The Gathering : le miracle alchimique revisité
Metal / Trente ans après l'album culte "Mandylion", le groupe néerlandais revient avec sa chanteuse historique Anneke van Giersbergen pour célébrer l'album qui a transmuté son destin et réécrit l'histoire du metal atmosphérique.
Photo : The gathering ©Gema Perez
Avant Mandylion, The Gathering est un groupe en quête de forme, avec un premier disque, Always... (1992), plongeant le death metal dans les eaux troubles du doom. Les atmosphères lentes, gothiques, tourmentées, portent les marques de la décennie musicalement féconde qui vient de s'achever, où les musiques sombres - death, black, gothique, indus - ont redessiné les frontières du metal. La voix de Bart Smits domine l'ensemble, massive, rugueuse, tandis qu'un étirement de la densité travaille déjà sous la surface.
Un an plus tard, Almost a dance brouille davantage la trajectoire du groupe. Celui-ci change de chanteur et accueille Niels Duffhues. Le registre s'éclaircit, certaines aspérités s'effacent, les expérimentations ne semblent plus annoncer un horizon mais plutôt l'ennui et la dispersion. Chaque morceau paraît chercher une direction différente, composant une rose de vents dépourvue de centre et de vision commune. En d'autres mots : un travail catastrophique. Difficile, à ce moment-là , d'imaginer que The Gathering est à la veille de sa métamorphose.
La voix, pierre philosophale
L'arrivée d'Anneke van Giersbergen et leur rencontre va pourtant tout changer. Dès leur premier concert commun, le 19 novembre 1994, l'évidence s'impose : il ne s'agit pas seulement d'une nouvelle chanteuse, mais d'un élément rare qui permet à la matière dispersée d'enfin prendre forme.
Avec la sortie de Mandylion l'année d'après, le miracle semble relever de l'alchimie. The Gathering découvre sa propre identité, son métal caché. Cette transformation se révèle dès les premiers mesures de Strange machines, morceau inaugural de l'album : bien que la pesanteur gothique soit toujours présente, la voix d'Anneke van Giersbergen insuffle une nouvelle dimension et restructure la musique, sans se limiter à l'adoucir ou à l'orner.
C'est ici que réside l'importance historique de Mandylion : dans ce disque, la voix féminine n'est pas un motif décoratif, ni le simple pendant lumineux d'un metal sombre. Elle devient le cœur narratif, émotionnel et architectural de l'œuvre. The Gathering n'a pas engendré une scène à lui seul, mais a servi de repère décisif pour plusieurs artistes qui, de Nightwish à Oceans of slumber ont, à des degrés divers, hérité de cette possibilité ouverte, celle d'un metal lourd où une voix claire et féminine incarne un principe de tension et de récit. Seule l'alchimie peut produire ce phénomène : plusieurs éléments incompatibles en apparence trouvent soudain leur juste proportion.
La suite confirmera cette opération ésotérique. Avec Anneke, le groupe publie encore Nighttime birds, prolongement très convaincant de Mandylion, puis le somptueux et surprenant How to measure a planet?, qui déplace son langage vers le rock atmosphérique, le trip hop et les architectures progressives. Viendront ensuite if_then_else, Souvenirs et Home, jusqu'à la séparation de leurs chemins en 2007. Anneke poursuivra une voie plus personnelle, entre rock mélancolique et pop lumineuse ; The Gathering continuera d'explorer d'autres formes d'intensité.
Ces retrouvailles, célébrant un disque fondateur, relèvent nécessairement d'une certaine forme de nostalgie, mais réveillent aussi une possibilité. Le départ récent de Silje Wergeland, qui avait succédé à Anneke, ne signifie pas qu'un nouveau chapitre s'ouvrira ; rien n'est annoncé, rien n'est promis... Cependant, il suffit parfois qu'une voix retrouve un groupe, qu'un ancien chef-d'œuvre reprenne corps sur scène, pour que l'imaginaire des fans se réanime. Avec Mandylion, The Gathering a prouvé que les miracles existent. Mieux encore, qu'ils peuvent naître d'une alchimie patiente. Trente ans plus tard, qui pourrait dire que la formule a cessé d'agir ?
The Gathering & Anneke Van Giersbergen celebrate 30 years of Mandylion + Lizzard
Dimanche 24 mai 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 40, 33€
