Black foxxes : du crépuscule à l'aurore
Alt-rock / Mercredi 18 mars le Marché gare accueille le spleen du groupe britannique pour une soirée hypnotique cadencée par les ondulations sonores de leur dernier album, l'émouvant The haar.
Photo : Black foxxes © Jez Pennington
Quintessence de mélancolie et d'ire, la musique du groupe britannique ménage également un lieu de confession et d'espoir. Marquée par les souffrances physiques de la maladie de Crohn et de la dépression du chanteur Mark Holley, la discographie de Black foxxes est l'expression d'une substance sombre, mais vivante et intense. Si à l'origine, le groupe faisait résonner les héritages tourmentés des années 90 dans un mélange de post-grunge, alt-rock et emo, cette matière première s'est transformée au fil des disques en une signature singulière, immédiatement reconnaissable, voilée d'une lenteur méditative reconfigurant entièrement les catégories de slowcore et de post-rock.
Deux ans après le remarquable EP Pines, en 2016 paraît I'm not well, un premier album où la rugosité sonore abrasive est scarifiée par la voix de Mark Holley. Sa présence vocale, sombre et lumineuse à la fois, porte des textes qui s'attachent à dire la vulnérabilité, la douleur psychique et l'effritement intérieur. L'écriture est incisive : chaque phrase semble gravée dans la matière du vécu.
Apprendre à vivre avec la nuit
Le deuxième album, Reiði (« rage » en islandais), nourri par les séjours répétés du chanteur dans la « terre de glace et de feu », explore davantage l'acceptation de l'état dépressif et l'idée d'une possible guérison. La rage du titre n'est jamais explosive, mais se manifeste dans la tension entre des forces opposées - résignation et résistance, clarté et doute - dans une mise à nu totale qui laisse affleurer contradictions et hésitations.
En 2020, après le départ du bassiste Tristan Jane et du batteur Anthony Thornton, Holley recompose entièrement la formation. L'album éponyme qui s'ensuit porte la trace de cette mutation : la dépression prend une autre torsion, plus diffuse, enveloppée dans une brume sonore plus expérimentale où se mêlent distorsion, post-rock et touches de dream-pop.
La voix à fleur d'écoute
Après un (trop) long silence, en 2025 The haar s'impose comme véritable point d'arrimage, là où le sens semble enfin se fixer, empêchant le bateau de partir à la dérive. Le titre évoque cette brume maritime qui enveloppe lentement les côtes : une image parfaite pour un disque où la voix de Holley semble se tenir au plus près de l'oreille, presque susurrée, sans médiation, comme celle de Calla ou d'Arab Strap. Cette parole murmurée n'est pourtant jamais diaphane, et demeure solidement ancrée dans le réel. Arrachée du fond d'un maelström d'angoisse, chaque phrase surgit comme un espoir de lumière, d'où la nécessité de la répétition et de l'étirement, à l'instar des dix minutes de In the image of perfection, conclusion hypnotique d'une œuvre qui demande à être traversée d'un seul tenant.
La recherche sonore de Black foxxes trouve un prolongement inattendu avec Live at Vada, publié mi-février. Enregistrée dans le studio installé dans une ancienne chapelle fondée en 1260 près de Stratford-upon-Avon, cette session n'est ni un véritable album live ni un nouveau disque, mais plutôt une reconfiguration tendue des sonorités récentes du groupe. Dérivant parfois vers un vacarme jazz, les morceaux se brisent sur la présence immobile de la voix de Holley, stoïque et résiliente.
Vortex lent, circulaire, où la mélancolie devient paradoxalement libératrice, la musique du groupe est un geste crépusculaire et excédentaire, don à offrir à l'être qui nous est précieux.
Black foxxes et Caïman
Mercredi 18 mars 2026 au Marché gare (Lyon 2e) ; de 14 à 18€
