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Lyon et ses concerts : 12 variations sur le mois de Mars

Publié Lundi 2 mars 2026

Sélection / Des voix anciennes aux secousses électroniques, des complaintes dépouillées aux déflagrations saturées, notre sélection de mars explore les zones de frottement entre mémoire et présent. Jazz incandescent, folk réinventée, techno immersive, lyrisme romantique ou noirceur tellurique : une constellation de gestes singuliers interrogeant la forme et l'intensité du live.

Photo : The dead South

Lonny et l'Ensemble Agamemnon

Tissage folk et baroque / Avec Songs of oblivion, la chanteuse Lonny et l'Ensemble Agamemnon laissent entrevoir un projet visant à faire vibrer la beauté. Sans s'obstiner à briguer la synthèse, ces deux âmes établissent plutôt la possibilité d'une coexistence attentive et affective entre l'univers de la folk et les dédales du baroque. Des ballades traditionnelles britanniques aux lamenti de Nicolò Fontei, des joyeux de Nick Drake aux madrigaux de Monteverdi, le programme de la soirée opte pour l'interpénétration vivante de formes actives, une manière de faire tenir ensemble texte, mémoire et matière sonore.
FM

Songs of oblivion : Lonny et l'Ensemble Agamemnon
Lundi 2 mars 2026 à 20h à l'Opéra underground (Lyon 1er) ; 15 à 19€


Argot lunaire

Jazz / Irradiant et sans cérémonial, le jazz d'Argot lunaire se faufile entre les mailles du quotidien pour tracer un véritable chemin d'émancipation plutôt qu'une simple échappée. Porté par des flux ludico-ancestraux, ce geste s'affirme comme une tentative de réenchantement profond du monde : écologique, mystique et radicalement humaniste. Pour fêter la release party de son premier album, le collectif lyonnais réuni autour de la pianiste Anne Quillier convie des formes hybrides et singulières : en première partie on trouvera imaWa, dont les coups de pinceau sonores semblent traduire l'inquiète matière picturale de Willem de Kooning, tandis que la clôture sera l'affaire du duo LFantOrq, dont l'écriture excave l'érudition pour ouvrir des nouvelles trajectoires ubuesques.
FM

Argot lunaire, ImaWa et LFantOrq
Jeudi 5 mars 2026 à 21h au Périscope (Lyon 2e) ; 8 à 12€


Carpenter brut

Synthwave / Il y a de la synthwave chill, on pense à Home, au morceau Resonance, ou encore au planant On the run de Timecop1983. Là, ce n'est pas ça du tout. Le producteur Frank Hueso a mélangé sa synthwave avec de l'electro industrielle et du metal, si bien qu'on le retrouve autant sur les scènes des plus grands festivals de metal qu'à ceux de musiques électroniques. Synthés agressifs, ambiance d'horror-movie, distorsion et structures de morceaux très "rock" : Carpenter brut impose un univers à part entière, complet et cohérent que son album très attendu, Leather Temple continue d'étoffer en mettant l'accent sur une techno plus indus. Franck Rivoire, connu sous le nom de Danger, assure la première partie. Masque noir et montre casio, il déroule un univers qui se marie bien avec celui de Carpenter brut, entre références au cinéma et d'autres au jeu vidéo.
LS

Carpenter brut - COMPLET
Mardi 10 mars 2026 à 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 34 à 38€


Richard Youngs

Expérimentale / Avec une discographie qui frôle les deux-cents sorties, le musicien glaswégien se soustraie à toute tentative analytique, laissant son catalogue se métamorphiser en océan ondoyant, où il est doux de faire naufrage. Les pièces de Richard Youngs s'installent lentement, creusent un motif, pour ensuite s'étirer et agir sur le temps jusqu'à le faire disparaître. Les motifs répétés et harmoniques frémissantes s'entrelacent sans cesse avec les lignes vocales suspendues, donnant lieu à une écoute intime et immersive entre folk et expérimentation.
FM

Richard Youngs
Mardi 10 mars 2026 à 21h au Périscope (Lyon 2e) ; 8 à 12€


Ponte del Diavolo

Blackened post-punk / S'inscrivant dans le triangle black/post-punk/doom, la formation turinoise détourne les codes au profit d'une densité quasi tactile. Ici, la noirceur ne procède pas d'un halo atmosphérique diffus, mais d'un son frontal et épais au point de sembler infranchissable. Les riffs massifs se drapent de nappes gothiques, façonnant une tension continue entre rudesse tellurique et grâce spectrale. Dans cet univers sombre, la voix d'Erba del Diavolo, purement incantatoire, ouvre une ligne de fuite, celle d'un rituel organique où chaque mesure semble tracer les contours d'une invocation obscure.
FM

Ponte del Diavolo, Witchorious et Anahera
Mercredi 11 mars 2026 à 19h au Rock n'Eat (Lyon 5e) ; 20, 49 à 22, 99€


