Nuits de Fourvière

Les Écrans du doc, Big Brother is watching you

Publié Dimanche 15 mars 2026

Festival / Alors que la situation politique internationale ressemble de plus en plus à la pire des dystopies, Les Écrans du doc questionnent notre rapport aux images et à leur véracité. 

Photo : Orwell _ 2 + 2 5 © Le Pacte

Sans vouloir être alarmiste, dire que le monde s'est enfoncé dans une ère de désinformation massive relève du doux euphémisme. Les images, réelles ou générées par des IA, elles-mêmes aux mains de multinationales, nous abreuvent sans nous laisser le temps de les mettre en perspective, de les authentifier ou de les interroger. Quand le vrai et le faux se confondent, le chaos s'installe, altérant notre perception du réel. Pour sa 15e édition, le festival des Écrans du doc choisit de questionner le monde et ses représentations à travers des regards aiguisés. Entre les lignes de sa programmation se distingue le spectre de l'un des plus grands théoriciens de la post-vérité : George Orwell. 

La vérité est ailleurs

L'auteur de 1984, si régulièrement cité de nos jours (souvent à raison, parfois de manière galvaudée), n'est pas à proprement parler au centre de la sélection. Cependant, son œuvre et son héritage planent sur de nombreux films sélectionnés, à commencer par le dernier documentaire en date de Raoul Peck. George Orwell : 2 + 2 = 5 plonge dans les derniers mois de la vie de l'écrivain jusqu'à la publication de son chef-d'œuvre à la faveur d'archives, textes (lus par Damian Lewis) et journaux de ce dernier. Le réalisateur d'Ernst Cole photographe met en parallèle les funestes prévisions fictionnelles du roman (novlangue, double discours...) avec nos réalités contemporaines et concrètes. Il montre comment l'imposition d'une réalité contraire aux faits et la disparition progressive de l'objectivité façonnent notre perception du monde. 

Fait historique troublant : 1984 est marqué par l'arrestation de Georges Ibrahim Abdallah. Ce militant communiste libanais pro-palestinien fut condamné à la perpétuité pour complicité d'assassinats liés au groupe FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises) et libéré en 2025. Dans L'Affaire Abdallah, le documentariste Pierre Carles, à la faveur d'un travail d'enquête de plusieurs années, défend une idée contestable mais en rupture avec la version officielle. Comment l'image de « terroriste » du militant a été construite et amplifiée par certains récits médiatiques ? Complotisme ou rappel brillant que les fake news ne datent pas d'internet ? À la vue de ce film passionnant, difficile d'avoir une opinion tranchée sur la question, mais impossible de ne pas interroger nos certitudes.

Orwell _ 2 + 2 5 © Le Pacte

Déconstructions

Éveiller l'esprit critique plutôt que de se soumettre au roman national ou à une propagande étatique, tel est le mot d'ordre. Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2 d'Olivier Azam et Daniel Mermet, nous immerge sur un autre continent avec une même défiance à l'égard du pouvoir en place. Le film poursuit le travail de démystification de Zinn, opposé aux grands récits américains sacralisés qui ne cherchent qu'à effacer les anonymes et les minorités de l'Histoire. 

Pavel Talankin, quant à lui, a vécu l'avènement de la propagande d'un État russe, sorte de Big Brother administratif, et nous la retranscrit à travers Mr. Nobody against Putin. Le long-métrage ausculte l'infiltration de la post-vérité poutiniste au sein de l'éducation même, durant les premiers jours de la guerre contre l'Ukraine. Avec malice, le réalisateur et professeur documente la militarisation pure et simple de l'école, autrefois encore partiellement préservée. 

Notons enfin, qu'Orwell sera également mis à l'honneur à travers Big Mother. Une pièce de Melody Mouré proposée dans les événements off et qui traite de la manipulation de masse à l'heure du big data.

Les Écrans du Doc

Du 24 au 29 mars 2026 au Toboggan (Décines-Charpieu) ; de 4, 50 à 6, 50 €