Zu, étrange matière venue d'ailleurs
Expérimentale / Groupe phare du jazzcore et des collisions entre genres, Zu s'invite au Périscope pour donner le coup d'envoi du Récif Festival.
Photo : Zu © DR
Le choix d'offrir au trio italien le plaisir d'ouvrir la troisième édition du rendez-vous lyonnais des hybridations autour du jazz n'a rien d'anodin : depuis plus de vingt-cinq ans, Zu incarne une manière singulière d'habiter les marges, à la fois au cœur du jazz et radicalement hors de ses cadres.
Formé à Rome à la fin des années 90 autour de Luca Mai (sax baryton), Massimo Pupillo (basse) et Jacopo Battaglia (batterie), Zu s'est imposé par une trajectoire rare : celle d'un groupe capable de faire converger, sans hiérarchie, free jazz, noise rock, metal, musique contemporaine et culture DIY. Reconnu comme une anomalie féconde dès la sortie de Bromio (1999), c'est seulement quelques années plus tard, avec Igneo puis Carboniferous, que le groupe atteint un langage musical dont la puissance formelle les installe durablement sur la scène internationale.
Une esthétique de la collision
Leur musique procède d'une conjonction d'influences que les trois membres ont toujours revendiquée comme organique plutôt que théorique. Si l'ombre de John Zorn et de Naked city plane sur leurs débuts, elle ne suffit pas à en épuiser le sens : Zu absorbe autant l'énergie du hardcore que les dynamiques du minimalisme, les textures industrielles que l'improvisation libre.
Cette plasticité se manifeste également dans leurs nombreuses collaborations, avec Mike Patton, figure tutélaire de l'avant-rock, avec le duo japonais Ruins, ou encore sous l'égide de Steve Albini. Plus récemment, leur trilogie pour le label House of Mythology - incluant la splendide collaboration nocturne avec David Tibet - a ouvert un versant plus rituel, presque liturgique, de leur univers sonore.
Une matière en fusion
Avec Ferrum sidereum, Zu signe un retour qui prend la forme d'un bloc sonore massif et vivant. La durée elle-même - quatre-vingts minutes - participe de l'impression d'une œuvre qui déborde ses propres limites. Le trio, qui a désormais accueilli durablement derrière les fûts Paolo Mongardi, atteint ici un équilibre rare entre précision et débordement.
Le titre « fer sidéral » donne la clé : une matière venue d'ailleurs, compacte et instable, où la musique circule comme une matière en fusion. Les lignes de basse tracent des axes gravitationnels, le saxophone ouvre des brèches, la batterie redistribue sans cesse les intensités.
Le trio affirme avec cet album la position singulière d'une musique profondément ancrée dans la matière sonore, tout en conservant une distance presque métaphysique. Quelque chose de tellurique, immédiat, mais aussi d'étrangement détaché, comme si ce fer sidéral dans son irruption sur Terre, avait apporté avec soi une étrange spiritualité.
Zu, De Mond et Nina Garcia
Mardi 14 avril 2026 à 19h au Périscope (Lyon 2e) ; 17 à 19€
