Entre éclaircie et orage : les concerts d'avril à ne pas rater à Lyon

Publié Lundi 30 mars 2026

Sélection / Clairs-obscurs sonores, guitares en apesanteur, déflagrations électriques, flows acérés, explorations libres et vertiges immersifs. Notre sélection des concerts d'avril répond à la violence contemporaine avec des propositions critiques, formant une traversée printanière à rebours des évidences, où l'écoute devient dérive, impact et projection.

Photo : ©Doppler

The foreign resort

Darkwave / Nul besoin d'invoquer les figures tutélaires du genre pour tenter de rattacher la musique du trio copenhaguois à une filiation précise. Ce qui séduit d'emblée chez The foreign resort n'est pas une volonté d'exhumer un passé glorieux, mais l'art de tisser une matière sonore rassurante, toutefois traversée d'aspérités râpeuses, où le post-punk s'enlace à un shoegaze porté par des nappes épaisses et amples. Un mix parfait pour une nuit dark, hantée par un passé qui n'a jamais vraiment existé, conjurant la menace du beau temps et de ses rayons presque indésirables en cette amorce de printemps.
FM

The foreign resort et Cabaret fantôme
Vendredi 3 avril 2026 à 20h45 au Trokson (Lyon 1er) ; gratuit


Steve Gunn

Folk méditative / Rien ne décrit mieux le parcours de Steve Gunn que les images suggérées par sa propre musique : sinueuses, éthérées, comme en suspension au-dessus du réel, tendues vers l'infini. Depuis son dernier passage en ville en 2024, le musicien pennsylvanien ne s'est pas contenté de rester spectateur des tragédies contemporaines, alimentant, au contraire, une œuvre qui ne vise pas un rééquilibrage pondéré, mais bien une forme de dissolution de la violence par la beauté. D'abord en août dernier avec Music for writers, œuvre instrumentale où les fragments sonores et les silences s'agencent en un espace ouvert, favorisant l'attention flottante et l'éveil de l'imaginaire. Puis, quatre-vingts jours plus tard, avec Daylight daylight, disque lumineux aux contours fluides, où sa folk rêveuse s'enrichit de délicates inflexions orchestrales. À ce titre, le Sonic pourrait bien, le temps d'une soirée, se muer en irréductible poche de résistance.
FM

Steve Gunn et Raoul Vignal
Mercredi 8 avril 2026 à 20h au Sonic (Lyon 5e) ; 13 à 14€


Pain magazine

Post-hardcore industriel / Pain magazine n'est pas une simple rencontre pacifiée entre deux esthétiques : c'est une collision frontale, une conflagration où s'entrechoquent la rudesse douloureuse de l'immédiateté hardcore de Birds in row et la froideur clinique de l'électronique industrielle de Maelstrom & Louisahhh. Leur musique, tendue et douloureuse, déploie une énergie capable de ravager l'espace et le temps. Cette brutalité n'est toutefois jamais gratuite mais reflète et sculpte les thématiques qui traversent le projet : l'antagonisme d'un monde extérieur gouverné par la violence et l'avidité, face aux conflits intérieurs qui rongent les corps et les psychés. Une claustrophobie sonore révélatrice.
FM

Pain magazine
Jeudi 9 avril 2026 à 20h30 à l'Épicerie moderne (Feyzin) ; 0 à 23€


Isha et Limsa d'Aulnay

Rap français / Loin du buddy movie artificiel, la fusion entre Isha et Limsa d'Aulnay célèbre le triomphe d'un rap d'adultes, technique et désabusé, formant un pont entre la Belgique et la France. Isha, nourri par la rigueur implacable de sa trilogie La vie augmente, apporte cette gravité rocailleuse, tandis que Limsa, fort de sa trilogie Logique, injecte une souplesse technique et un second degré salvateur. Avec le projet Bitume caviar, ils réactivent l'imaginaire d'un duo complémentaire - façon Lunatic ou Method man & Redman - où la rime multisyllabique sert à décortiquer la névrose du quotidien et le temps qui passe. Sur scène, c'est l'occasion de voir comment Vol. 1 et Vol. 2 de leur projet commun transforment la mélancolie en hymnes minimalistes et fédérateurs.
CD

Isha et Limsa d'Aulnay
Samedi 11 avril 2026 à 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 26, 80 à 29, 90 € - COMPLET


Récif festival

Jazz / Après une première édition exploratoire puis un deuxième chapitre protéiforme, Récif revient avec une formule plus resserrée, déployée sur trois lieux du 2e arrondissement, pour cinq jours et quatorze concerts. La programmation circule entre les vacarmes hypnotiques de Zu, les textures âpres et afro-colombiennes de Pixvae, les souffles soyeux et enveloppants de Fœhn, les phrasés incisifs de Grems et le jazz fiévreux et spirituel d'AMG, dessinant un relief mouvant dont les contours ne cessent de se redessiner d'une saison à l'autre. La longue nuit de samedi, marquée par une jam animée par le Leo Geller 4tet et AMG, se conclura avec une closing au Sucre, éclairée notamment par la dj et productrice tunisienne Deena Abdelwahed.
FM

Récif. Festival jazz à Lyon
Du 14 au 18 avril 2026 au Périscope, Marché gare et Sucre (Lyon 2e) ; 5 à 19 € la soirée


