L'art de la métamorphose
Festival / Comment rester fidèle à son ADN et à son projet de mise en lumière d'un cinéma queer et inclusif dans toute sa diversité alors que les combats mutent et se multiplient ? C'est à ces questions denses que tente de répondre l'équipe d'Écrans mixtes avec sa 16ᵉ édition.
Photo : Macho-dancer © Carlotta Films
Ce cru 2026 impose de nouveaux records : on avoisine désormais les cent séances en neuf jours. Il continue d'élargir son périmètre en investissant de nouveaux lieux (l'Auditorium de Lyon notamment). Dans sa programmation, cette édition cherche l'équilibre entre évolutions en prise directe avec les bouleversements du monde et continuité avec ce qui a fait sa notoriété.
Eden à l'est
Le focus Queer Balkans composé uniquement de films réalisés par des femmes, dont deux figurent en compétition, illustre un désir d'explorer des territoires cinématographiques peu visibilisés. On pense par exemple à l'intriguant Gorgonà d'Evi Kalogiropoulou, une dystopie dans laquelle une jeune femme découvre une voie d'émancipation face au patriarcat à travers la figure d'une chanteuse rebelle. Sur un autre continent, Leyla Bouzid réunit Hiam Abbass et Marion Barbeau dans son troisième long-métrage, À voix basse, le récit d'un retour à ses origines d'une Franco-tunisienne à l'occasion de funérailles.
Dans le même temps, deux cinéastes amis du festival (et appréciés ici) verront leurs dernières réalisations projetées. Ce sera la première française de Peter Hujar's Day de l'américain Ira Sachs, et l'unique séance pour Un jeune homme de bonne famille (diffusé sur Arte en janvier) de Sébastien Lifchitz, invité d'honneur 2024. Les spectateurs habitués le savent, au festival Écrans mixtes, nouveautés et patrimoine sont célébrés avec la même intensité.
Passé composé
Deux films cultes fêteront leurs anniversaires respectifs. D'un côté, Le Secret de Brokeback mountain et son classicisme grandiose soufflera ses vingt bougies. De l'autre, la folie de la comédie musicale de John Cameron Mitchell, Hedwig and the angry inch, fêtera son quart de siècle lors d'une projection exceptionnelle à la Maison de la danse.
Grand cinéaste philippin dont l'œuvre est redécouverte au fil des années, il est vivement conseillé d'aller voir le méconnu Macho dancer de Lino Brocka. L'histoire d'un jeune homme pauvre qui monte à Manille pour aider sa famille et devient danseur érotique dans un club gay.
Comment ne pas évoquer l'alléchant double programme horrifique très justement intitulé Crypto gay 80's dans le cadre des Midnight movies ? Il se compose de l'excellente série B Hitcher, portée par Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer, et de l'adaptation par Clive Barker de son propre roman, Hellraiser. Une manière de remettre sur le devant de la scène deux œuvres connues et adorées des connaisseur·euses mais longtemps marginalisées ou minorées.
En conjuguant inédits, avant-premières, redécouvertes, radicalité et transmission, Écrans mixtes propose un cocktail aux sources d'excitation multiples. Entre cohérence avec sa ligne directrice et volonté de la transgresser, le festival a de beaux jours devant lui.
Ecrans mixtes
Du 4 au 12 Mars 2026 dans toute la métropole lyonnaise ; prix variables
