Des voix d'autres continents pour embraser la scène
Festival / Du 19 au 21 mars, le Centre culturel Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin se consacre à l'évocation d'univers lointains et pourtant si proches, où la parole, enveloppée dans des esthétiques magnétiques, s'offre dans sa frontalité poétique, engagée et ardente.
Photo : Gnawa Diffusion ©DR
Depuis 2021, Catherine Ringer fait revivre sur scène l'œuvre d'Alice Mendelson, professeure de lettres et poétesse discrète disparue l'an dernier, avec une lecture-spectacle articulée autour de L'érotisme de vivre, recueil rassemblant des poèmes écrits entre 1947 et 2021. C'est elle, l'ancienne voix des Rita Mitsouko, qui a permis à ces textes de voir la lumière et d'accéder à la scène, révélant une œuvre longtemps restée dans l'ombre. Dans ce récital, Catherine Ringer donne corps aux élans, à l'ivresse et aux passions qui traversent les poèmes de Mendelson. Un geste profondément amoureux, un spectacle essentiel, au sens le plus juste du terme : qui touche à l'essentiel et s'impose comme une nécessité.
Territoires intérieurs
Avec Soleil Launière - également attendue en concert le 17 mars au Théâtre de la Renaissance à Oullins - le public est convié à pénétrer un univers artistique singulier, à la fois sensible et profondément incarné. Dramaturge, metteuse en scène, comédienne et autrice-compositrice-interprète, l'artiste innue originaire de Mashteuiatsh, au sein des peuples autochtones de l'est du territoire Québec-Labrador, déploie une pratique plurielle où théâtre et musique se nourrissent mutuellement. Son premier album, Taueu, reflète cette démarche ouverte : mêlant français, anglais, innu-aimun et une langue inventée, Soleil Launière fait advenir une exploration très personnelle des possibilités de la voix et du langage. De cette écriture sonore et scénique hybride émergent des récits intimes et collectifs liés aux réalités autochtones : la mémoire et la transmission, portées par des figures féminines, se déploient dans un espace de libre dialogue entre appartenance et imaginaire, donnant à l'ensemble une dimension à la fois spirituelle et instinctive.
Rythmes en résistance
Gnawa diffusion clôt le festival avec une musique qui dépasse la simple rencontre de styles, un maillage syncrétique où se mêlent chaâbi algérien, traditions musicales du Maghreb, rock, jazz et reggae. Depuis le début des années 90, le groupe mené par Amazigh Kateb foule les scènes avec une énergie intacte et une esthétique à la fois granitique et lumineuse, que rien ne semble pouvoir ternir. Portée par des textes écrits par le chanteur, ainsi que d'autres inspirés de l'œuvre de son père, le grand écrivain algérien Kateb Yacine, la musique de Gnawa diffusion fait résonner les luttes anticolonialistes, les mémoires berbères et kabyles, et les voix des diasporas algériennes, dans un souffle toujours vivant. Voilà donc le programme de trois soirées, de trois façons de combattre les coercitions mortifères par la force inassimilable et indomptable de la célébration de la vie.
Voix d'autres continents #4 : Catherine Ringer, Soleil Launière et Gnawa diffusion
Du jeudi 19 au samedi 21 mars 2026 au Centre culturel Charlie Chaplin (Vaulx-en-Velin) ; de 6 à 24€
