Skream & Benga, Omar Souleyman, DJ Nobu : Nuits sonores 2026 annonce une 23ᵉ édition revendiquant l'indépendance

Publié Mercredi 28 janvier 2026

Festival / B2b, rencontres inédites et retour aux sources : Nuits sonores a complété la (longue) liste des lives, concerts et DJ sets prévus pour sa 23ᵉ édition qui s'articule autour de l'idée de liberté et d'indépendance.

Photo : Nuits sonores ©Juliette Valero

L'association organisatrice de Nuits sonores avait pu nous surprendre pour son édition 2025, publiant en préambule de son annonce de programmation un édito solennel, rappelant un contexte social, géopolitique et économique particulièrement inquiétant. On pouvait y lire que : « Nous ne sauvons pas le monde, nous organisons un festival [... mais que] face au contexte accablant, penser que nous serions hors-sol et déconnectés serait renoncer, abandonner le plus important. » Force est de constater qu'en 2026, le contexte global ne semble pas s'être amélioré. On peut même dire qu'il a sensiblement empiré. Le festival maintient sa posture alarmiste, cette fois-ci en articulant sa programmation autour de les notions d'indépendance et d'interdépendance : « Ce mot autrefois gage de qualité artistique et d'avant-garde, revêt aujourd'hui des valeurs indiscutables de liberté, d'émancipation, de choix de société dans un monde menacé par la montée des extrêmes et les phénomènes de concentration à l'œuvre dans l'industrie de la musique et les médias ». Arty Farty rappelle au passage que l'indépendance à un coût, celui de la fragilité et de l'incertitude : « La disparition de nombreux festivals sur le territoire et ailleurs ne peut que nous alerter sur l'état du secteur et l'urgence de défendre ce que nous sommes ».

Frédérique Joly, co-fondatrice de l'association Arty-Farty et directrice de Nuits Sonores à la conférence de presse de Nuits sonores 2026, à Hôtel 71. © LS/LePetitBulletin

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Formats spéciaux

On connaît maintenant la recette : une majeure partie du festival de musiques électroniques se déroulera dans l'ancien technicentre SNCF des Grandes locos à la Mulatière, célébrant tour à tour ou tout en même temps, la culture club, celle des rave-parties ou encore des sound system, durant quatre "days" et une "closing". Si la scénographie promet d'innover, on comptera toujours un plateau radio et quatre scènes, à l'intérieur des halles mais aussi en extérieur. Pour les noctambules et les couche-tard, la partie nuit investira à nouveau le vaste espace de la Sucrière avec trois scènes. 

On se souvient aussi des formats "spéciaux" du festival, en collaboration avec des structures locales. L'année dernière, la trajectoire pionnière de Suzanne Ciani avait été célébrée au théâtre des Célestins dans une atmosphère proche de la liturgie, et Jeff Mills avait interprété en live la bande son du film de Fritz Lang Woman in the Moon, au théâtre de la Croix-Rousse. Cette année, la compositrice de musique drone et ambient, Kali Malone sera à la Chapelle de la Trinité pour faire entendre ses cycles harmoniques, propices à la contemplation. Autre haut-lieu de l'expérimentation lyonnaise, les Subs accueilleront deux représentations du spectacle immersif Si me ves ir con todo de l'artiste suisso-guatémaltèque Baby Volcano, entre la performance et la comédie musicale punk.

Un certain nombre de (grands) noms avaient déjà été annoncés en décembre dernier, parmi lesquels la figure de la seconde vague techno de Detroit, Carl Craig, qui sera en b2b avec un autre DJ qui a arpenté la ville de Détroit, Seth Troxler, mais aussi Four Tet (déjà venu en 2018), aux lives oscillants entre folk, jazz et world music. On retrouvait aussi des "presque habitués" du festival : on pense à Ben Klock mais aussi à Tauceti, à Amelie Lens, ou encore à Anetha qui sera en b2b avec Vel. Khalil Epi avait ouvert le festival l'an dernier, et revient en 2026 avec son projet Aïta Mon Amour, qu'il porte avec Widad Mjama, pionnière du rap féminin au Maroc, qui propose une réinterprétation du blues rural porté par les Chikhates, femmes chanteuses et gardiennes d'une pratique multiséculaire.

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Avec les 80 nouveaux noms annoncés, on peut ajouter d'autres come-back de fidèles du festival. Des artistes du cru, évidemment (Folamour, LB aka Labat, Beatrice Mb, Hyas, SHIBUUYA !...) mais aussi l'invité de toutes les closing, Laurent Garnier dans un format inédit : Garnier plays COD3 QR un set spécial où il jouera exclusivement des morceaux du label qu'il codirige avec Oliver Way.

