40+1 vies au CAP de Saint-Fons
Art contemporain / Pour fêter son anniversaire, le centre d'art de Saint-Fons réunit quarante et une démarches artistiques qui, éludant le risque d'une célébration patrimoniale, transforment la mémoire du lieu en outil critique et organique pour lire le présent.
Photo : Vue de l'exposition 40 + 1, CAP, Centre d'art, 2026. Crédit photo : Blaise Adilon
Un anniversaire pourrait se contenter d'aligner des dates, d'ordonner des souvenirs et d'installer une continuité rassurante. Mais le choix d'Alessandra Prandin, commissaire de l'exposition et directrice de l'espace fondé par Jean-Claude Guillaumon en 1986, se dérobe à cette tentation. Le titre même, 40+1, ne désigne pas seulement un seuil franchi mais introduit un décalage : le "+1" agit comme un principe d'ouverture, une poussée minimale qui empêche toute clôture commémorative et inscrit l'exposition dans une dynamique orientée vers ce qui vient.

La mémoire comme matière active
Ici, l'anniversaire ne se décline pas en archives vitrifiées mais se confond dans l'épaisseur concrète du bâtiment. Les œuvres occupent les espaces - des zones de circulation et de travail aux espaces interstitiels, jusqu'à la champignonnière - et prennent appui sur une architecture déjà travaillée par des gestes antérieurs. Le temps agit comme un outil critique, un levier capable de déplacer le présent, car il ne s'agit pas de convoquer un passé stabilisé, mais d'en activer la tension, afin que la mémoire devienne surface de friction.
Le choix de solliciter des artistes des ateliers de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de la ville de Marseille plutôt que des collections muséales répond à cette logique. Il privilégie des pratiques en cours, ouvertes, encore en devenir. Là où l'institution muséale tend à fixer, l'atelier conserve l'instabilité incandescente du présent. De ce fait, le refus de tout positionnement passéiste afin de monumentaliser sa propre histoire, mobilise la mémoire non pour figer, mais pour ouvrir.

Un outil critique et organique
L'exposition semble évoquer l'image d'un organisme. Les 85 œuvres ne sont pas purement et simplement juxtaposées les unes aux autres, elles interagissent : déplaçant les parcours et modifiant les équilibres, elles se répondent à distance. Si les formes semblent traversées par une dynamique interne, les récits, quant à eux, ne sont pas fixés : ils circulent, se transforment selon le point de vue, obligeant le présent à ne cesser de se reformuler.
Le "+1" du titre ne prolonge donc pas une chronologie : à l'inverse, il infléchit la trame, introduisant une variation presque imperceptible, qui empêche les formes de se figer en signes définitifs. Les récits ne se concluent jamais, car leur vie est celle du déplacement, du présage, du syncrétisme, de l'éclosion. Comme si elle excédait toujours sa propre apparition.

40+1
Jusqu'au 25 avril 2026 au CAP de Saint-Fons ; entrée libre
