Jon Batiste, Vulfpeck, Beirut, Jeff Mills : Jazz à Vienne 2026 voit large
Festival / Du 25 juin au 11 juillet, Jazz à Vienne investit à nouveau le Théâtre Antique avec une programmation qui navigue entre grandes figures et nouveaux visages. Pour sa 45ᵉ édition, le festival convoque blues, hip-hop, funk, jazz orchestral ou disco symphonique. En pointillé, un anniversaire : le centenaire de Miles Davis, dont l'ombre plane sur plusieurs concerts.
Photo : Jazz à Vienne © Simon Bianchetti
Chaque été, le Théâtre Antique de Vienne se transforme en une étrange machine à remonter le temps. Dans cet amphithéâtre romain de 7 500 places, certaines soirées semblent convoquer toute l'histoire du jazz ; d'autres donnent plutôt l'impression d'assister à ses prochaines mutations.
Dévoilée lors de la conférence de presse organisée à l'Institut Cervantes de Lyon, la programmation annonce d'ailleurs d'emblée l'une de ses particularités. Le centre culturel espagnol, installé dans l'ancien Hôtel des Postes du centre-ville et dédié à la diffusion de la langue et des cultures hispaniques, s'associe cette année au festival aux côtés de l'Ambassade d'Espagne. Une collaboration qui se traduira notamment par une mise en lumière de la scène jazz espagnole, invitée à investir plusieurs des scènes du festival.
L'édition s'ouvre le 25 juin avec une création du trompettiste franco-suisse Erik Truffaz, musicien qui a passé trois décennies à déplacer les frontières du jazz européen. Avec Side by side, il retrouve un vieux rêve : diriger un projet symphonique mêlant improvisation et écriture orchestrale. Le concert réunira l'Orchestre des Alpes et du Léman, un quartet international et de jeunes musiciens issus du programme "Orchestre à l'école". Une manière de rappeler que la transmission reste un moteur discret du festival.
La même soirée, le saxophoniste italien Stefano Di Battista reviendra avec La Dolce vita. L'artiste, dont la carrière s'est largement construite en France depuis les années 1990, s'est récemment fait remarquer avec un projet consacré aux musiques de film d'Ennio Morricone. Cette fois, il s'attaque à un autre pan de la mémoire italienne : les chansons napolitaines, thèmes de Nino Rota, standards populaires comme Volare ou Tu vuò fa l'americano.
Le centenaire d'un trompettiste
L'un des temps forts du festival aura lieu le 4 juillet, avec une soirée dédiée à l'héritage de Miles Davis et John Coltrane, tous deux nés en 1926. Le trompettiste Terence Blanchard, ancien membre des Jazz Messengers d'Art Blakey et compositeur attitré de Spike Lee, partagera la scène avec Ravi Coltrane, fils du saxophoniste et de la harpiste légendaires. Ensemble, avec leur projet Miles / Coltrane - Legacy ils donneront corps à l'héritage de Miles Davis tout en liberté.
La même soirée verra le retour d'un habitué du festival : Marcus Miller. Le bassiste, qui fut l'un des artisans du retour de Miles Davis au début des années 1980 et le coproducteur de l'album Tutu, présentera We want Miles!. Pour l'occasion, il retrouvera plusieurs compagnons de cette période (Mike Stern, Bill Evans ou Mino Cinelu) avec lesquels il revisitera les différentes périodes de la carrière du trompettiste.
Énergie scénique et cultures hip-hop
Le festival réservera aussi plusieurs soirées plus électriques. Le 26 juin, le trio new-yorkais Too many zooz fera résonner son brass house, mélange de fanfare, d'electro et de punk devenu viral grâce à leurs performances filmées dans le métro de Manhattan.
Ils précéderont Deluxe, collectif aixois dont les concerts tiennent autant du carnaval que du concert funk. Leur dernier album Ça fait plaisir marque un retour à l'autoproduction et s'accompagne d'une série de collaborations. À Vienne ils auront carte blanche et invitent notamment Twan Tee, Mr. J. Medeiros, Max Lizana et Luizga.