Miserere luminis

Black metal / Le trio québécois, après les deux premiers chapitres de son œuvre obscure Miserere luminis (2009) et Ordalie (2023), vient de produire Sidera, opus qui s'impose comme une masse sonore d'une précision ciselée. Leur black atmosphérique, d'une intensité incisive, délaisse la brume pour une noirceur de résonance, creusée dans la matière même du son. En cinq pièces d'environ dix minutes chacune, le groupe articule une matière profondément expressionniste, et dont le maximalisme laisse affleurer, en fragments épars, des contours progressifs, heavy, ambient et post-rock. La présence du piano et des cordes n'ajoute aucun vernis extérieur, mais se noue avec une voix urticante et vulnérable, au cœur d'un flux dense et organique.
FM

Miserere luminis, Détresse et Stories bones tell
Mercredi 15 avril 2026 à 19h au Rock n'eat (Lyon 9e) ; 17€


TH

Rap français / TH est arrivé à point nommé pour revitaliser une trap à bout de souffle. Dans ses deux derniers projets (E-Trap et Algorithme), la précision de son flow électrise des productions métalliques et rugueuses. Il politise le genre dans un anti-égotrip qui dépeint un quotidien sombre en épurant l'esthétique pour mieux la réinventer sur un ton clinique davantage que nonchalant. Il fascine également par sa capacité à laisser affleurer une réelle sensibilité derrière sa voix imposante.
VN

TH
Samedi 18 avril 2026 à 19h à La Rayonne (Villeurbanne) ; 27, 20 €


Doppler

Noise / On croyait leur trajectoire figée dans une archive, mais certaines forces ne se rangent jamais : elles se tassent, se minéralisent, pour resurgir ensuite sous une nouvelle forme, irréductible. La double release party au Périscope, coup d'envoi du nouveau tour, est l'occasion pour le trio culte lyonnais de dévoiler des nouvelles stratégies de tension sonore marquées par la nécessité d'apparaître. Ce qui, pour nous toutes et tous, relève d'une heureuse - et bruyante - fortune.
FM

Doppler et Dirty Harry DJ set
Mercredi 22 et jeudi 23 avril 2026 à 20h au Périscope (Lyon 2e) ; 8 à 16€


Max Cooper

Electro immersive / Issu d'un dialogue avec l'échelle monumentale du Royal Albert Hall, le projet autour du nouvel album Feeling is structure - dont la sortie est prévue pour le 8 mai - investit la scène comme un champ de forces, articulant rigueur compositionnelle et vertige perceptif. Si dans les notes d'intentions le musicien affirme que « Nous avons cette capacité remarquable de nous projeter dans le monde à travers les formes », ce nouveau live 3D/AV de trois heures apparait de ce fait comme une invitation à se dissoudre dans une topologie habitable, traversée de modulations sensibles et d'architectures sonores puissantes.
FM

Max Cooper - 3DAV Live : Feeling is structure
Jeudi 23 avril 2026 à 18h30 au Sucre (Lyon 2e) ; 23€


Nicolas de Flüe

Oratorio / Il y a chez Honegger une gravité qui ne relève ni du pathos ni de la dévotion convenue, mais d'une tension éthique. Nicolas de Flüe, oratorio retraçant la vie de l'ascète et saint patron de la Suisse, en donne la mesure : une fresque où l'élan collectif se heurte à l'exigence du retrait, et la parole chorale, héritière d'une tradition contrapuntique, se resserre jusqu'à frôler le silence. Loin de tout pittoresque, cette « légende dramatique » (selon les mots de son librettiste Denis de Rougemont) grave les contours d'une idée radicale : celle d'une paix conquise par renoncement. Sous la direction de Philippe Forget, ces concerts réunissent le Chœur d'oratorio de Lyon, la Maîtrise de la Primatiale et la Musique de l'Artillerie de Lyon, donnant à cette musique intérieure une ampleur collective passionnante.
FM

Nicolas de Flüe d'Arthur Honegger
Samedi 25 avril à 20h30 et dimanche 26 avril à 17h à la basilique Saint-Martin d'Ainay (Lyon 2e) ; 0 à 20€


Primitive man

Doom/sludge / Laisser tourner un disque du trio étatsunien n'évoque en rien les gestes vortiqueuses d'une danse, mais plutôt l'attraction tragique d'un tourbillon marin. Observance, dernier opus d'un des groupes les plus massifs du panorama contemporain, ne déroge pas à la règle : sept pièces étirées, parfois jusqu'à quatorze minutes, qui s'imposent comme de véritables expériences nocturnes. S'en approcher, c'est accepter d'être mis à vif, de traverser la nuit sachant ne jamais pouvoir revenir en arrière. Ici, nul espoir, nulle lumière, aucune catharsis : la musique creuse et engloutit. Primitive man installe un cauchemar sans issue, une mise en abime maelströmique qui nous condamne à disparaître dans ses profondeurs éternelles. Une sensation à éprouver, physiquement, dans le creux primitif du Rock n'eat.
FM

Primitive man et Kollaps
Dimanche 26 avril 2026 à 20h au Rock n'eat (Lyon 9e) ; 22, 88€


Quatuor Belcea

Contemporaine / La musique contemporaine est tellement rare dans la programmation de l'Auditorium qu'on se réjouit de la venue du Quatuor à cordes Belcea, spécialiste de la musique du 20e Siècle. On pourra ainsi découvrir les Cinq mouvements pour quatuor à cordes d'Anton Webern datant de 1909. Le compositeur y déploie les possibilités nouvelles de la musique atonale et n'hésite pas à créer les sonorités les plus étranges. Cerise sur le gâteau : notre compositeur australien fétiche, Brett Dean (né en 1961) dévoilera avec le Quatuor Belcea une nouvelle création ! Ses compositions très expressives, faisant lever nombre d'images, et aux rythmes complexes, sont souvent de toute beauté !
JED

Quatuor Belcea
Mardi 28 avril 2026 à 20h à l'Auditorium (Lyon 3e) ; 17 à 35€