Biga*Ranx

Dub / Il n'imite plus la vélocité jamaïcaine depuis des années déjà, le Tourangeau a opéré une mue vers ce qu'il nomme le "vapor-dub". À la croisée des chemins entre le dub digital de Lee Scratch Perry et l'esthétique lo-fi du cloud rap, il a bâti avec son label Brigante Records une texture sonore unique, cotonneuse et mélodique. Porté par son nouvel album Rainshine sorti en juin et l'héritage de Sunset Cassette sorti cinq ans auparavant, ce concert est une immersion dans une "liquidité" musicale où les basses lourdes du soundsystem se dissolvent dans des nappes synthétiques nostalgiques où l'artiste, parfois sous l'alias Telly*, déconstruit les codes du roots pour en proposer une version résolument moderne.
CD

Biga*Ranx - COMPLET
Samedi 14 mars 2026 à 19h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 31, 90 € à 34, 90 €


Daniel Avery

Techno hallucinatoire / Conjonction visionnaire entre trip-hop et shoegaze, Tremor, son dernier opus, déploie des sensations vaporeuses qui s'insinuent sous des couches abrasives héritées des années 90. Arpenteur aguerri de l'espace sonore, Daniel Avery façonne depuis Drone logic des volumes qui transforment non seulement l'écoute, mais aussi la manière dont on circule à l'intérieur même du son, jusqu'à redéfinir l'idée d'espace musical. Ce « disque pour les enfants de l'après-rave et les amateurs de guitares », comme l'a décrit son auteur, est aussi un geste de convergence, porté par une dynamique collective où se croisent notamment Alison Mosshart (The Kills) et Walter Schreifels (Quicksand). Tremor, ainsi que sa relecture nocturne Midnight Versions, s'imposent comme des œuvres nécessaires, des disques à habiter autant qu'à écouter, dont l'urgence paraît aujourd'hui plus essentielle que jamais.
FM

Daniel Avery, Neskeh et Anomalie magnétique
Samedi 14 mars 2026 à 23h au Sucre (Lyon 2e) ; 14 à 18€


The dead South

Alt-bluegrass / À travers une instrumentation stricte et un héritage roots relu par l'entremise d'une sensibilité post-indie, The dead South s'impose depuis une décennie comme l'un des groupes phares du renouveau bluegrass. Combinant précision rythmique, voix serrées et goût pour les récits sombres, le quatuor canadien sait manipuler habilement le passé pour afficher conjointement sa matrice ainsi que sa réinvention contemporaine.
FM

The dead South - COMPLET
Mercredi 17 mars 2026 à 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 41, 70€


Schubert, quintette

Romantisme lyrique / Les musiciens de l'ONL s'aventurent dans la musique de chambre de Schubert avec deux œuvres contrastées du compositeur romantique : le Quatuor à cordes n°12 composé à 23 ans, tout en frémissements et alternance d'élans et de retenues, mêlant aussi fougue et colère, et le Quintette pour cordes en do majeur qui a été, lui, composé à l'été 1828, deux mois avant la mort de Schubert. Le second violoncelle apporte une tonalité grave et dialogue avec les quatre autres instruments, pour, une œuvre dense et sous tension, l'une des plus belles de la musique de chambre dit-on.
JED

Schubert, quintette
Mardi 17 mars 2026 à 20h à la Salle Molière (Lyon 5e) ; 10 à 19€


Black foxxes

Rock alternatif / Romantique sans être autodestructeur, mélancolique sans être plaintif, ainsi pourrait-on définir le geste artistique que Mark Holley poursuit depuis un peu plus de dix ans. Après un renouvellement total de la section rythmique et un hiatus de cinq ans, Black foxxes livre avec The haar une œuvre d'une rare sensibilité dolente et hypnotique, crépusculaire réarticulation spectrale et âpre des sonorités rock et post-rock des années 90.
FM

Black foxxes et Caïman
Mercredi 18 mars 2026 à 20h30 au Marché gare (Lyon 2e) ; 14 à 18€


Manon Lescaut

Vérisme lyrique / À 34 ans, Giacomo Puccini signe l'un de ses plus beaux opéras avec Manon Lescaut d'après un roman de l'abbé Prevost. Manon veut jouir de la vie et entame une passion déchirante et désespérée avec Des Grieux. Les voix de Chiara Isotton et de Ricardo Massi s'entremêleront aux couleurs envoûtantes d'un orchestre omniprésent, Puccini réussissant ici à synthétiser son héritage de Verdi avec Wagner ou même... Bizet ! La Sicilienne Emma Dante signera la mise en scène, avec son goût prononcé pour une poésie brute et des images scéniques puissantes.
JED

Manon Lescaut
Du 20 mars au 7 avril 2026 à l'Opéra de Lyon (Lyon 1er) ; 10 à 125€


Zeke

Punk / Façonnant des engins sonores explosifs dès l'aube des années 90, le quatuor étatsunien a apporté assurément sa pierre à l'édifice du rock, et plus précisément dans ses déclinaisons les plus rapides et les plus rugueuses. Après un long silence de près de quinze ans, le groupe est revenu sur le devant de la scène il y a une décennie, reprenant le fil avec une intensité intacte et distillant ses sorties, à partir du massif (et particulièrement réussi) Hellbender. Si vous aimez Ramones, Motörhead ou Black Flag, la collision atomique produite par Zeke saura combler votre appétit de vitesse, de saturation et d'embrasement vital.
FM

Zeke et Ta gueule
Mercredi 25 mars 2026 à 19h à Warmaudio (Décines-Charpieu) ; 18 à 20€