Guillaumon par Guillaumon
Art contemporain / Se mettant en scène dans d'innombrables compositions photographiques, Jean-Claude Guillaumon n'a cessé d'interroger avec humour l'image de soi et la figure de l'artiste.
Photo : Jean-Claude Guillaumon, Arrêt sur image, 2010 Photographie couleur contrecollée sur dibond, 38 × 90 cm. Courtesy famille Guillaumon
Disparu en 2022, Jean-Claude Guillaumon semble pourtant toujours aussi drôle et vivant à travers l'exposition rétrospective qui lui est consacrée au MAC. Il faut dire qu'on ne cesse de le voir en photo, dessin, peinture, vidéo, sculpture, et même en papier peint...! Artiste autodidacte, abandonnant très vite la peinture, Guillaumon a pris comme principal matériau de sa création... lui-même ! C'est-à-dire son corps et son visage, qu'il ne cesse de mettre en scène, essentiellement dans des montages photographiques. Outrageusement narcissique et repoussant très loin les limites de l'autodérision, Guillaumon apparaît dans chacune de ses œuvres, soit seul, soit dédoublé, détriplé, etc.. Plusieurs Guillaumon(s) assistent, par exemple, à la mort de l'artiste Guillaumon ; un orateur Guillaumon emporte les rires de toute une tablée de Guillaumon(s) assis autour de lui ; Guillaumon apparaît ailleurs tout à la fois comme peintre, modèle, collectionneur et journaliste photographe....
Une démultiplication du « moi », une métamorphose du même, une myriades de rôles joués, qui nous font souvent rire aux éclats, et qui, au-delà, jettent un pavé dans la mare d'une société inféodée à l'image, au spectacle et à la publicité. « Je me suis multiplié dans des compositions photographiques pour jouer tous les rôles du genre humain. L'humour et la dérision, omniprésents dans ce travail, sont les seules façons de détruire la vanité de la représentation de ma propre image : je joue ainsi le rôle de l'homme ordinaire, mais aussi celui de l'artiste, de sa place dans la société, en référence à l'histoire de la peinture » écrit-il.

Un souffle de nouveauté
Le parcours chronologique de l'exposition égrène une centaine d'œuvres, dont beaucoup ont rarement été montrées. L'exposition retrace aussi le rôle très important de Guillaumon au sein de la scène artistique lyonnaise à partir de 1967. Il y insuffle alors un vent de nouveauté et de liberté en organisant des happenings dans un appartement partagé avec l'artiste François Guinochet, en invitant à Lyon Ben, Daniel Buren et Georges Brecht (figure centrale du "mouvement" Fluxus)... En 1982, Guillaumon fonde avec son épouse la Maison des expositions de Genas (qui fermera en 1992). Et en 1986, il crée le Centre d'arts plastiques de Saint-Fons qu'il dirigera jusqu'en 2008 et dont il fera un lieu reconnu pour la diffusion de l'art contemporain. Bref, en plus de son travail artistique personnel, Jean-Claude Guillaumon a été un formidable passeur et aussi un "bâtisseur" de lieux de diffusion dont Lyon et sa région manquaient cruellement à l'époque. Dans ses œuvres comme dans ses initiatives, Jean-Claude Guillaumon aura laissé une trace vivante et fertile.
