Nuits de Fourvière

Des aliens à côté des écuries : La petite histoire du musée du Cinéma et des miniatures

Publié Mercredi 11 mars 2026

Patrimoine / En plein cœur du Vieux Lyon, le musée du Cinéma et des miniatures est aussi attrayant par ses collections que par son site. Aller voir les trésors accumulés ou ceux fabriqués par Dan Ohlmann, c'est aussi l'occasion de se balader dans de vastes espaces remontant au XVᵉ siècle, classés, comme tout le secteur, à l'UNESCO depuis 1998.

Photo : Musée du Cinéma et des miniatures _ DR

Et dire que Louis Pradel a failli tout bazarder. Dans les années 60, le maire lyonnais a rêvé de raser le Vieux-Lyon alors jugé insalubre pour y faire passer une autoroute. Il s'est ravisé car des citoyens se sont regroupés pour défendre le quartier. Parmi eux : Régis Neyret et sa femme Annie. Décédés à quelques mois d'intervalle en 2019, ils sont figés, sculptés en bronze et assis sur un banc des quais de Saône contemplant ce qu'ils ont sauvé. Cette lutte pour la protection du patrimoine est alors si importante qu'elle insuffle à André Malraux, ministre de la Culture, l'instauration d'une loi pour la protection du patrimoine. Le Vieux-Lyon devient en 1964, le premier secteur sauvegardé de France.

Mais tous ces murs sauvés sont bien souvent inaccessibles aux passants, hormis le musée public Gadagne. Un autre, privé, permet de déambuler dans des appartements anciens. Celui du Cinéma et des miniatures. Pourtant il n'a pas toujours été là. Quand l'alsacien Dan Ohlmann commence sa collection, c'est rue Juiverie qu'il l'installe en 1991, dans l'ancien local de la billetterie du funiculaire disparu, à gauche de la gare Saint-Paul. Ça s'appelle alors le palais de la miniature. Miniaturiste lui-même, formé comme ébéniste, il travaille comme scénographe pour des opéras et des théâtres. C'est dans ce cadre qu'il réalise des décors à toute petite échelle en se souciant grandement de l'éclairage. Il fait aussi des décors de monuments lyonnais comme la cour intérieure de l'iconique et mystérieux hôtel de Milan, fermé en 1905, place des Terreaux, un atelier de Canut, un bouchon lyonnais, de la prison Saint-Paul ou encore le musée des Frères Lumière ... Sa motivation ? Redonner vie à des époques et des lieux que l'on ne peut pas voir aujourd'hui et faire voyager ses visiteuses et visiteurs dans le temps.

Dan Ohlmann

Peu à peu il acquiert des miniatures d'autres que lui et des décors de cinéma notamment. La bascule dans le bâtiment actuel du musée s'opère presque par magie. Une femme suisse fortunée découvre sa miniature du restaurant parisien Maxim's. Elle veut l'acheter mais celle-ci n'est pas à vendre car son créateur veut la partager avec le public. Alors, elle va devenir sa mécène et achète pour lui, au commencement, ce qui correspond à la partie ''boutique'' du musée, au 60 rue Saint-Jean. Un lieu bien plus exposé aux passants que la rue Juiverie. Peu à peu, elle s'empare des bâtiments contigus tant et si bien qu'aujourd'hui le musée, devenu entre-temps "musée du Cinéma et des miniatures", se déploie sur 2500 m².

Restaurant Maxim's et dan Ohlmann DR

Auberge

De couleur rose, cet ensemble date de 1406. Face à l'historique palais de Justice, il abrite alors logiquement une confrérie des juristes, comme en témoigne le nom de la place où trône un lion réalisé pour la Biennale d'art contemporain en 2006. Cet espace vert de la ville de Lyon se nomme « Basoche », un terme qui désigne un regroupement  « des clercs des cours de justice qui étaient constitués en associations dont l'origine remonte à Philippe le Bel » selon le Larousse. À cette période entre le Moyen-Âge et la Renaissance, s'y trouve aussi une auberge, la Croix d'Or, sa cour intérieure et son écurie. Le couloir de l'entrée actuelle du musée était celle des chevaux. Les marchands et les étrangers de passage y viennent alors de loin pour y faire du commerce lors des célèbres foires. Ce n'est qu'en 1979 que le lieu retrouve une fonction juridique puisque la Maison de l'ordre des avocats qui l'a restauré y installe son centre régional de formation professionnelle jusqu'en 2002. Deux ans plus tard, grâce à la suissesse Gisela Oesi, ancienne présidente FC Bâle et fondatrice du musée de la poupée dans cette même ville, Dan Ohlmann y expose ses travaux et collections.

Cinéma

Au fur et à mesure des années, Dan Ohlmann acquiert des objets iconiques comme la Reine Alien imaginée pour le film de James Cameron. Dan Ohlmann l'a récupérée en pièces détachées, alors qu'elle prenait la poussière dans un studio américain. On trouve aussi une salle dédiée au travail de Wes Anderson (décor de L'île aux chiens, éléments de La Vie aquatique...), au film Le parfum de Tom Tykwer (dont Gisela Oesi fut coproductrice) ou encore l'incroyable prothèse constituée de centaines de morceaux collés à la peau de Rebecca Romijn dans X-Men 2. Ce qui est au cœur de ce musée dirigé depuis 2021 par le réalisateur et producteur Julien Dumont suite à la retraite de Dan Ohlmann, c'est l'artisanat. Au point que les décennies représentées sur ces cinq niveaux couvrent beaucoup le XXe siècle et notamment les années 1990 avec le règne des animatroniques (contraction de « animations électroniques » comme E.T., Jurassic Park etc). Ensuite, on bascule dans l'ère numérique, de fait immatérielle. Cependant on peut aussi trouver des objets très récents comme le requin de Sous la Seine (film de Xavier Gans diffusé sur Netflix), la montre du shérif de Stranger Things, et bientôt le casque d'Iron Man de Robert Downey Jr.

Le musée du Cinéma et des miniatures DR

Dan Ohlmann, toujours actif, peut compter sur ses relations privilégiées avec les studios américains pour continuer à enrichir la collection. Par ailleurs, une exposition temporaire annuelle (celle sur les studios Laika vient de s'achever) est proposée dans ce musée qui fonctionne sans subvention publique et qui accueille entre 250 000 et 300 000 visiteurs par an, ce qui fait de la billetterie sa première source de revenus.

Le musée du Cinéma et des miniatures
60 rue Saint-Jean, Lyon 5e
Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h30, samedi, dimanche et vacances scolaires de 10h à 19h.
Fermeture les mardis matins hors vacances scolaires. Fermeture exceptionnelle les 16, 17 et 18 mars pour maintenance technique. Tarifs : 22, 90€ / 19, 90€ / 17, 90€ (enfants) / Pack famille à 55€
Actuellement, les miniatures sont en rénovation. Elles vont réintégrer les collections peu à peu d'ici l'été.