Blues et trajectoires singulières
Le blues occupera une place importante le 27 juin avec Fantastic Negrito et Samantha Fish. Le premier s'est fait connaître tardivement d'abord sous le nom Dphrepaulezz, l'artiste voit son parcours basculer après un grave accident de voiture qui l'éloigne plusieurs années de la musique. En 2015, il remporte le concours américain NPR Tiny desk contest, point de départ d'une véritable renaissance artistique qui lui vaudra ensuite trois Grammy Awards consécutifs pour ses albums. Face à lui, la guitariste Samantha Fish représente une autre trajectoire : celle d'une musicienne formée sur les routes, passée par les clubs du Midwest américain avant de s'imposer sur la scène blues internationale.
La soirée s'ouvrira avec Chicago blues summer, projet réunissant le guitariste Stephen Hull, le pianiste Johnny Iguana, compagnon de route du chanteur Junior Wells et la chanteuse Sheryl Youngblood, venue du gospel.
Le 1ᵉʳ juillet mettra à l'honneur deux voix singulières. La chanteuse canadienne Molly Johnson, révélée au début des années 2000 avec une reprise marquante de Summertime, poursuit une carrière discrète mais fidèle à une tradition jazz teintée de blues. Face à elle, la chanteuse franco-comorienne Imany reviendra avec Women Deserve Rage, album manifeste où sa folk soul aux accents graves devient un espace d'émancipation féminine.
Nouvelles voix et premières venues
Le festival accueille également plusieurs artistes pour la première fois. C'est le cas de la saxophoniste américaine Lakecia Benjamin, attendue le 7 juillet. Révélée par son album Phoenix, nommé aux Grammy Awards, elle s'est fait remarquer par ses hommages à John et Alice Coltrane, mêlant spiritual jazz et funk. Elle précédera le groupe mythique De La Soul, pionnier du hip-hop alternatif depuis leur premier album 3 Feet high and rising en 1989.
Autre première très attendue : celle de Jon Batiste, le 8 juillet. Pianiste virtuose originaire de la Nouvelle-Orléans, ancien directeur musical du Late show de Stephen Colbert et lauréat de l'Oscar pour la musique du film d'animation Soul, il s'est aussi illustré lors du Super Bowl 2025, où il interprétait l'hymne national américain. Sa venue à Jazz à Vienne tient presque de l'exception : l'artiste se produit encore rarement dans les festivals européens et n'a donné que quelques concerts en France ces dernières années. La soirée sera précédée d'une création de Big Freedia, grande prêtresse de la bounce music, ce rap explosif né dans les clubs de Louisiane, mais qui dialogue désormais avec le gospel dans une version queer et urbaine.
Disco symphonique et techno improvisée
Certaines soirées feront dialoguer jazz et cultures club. Le 3 juillet, Cerrone présentera une version symphonique de ses classiques disco, accompagnée par l'orchestre du Conservatoire de Lyon. Le musicien, dont le morceau Love in C Minor devint un tube par accident aux États-Unis dans les années 1970, reste l'un des pionniers de la French touch.
La même soirée verra le retour de Kyoto jazz massive, duo japonais formé par les frères Okino et figure importante du mouvement acid jazz des années 1990. Plus expérimental, Jeff Mills présentera le 29 juin Tomorrow comes the harvest avec le claviériste Jean-Phi Dary, projet qui explore les liens entre improvisation et musique électronique.
Escales africaines et cubaines
La soirée du 6 juillet réunira deux figures majeures de la musique africaine contemporaine : Fatoumata Diawara, chanteuse malienne révélée au début des années 2010, et Angélique Kidjo, cinq fois récompensée aux Grammy Awards. Fatoumata Diawara présentera notamment des titres issus du projet Lamomali Totem, enregistré avec -M- en hommage au maître de la kora Toumani Diabaté.
Le festival poursuivra son voyage musical le 9 juillet avec une soirée cubaine réunissant The Getdown, collectif mené par le pianiste Laurent Coulondre, et Buena vista all stars, héritiers du Buena vista social club autour notamment de Barbarito Torres et Demetrio Muñiz.
