrie, le regard n'est plus souverain et se confronte à sa propre précarité, habité par l'inéluctable.

Photo : Vue de l'exposition ''Home again'' de Matthias Odin, galerie Tator, 2026 © David Desaleux

Anna Maria Cutolo

Peinture / Les œuvres de l'artiste originaire de Pompéi s'apparentent à des images arrachées à des palais et des chapelles en ruines, voire disparues, légués à une mémoire irradiée, condamnée. Des lambeaux de fresques dont l'exsudation pigmentaire a défiguré les visages et altéré la corporéité, corrompant à jamais leur forme. Le geste d'Anna Maria Cutolo ne répond pas à une nécessité d'effacement, mais de restitution à la visibilité : résurgence à la fois salvatrice et porteuse d'une inquiétante étrangeté.
FM

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Ceux qui nous rêvent par Anna Maria Cutolo
Jusqu'au 14 mars 2026 à la galerie Ories (Lyon 2e) ; entrée libre


Matthias Odin

Art contemporain / Avec cette exposition, Matthias Odin orchestre un corps-à-corps entre remémoration, création et matérialité du réel. En choisissant de résider temporairement au sein du foyer familial, l'artiste entreprend d'arpenter les espaces qui relient le lieu de sa résidence artistique, la Factatory, à la maison d'enfance. Home again se déploie ainsi comme la transcription d'errances intimes, une archéologie sensible qui se construit dans l'écart, les coïncidences, les jeux de parallaxe et la (re)création mnésique. Ce récit ne saurait s'inscrire dans une linéarité continue : il s'incarne au contraire dans une composition fragmentaire, éprouvant toute narration stable et restituant à l'existence sa discontinuité fondamentale. Stratifications, compactages géologiques, masses rocheuses sont autant de métaphores par une juxtaposition biographique qui fait surgir des éclats de mémoire, fulgurances et crépitements.
FM

Vue de l'exposition ''Home again'', galerie Tator, 2026 © David Desaleux

Home again par Matthias Odin
Jusqu'au 27 mars 2026 à la galerie Tator (Lyon 7e) ; entrée libre


Steph Cop

Sculpture / Steph Cop a installé son atelier au cœur des Noires Montagnes dans le Morvan, un environnement qui inspire la vitalité de ses sculptures sur bois (réalisées à partir d'arbres tombés). Elles donnent comme une seconde vie aux arbres, parfois à travers des formes abstraites, parfois à travers des figures plus anthropomorphes. De petite ou de grande taille, ses œuvres recèlent une puissance poétique et formelle qui nous émeut beaucoup.
JED

Assymetria 3.0, 2014, sculpture en chêne, bois brulé et huilé - Installation dans la cour épiscopale du Palais Saint-Jean dans le cadre de la Biennale de Lyon 2019 ©DR

FormA500 par Steph Cop
Jusqu'au 28 mars 2026 à la galerie Masurel (Lyon 2e) ; entrée libre


Jean-Philippe Aubanel

Art contemporain / Si les mouvements de Cobra et de la Transavanguardia semblent parfois se laisser reconnaître dans son travail, l'œuvre de l'artiste lyonnais se déploie aujourd'hui selon une syntaxe plastique où hyperchromie, épure, répétition, énigme et saillie verbale coexistent sans jamais s'abolir. L'espace expositif est habité de crânes et de visages, présence qui s'avère envahissante non en raison de son échelle (parfois monumentale), mais du fait de son insistance, telle une hantise du passé qui ne cesse de se rejouer. Délestée de toute négativité, cette image se donne moins comme une vanité que comme un geste d'accompagnement - une escorte presque bienveillante - qui frôle le ludique et déjoue, avec une ironie subtile, toute tentation de discours mortifère.
FM

Jean-Philippe Aubanel, Ramener à l'enfance, 2026, fusain sur toile, 2, 10 m x 5, 30 m / Crédits photo : Philippe Clerc

Encore par Jean-Philippe Aubanel
Jusqu'au 28 mars 2026 à la galerie Valérie Eymeric (Lyon 2e) ; entrée libre


Ariel Koba

Peinture / Artiste autodidacte, Ariel Koba inscrit sa démarche dans le sillage des réflexions de Léonard de Vinci sur la paréidolie. À partir d'un fond noir volontairement imparfait, il crée une matrice où l'œil, délesté de l'intention souveraine, se laisse saisir par des configurations involontaires. Des figures émergent, des visages affleurent : l'image n'est pas projetée, elle advient. Le regard, oscillant entre maîtrise et abandon, devient ainsi le lieu même de l'apparition : ce qui surgit tient de la présence fantomatique et pourtant profondément ancrée dans la matérialité du support.
FM

Ariel Koba, Le mystère de la chambre jaune, 55 x 46.5 cm

Un certain regard par Ariel Koba
Jusqu'au 28 mars 2026 à la Maison Magenta (Lyon 6e) ; entrée libre


