La transmission en fil conducteur : la petite histoire du théâtre des Marronniers

Publié Lundi 16 février 2026

Patrimoine / Niché au fond d'une cour elle-même située dans une rue dédiée aux restaurants, le théâtre des Marronniers vient de fêter ses 40 ans. Roger Planchon et Marcel Maréchal ont fait leurs débuts juste à côté de ce lieu historique où furent inventées les MJC avant de devenir un théâtre en 1985. Récit.

Photo : © E. Traversi

Au départ, il est important de noter qu'il y a le 7 et le 3 bis rue des Marronniers. Leurs histoires se croisent. C'est au 3 bis qu'au début des années 1950, Roger Planchon, 22 ans, commence à faire du théâtre le soir pendant qu'avec sa troupe ils travaillent le jour pour gagner leur vie. De 1953 à 1957, ils montent les auteurs contemporains d'alors : Michel Vinaver, Bertolt Brecht. Par la suite appelé à Villeurbanne dans le théâtre (à l'italienne) de la cité, il lui apposera le doux nom de TNP au début des années 70. Son aventure n'est rien moins que celle de la décentralisation. Un peu après, dans le 2e arrondissement, Marcel Maréchal installe son théâtre du Cothurne (de 1960 à 1968). Lui aussi ira fonder une grande épopée théâtrale, celle du Théâtre du 8e, aujourd'hui Maison de la danse. Au bout de ce 3 bis, se trouve la salle de théâtre transformée depuis 1968 en cinéma, à l'instigation précisément de Roger Planchon. L'entrée se fait alors par la rue de la Barre.

Au 7 rue des Marronniers, il faut remonter un fil plus ancien. On y trouve de 1867 à 1895 le siège de la SEPR, société d'enseignement professionnel du Rhône fondée trois ans plus tôt. Si la direction de ces pionniers de l'enseignement technique change de lieux plusieurs fois, le n°7 rue des Marronniers reste jusqu'en 1978 un espace où sont dispensés des cours (grammaire, maths, dessin pour les menuisiers et mécaniciens, sténographie, économie politique au XIXe siècle jusqu'aux cours pour les CAP boucher et coiffeur dans les années 70). Tout est aujourd'hui réuni sur un site unique entre Grange-Blanche (Lyon 8e) et Montchat (Lyon 3e).

Lieu de formation

Le 19 septembre 1944, alors que Lyon respire l'air de la liberté depuis seulement seize jours, André Philip y fonde l'Association fédérative des foyers, cercles et maisons de la jeunesse de France, dite « La République des jeunes ». Il faut agir vite pour le futur ministre et député, « en opposition au régime de Vichy qui avait fait encadrer la jeunesse par l'administration et l'avait conditionnée par la propagande ». Après quelques turbulences, cette association devient, en 1948, la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture. Les MJC sont nées ; une plaque en atteste encore.

Théâtre

Il faut attendre le début des années 1980 pour qu'un comédien et acteur, Daniel-Claude Poyet, (re)lance l'activité théâtrale. Il vient de quitter la troupe de la Criée de Marseille (que dirige alors Marcel Maréchal) pour revenir dans sa ville, et trouve un local à louer au 7 rue des Marronniers. Il y voit le signe que le théâtre doit à nouveau être au cœur de ce secteur longtemps dédié à la jeunesse. En 1985, le théâtre des Marronniers naît avec une représentation en version oratorio de Phèdre. Jean-Marc Avocat fait ses premiers pas d'acteur ici, les Contes du Beaujolais de Michel Aulas, père du candidat de la droite lyonnaise aux municipales, s'y font entendre... Dédié à la création, aux paroles parlées et jouées, « à l'acteur et à l'auteur », ce lieu s'impose sur la carte de ceux axés sur l'émergence. Dès la création du label des Scènes découverte en 2002 par l'adjoint à la culture de Gérard Collomb, Patrice Béghain, les Marronniers existent aux côtés de l'espace 44 (devenu La Loge, école d'art dramatique), les Clochards célestes et l'Élysée. Mais l'émergence, ce ne sont pas que des jeunes, comme va s'échiner à le démontrer Yves Pignard. Directeur du théâtre de 1991 à 2025, il dit de ce lieu de 49 places, hypercentral géographiquement, qu'il offre « une ambiance toute particulière, comme si [le spectateur] se trouvait dans une réunion familiale ou amicale ; les bruits de la ville ont disparu au bénéfice de la création ».

La cour du théâtre des Marronniers ©F. Chapolard

La rue ne traboule plus jusqu'au Rhône comme au temps de la SEPR mais le comédien et metteur en scène Damien Gouy, à qui Yves Pignard a passé le relais progressivement et accompagné dans cette transition hors du label Scène découverte en 2022, est sur la même voie. La notion de transmission, au cœur de ces murs depuis plus de 150 ans, est toujours son ADN. Le projet s'appelle désormais « la Fabrique des imaginaires ». 4500 spectateurs sont accueillis par an pour 130 levers de rideaux. Les partenariats se poursuivent, notamment avec Magnifique printemps. La musique a toujours sa place, mêlée au théâtre comme pour les créations récentes Yoko et John, chambre 1742 de Benjamin Kerautret et Caroline Guisset ou Barbaba de Philippe Mangenot et Rafaèle Huou. Formé à l'ENSATT, membre de la troupe permanente du TNP de 2006 à 2019, sous l'ère de Christian Schiaretti et codirecteur des Rencontres théâtrales de Theizé, Damien Gouy s'inscrit dans les pas d'Yves Pignard. « J'aimerais que ce théâtre soit un catalyseur pour se retrouver toutes générations confondues » en dit-il. Il a, en ce sens, monté récemment un seul-en-scène sur Jean Moulin, pour s'adresser à toutes les classes d'âge.

Yves Pignard, au théâtre des Marronniers à l'occasion de la reprise du lieu. DR

Financé à hauteur de 90 000€ par les puissances publiques*, le théâtre compte deux équivalents temps plein pour fonctionner et un club de (onze) entreprises fidèles qui augmentent d'un tiers le budget, auxquels s'ajoutent depuis deux ans les "complices", un club de mécènes particuliers.

En mars, place à la poésie du Magnifique printemps et aux mots de Louise Chevillotte pour son travail personnel, déjà présenté aux Plateaux sauvages à Paris, Quand je ne dis rien, je pense encore. La trentenaire fut la Phèdre de Christian Schiaretti en 2019 pour sa dernière pièce créée au TNP. La boucle est bouclée.

*40 000€ Ville de Lyon / 30 000€ Métropole / 15 000€ DRAC / 15 000€ Région

Le théâtre des Marronniers
7 rue des Marronniers Lyon 2e
49 places

1867 - 1978 : Présence de la SEPR
1944 : Création de l'association de la République des Jeunes
1985 : Ouverture du théâtre
2025 : Damien Gouy nommé directeur

Actualité : En mars, le festival de poésie et de francophonie Magnifique printemps. Parmi les spectacles conseillés : Quand je ne dis rien, je pense encore par Louise Chevillotte, du 12 au 15 mars 2026