Aussi, chaque édition aime se choisir un terrain de jeu géographique. Après la Suisse puis le Luxembourg, cette édition se tourne vers l'Espagne. Une demi-douzaine de formations ibériques se disperseront sur les différentes scènes du festival comme le Clasijazz big band dirigé par Maria Schneider avec le chanteur et saxophoniste Antonio Lizana, trio d'Alba Armengou, quartet de la saxophoniste Irene Reig ou encore les explorations pianistiques de Lucía Rey.
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Une nuit pour finir
Comme le veut la tradition, la All Night du 11 juillet clôturera le festival avec un marathon musical. Les Américains de Vulfpeck, qui avaient déclenché une ferveur rare lors de leur passage en 2024, feront leur retour. À leurs côtés, le super-groupe instrumental The Fearless flyers, émanation de Vulfpeck, réunira Cory Wong, Joe Dart, Mark Lettieri et Nate Smith. La scène française sera également représentée avec la flûtiste Ludivine Issambourg, le duo Souleance et le trio ubaq, lauréat du tremplin Rezzo Jazz à Vienne.
Les autres scènes du festival
Si le Théâtre Antique reste le cœur du festival, une grande partie de l'activité se déploie ailleurs dans la ville. La scène gratuite de Cybèle, installée dans le jardin archéologique au pied du temple d'Auguste et de Livie, accueille chaque jour une nouvelle génération de musiciens venus du monde entier. Le Club, rendez-vous nocturne très fréquenté des musiciens comme des festivaliers, prolonge quant à lui les soirées avec des concerts plus resserrés et des rencontres improvisées entre artistes, où l'on pourra notamment croiser Fhœn, James BKS, Emma Rawicz ou Buck.
Le festival cultive aussi ses formats plus atypiques. Les traditionnelles Journées marathon se déclinent désormais en deux Super Dimanches, les 28 juin et 5 juillet, conçus comme de véritables parcours musicaux à travers la ville. Concert au lever du soleil sur les hauteurs de Pipet, randonnée musicale, déambulations de fanfares dans les rues, spectacle de percussions aquatiques à la piscine de Saint-Romain-en-Gal ou encore bal populaire en soirée, soit une vingtaine d'événements répartis dans une douzaine de lieux.
Les plus jeunes ne sont pas oubliés avec Jazz for Kids, espace dédié aux enfants de 4 à 14 ans à Cybèle, où ateliers créatifs, jeux et découvertes musicales permettent d'entrer dans l'univers du festival. D'autres rendez-vous investissent également le musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, qui accueille plusieurs concerts mêlant jazz et musiques du monde. On y retrouvera notamment la création Îlot, laboratoire sonore imaginé par Anne Berry, le duo Aptēre, le quartet du musicien irakien Amin Al Aiedy, ou encore Stranded Horse et Boubacar Cissokho, dont le dialogue entre guitare et kora prolonge l'esprit de circulation musicale cher au festival.
La programmation complète :
25.06 Stefano Di Battista / Erik Truffaz
26.06 Deluxe / Too Many Zooz
27.06 Samantha Fish / Fantastic Negrito / Chicago Blues Summer
29.06 Jeff Mills / Sun Ra Arkestra / VERB
30.06 Groundation / Kokoroko
01.07 Molly Johnson / Imany
02.07 Beirut / Vincent Peirani
03.07 Cerrone Disco Symphonic / Kyoto Jazz Massive
04.07 Marcus Miller / Terence Blanchard & Ravi Coltrane
06.07 Angélique Kidjo / Fatoumata Diawara
07.07 Lakecia Benjamin / De la Soul
08.07 Jon Batiste / Big Freedia
09.07 Buena Vista All Stars / The Getdown
10.07 Samara Joy / Melissa Aldana & Levi Harvey trio / Maria Schneider & Clasijazz big band
11.07 Vulfpeck / The Fearless Flyers /Ludivine Issambourg / Souleance / ubaq
Jazz à Vienne
Du 25 au 11 juillet 2025 à Vienne (38) ; de 0 à 65 € la soirée, packs disponibles à la vente