Mina Lobamanen

Peinture / Dans les œuvres de l'artiste, la surface ne se réduit pas au plan pictural, mais devient lieu d'évocation et d'invocation. Le dévoilement retenu des figures volontairement brumeuses qui les habitent contient une indétermination rendant toute muséification impossible. Leur imprésence, geste passif, irréductible à la clôture de la forme, volute dans des paysages ombreux et intriqués sans être étouffants. Ces espaces, déclinant l'inquiétant, enveloppent et agissent comme une étreinte obscure qui élève vers la lumière tout en recueillant et protégeant. Là où l'imaginaire collectif projette le danger, l'artiste bâtit un lieu sûr. Faire de l'obscurité le territoire même de la beauté : tel est le geste.
FM

Mina Lobamanen, Esprit allié, acrylique sur toile, 2025

Paysages intérieurs par Mina Lobamanen
Jusqu'au 3 avril 2026 chez Marquis the Original (Lyon 2e) ; entrée libre


Tom Castinel

Installation / Si un titre est supposé condenser le sens de son contenu, l'opposition nominale d'Aigreur douce révèle un principe dialectique dont la tentative, vouée à l'échec, de circonscrire une image, se retrouve constamment débordée par ce même geste. La rugosité des sculptures, nées des matériaux de récupération enrobés de béton et de patine bleutée, ne cesse d'abraser notre œil, imposant une matérialité qui résiste, ne cédant ni à la séduction ni à la transparence. Cette âpreté trouve aussitôt son contrepoint : la douceur des textiles, disposés comme des ponctuations sensibles dans l'espace, introduit une modulation tactile du regard. À cette alternance s'ajoute le mouvement respirant du rideau, activé involontairement par le simple déplacement des corps. Ainsi affleure une performance silencieuse : elle ne vient ni compléter ni contredire l'installation, car elle en constitue l'excès, ce surplus non requis qui la rend possible, libérant la puissance du paradoxe.
FM

Tom Castinel, Aigreur douce (détails), Kommet, 2026 ©Emma Diximus

Aigreur douce par Tom Castinel
Jusqu'au 17 avril 2026 à Kommet (Lyon 7e) ; entrée libre


Alan Croissant

Art contemporain / A necessary escape incarne l'articulation mouvante, instable, éolienne, d'une réflexion esthétique instiguée par l'expérience d'un travail dans une chocolaterie à la chaîne. À travers la subversion des matériaux présents dans l'environnement productif, l'artiste provoque la circulation du sens - affranchi de tout sens de circulation - dans un espace expositif où la monochromie jaune se manifeste par l'entremise d'un choix précis et ponctuel, éludant tout risque atmosphérique envahissant ou saturant. L'injonction à « faire du beau » du poste de travail se mue ici en geste libératoire, permettant au bruit de se tisser avec une ancienne comptine anglaise, au convoyeur d'exhiber son inutilité et aux colonnes de boîtes d'œufs d'évoquer à la fois la massivité de la tour panoramique et l'instabilité des Sept palais célestes de Kiefer.
FM

Vue de l'exposition "A necessary escape", L'attrape-Couleurs, 2026 ©DR

A necessary escape par Alan Croissant
Jusqu'au 2 mai 2026 à L'attrape-couleurs (Lyon 9e) ; entrée libre


Virginie Hils et Sabine Li

Art contemporain / La galerie Catherine Mainguy devient le terrain d'une confrontation entre valeurs plastiques et présences diaphanes. Un Corps à corps où les figures animant les matériaux de récupération de Virginie Hils se voilent de silence dans le souvenir des êtres chers disparus, et se confrontent aux corps massifs des sculptures de Sabine Li, incarnations de la puissance du féminin. Dynamis ardente, en mesure de donner feu aux cendres et qui rend l'image incandescente, comme dans la saisissante documentation photographique qui prolonge et complète l'œuvre de la sculptrice.
FM

Sabine Li, Sorcière, photographie, 30 x 45 cm

Corps à Corps par Virginie Hils et Sabine Li
Jusqu'au 2 avril 2026 à la galerie Catherine Mainguy (Lyon 1er) ; entrée libre


Natalina Micolini

Peinture / Les œuvres récentes de l'artiste italienne se meuvent dans les limbes de la visibilité, là où le rapport avec la matière devient physique, dramatique. Ses grands formats, avoisinant les recherches tant des ultimi naturalisti de Francesco Arcangeli que de l'art informel, permettent une véritable immersion dans la natura naturans, la « nature naturante » intense, protéiforme et palpitante. Une dramaturgie du vivant dont chaque épisode visuel matérialise une tentative troublée et troublante de restituer un fragment du possible, défiant l'impossible fixation de l'éphémère. Sans jamais paraitre incertaine ou sur le point de disparaitre, la nature de Natalina Micolini permet à notre regard d'éprouver la pulsation du vivant.
FM

Natalina Micolini, Olivier andalou, pastel et huile sur bois, 90 x 90 cm

L'ombre des couleurs par Natalina Micolini
Du 5 mars au 3 avril 2026 à la galerie Jean-Louis Mandon (Lyon 2e) ; entrée libre