Luttes et résistances

Nuits sonores s'ouvrira avec un live des artistes ukrainien·nes Heinali & Andriana-Yaroslava Saienko et leur projet Гільдеґарда, qui explore les traumatismes liés à la guerre et la douleur collective. Le festival s'achèvera avec Sama' Abdulhadi, figure internationale de la techno et voix essentielle de la scène électronique palestinienne. Dans l'intermède, une foultitude de concerts aux esthétiques et aux messages forts, engagés, se succéderont sur les scènes du festival. On peut penser à DJ Baba the Raptor, figure du raptor house vénézuélien et artiste inévitable de la Changa tuki (genre de musique électronique ayant émergé dans les bidonvilles de Caracas), à Net Gala producteur politique et visionnaire de la scène queer coréenne, ou à la productrice et vocaliste néo-zélandaise DJ Fuckoff. Il y aura aussi Nazar, dont la musique, profondément marquée par la mémoire de la guerre civile angolaise et la violence d'un État répressif, mêle kuduro, gqom (genre d'electronic dance music) et textures industrielles.

Voyage voyage

Quelques tropes se dessinent dans la programmation, le Japon sera par exemple bien présent lors de cette édition. Nuits sonores accueillera le groupe de punk japonais GEZAN. Le gabber ne sera pas en reste avec le live d'Uta Umegatani (Murder Channel) et de Gabber Eleganza, retraçant une amitié née de l'intérêt pour l'histoire graphique et sociale des flyers gabber japonais des années 1990. Star de la techno nippone, DJ Nobu sera aussi de la partie tandis que .VRIL et Wata Igarashi présenteront Phantom Circuits, un live improvisé où leurs univers sonores se rencontrent au sein d'une techno en perpétuelle transformation.

De nombreux pays d'Amérique du Sud seront aussi représentés. La Colombie, notamment avec Edna Martinez, qui a élaboré un travail autour des picos, des haut-parleurs colorés, devenus objets de résistance dans les fêtes populaires du littoral colombien. On notera aussi la présence de Bclip qui a développé un son hybride mêlant reggaeton, rap et expérimentations. À leurs côtés sur la programmation du festival, une pluralité de représentations des mutations esthétiques venues d'Amérique du sud - du latincore de Muakk au neoperreo de Lila Sky jusqu'à la palette insondable de l'Uruguayenne Lila Tirando a Violeta.

Boum boum

Nous avions déjà évoqué le gabber japonais et le latin core de Muakk, mais les musiques "extrêmes" du monde entier seront de la partie, à commencer par les françaises. Place à la Frapcore avec Paul Seul et Von Bikräv ou encore à la nouvelle héroïne du mouvement Urumi. Hybridations hardcore françaises : aamourocean a retrouvé Baptiste Betoulaud pour former PLEUR, où se rencontrent variété française, musique hardcore et EDM. Le duo italien 999999999 qui s'est imposé comme maître dans l'art du kick tonitruant sera aussi de la partie.

Héritage

Toujours dans l'objectif d'entretenir un archivage vivant des musiques électroniques, le retour (il était déjà venu en 2019) d'une autre figure de Détroit, Juan Atkins occupera une place centrale dans cette édition des Nuits sonores. Il en va de même pour The Sabres of Paradise, qui incarne l'ère warehouse britannique du début des années 1990. On pense aussi au prolifique Ben Sims, fidèle aux racines funk, groove et électroniques du genre et qui a posé les fondations du hardgroove. Badreddine Haoutar a, quant à lui, rassemblé au fil des années des cassettes marocaines, algériennes et libyennes des années 1980, 1990 et du début des années 2000, renfermant des joyaux de la musique maghrébine, du chaâbi au raï, en passant par le rap, le rock et la musique gnaoua. Il exhumera ces archives sonores en live. On appréciera aussi le retour de deux figures emblématiques du dubstep britannique et des grandes heures de UKF Dubstep : Skream et Benga, qui ont marqué les années 2000 et 2010 en popularisant la face brute, sombre et bass-heavy du dubstep. Omar Souleyman, initialement chanteur de mariages syrien, devenu une icône mondiale grâce à sa fusion unique de musique traditionnelle, d'électronique et de pop sera aussi de la partie.

Live coding et hyperréalisme

C'est une pratique qui a le vent en poupe : DJ_Dave invitera à la découverte du live-coding où la composition s'écrit en temps réel. De son côté, Colin Benders improvisera sur des machines modulaires, faisant parfois de l'accident et du bricolage une esthétique live radicale. On pourra aussi appréhender le travail de Kangding Ray, nommé aux Golden Globes pour la bande originale du film Sirāt, Prix du Jury au Festival de Cannes 2025, ou encore le live hyperréaliste de Noémie Büchi, mêlant figuration, sons électroacoustiques et orchestraux.

In(ter)dépendances

Plusieurs penseur·euses, artistes, militant·es, et collectifs participeront aux Nuits sonores Lab autour des questions d'indépendance et d'interdépendance, notamment Amandine Gay, qui partage son temps entre création et plaidoyer. En 2025, elle a réalisé Ballroom, première série documentaire sur cet univers en France, produite par France Télévisions et a publié Vivre libre, Exister au cœur de la suprématie blanche (aux éditions La Découverte) en 2025. On y trouvera aussi Soizic Pineau et Sarah Diep, aux manettes du podcast Paye ta vie d'artiste de Manifesto XXI, visant à analyser et déconstruire la précarité des artistes et travailleur·euses des domaines artistiques, ainsi que Sophie Lemaître, juriste à l'initiative du premier podcast en français sur celles et ceux qui combattent la corruption et/ou l'évasion fiscale : Sophie au pays des possibles.

Des open airs gratuits à Heat, des "extras" et le programme "mini sonore" seront annoncés dans les temps à venir.

La programmation complète :

Anetha b2b Vel
Carl Craig b2b Seth Troxler
Heinali & AndrianaYaroslava Saienko
Mac Declos b2b Ogazón
Fat Dog
Belaria b2b Kendal
Beatrice M.
dBridge
Deadbeat & Tikiman
Mad Professor & Sister Audrey
Mala
Sista Ajna
Alex Wilcox
GEZAN
Sonia Calico
Vannye
Paul Seul
Urumi
Von Bikräv
LB aka Labat
ASIŁ
Cera Khin
Gabber Eleganza b2b Yuta Umegatan
Nuage Rose
aamourocean x PLEUR
Muakk showcase [Aleroj b2b Isablu & 2AT b2b Nixss]
No Plexus
notinbed
999999999
DJ_Dave
Nathan Fake
Skream & Benga
Ben Klock
Craig Richards b2b Ivan Smagghe
Roza Terenzi
The Sabres of Paradise
Xiaolin
Baalti
DJ Fuckoff
Nikki Nair
Omar Souleyman
Bogdan Raczynski
Kiss Facility
Lila Tirando a Violeta
Mona San
NET GALA  
Bad Boombox
BETÏSES
MATRAKK
KITTIN & MCR-T
Ben UFO
Miley Serious b2b Carrier Hyas
WSNWG [Rødhåd + Dasha Rush + JakoJako + UFO95]
DJ Gigola b2b Busy P
HAAI b2b Leftfield
Kangding Ray
DjRUM
Four Tet
gyrofield
Nova Fellowship
SHIBUUYA!
Ayzoman
Ehua & Flore
Hirma b2b Mendi
Nazar
Scratchclart & DarkmanZulu
Blood of Aza b2b KAVARI
Cortisa Star
Zulu
KUKII
Mochakk 
OMOLOKO 
Solarce Brothers 
Mohammed Vincente
Optimo (Espacio) b2b Paula Tape
Sonja Moonear
LinLin
Uzi Freyja
DJ POMPOMPOM
Cardozo
808 State
Adrian Sherwood
Amélie Lens
Rødhåd b2b Tauceti
Acid Arab
Aïta mon Amour
Deena Abdelwahed
Retro Cassetta
Bclip
DJ Babatr
Edna Martinez
LinaPary
Nati Boom Boom
Adiciatz
James Holden & Wacław Zimpel
Arsenal Mikebe
Maara
Colin Benders
Juan Atkins
Ben Sims
GiGi FM
TSUNIMAN b2b Zara
Sindh
Benedikt Frey b2b NVST
Powell
Noémi Büchi
Jokkoo Collective
Batu & Leeza Pritychenko
Sama' Abdulhadi
Tri/xon feat. Aunty Rayzor & Kabeaushé
Dumama
Folamour
Tash LC
Emma-Jean Thackray
.VRIL & Wata Igarashi
DJ Nobu
Garnier plays COD3 QR
De Grandi
Dinamarca
Goupile
Lila Sky
Loto Retina
Kali Malone
Baby Volcano

Nuits sonores
Du 13 au 17 mai 2026 dans la métropole de Lyon ; de 30 à 49 € en fonction de l'événement choisi (day, night ou closing)