Val Thorens

Mille soleils au Festival Caravane des cinémas d'Afrique

Publié Vendredi 10 avril 2026

Festival / Trente-cinq ans après sa création, le festival Caravane des cinémas d'Afrique ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Rencontre avec Grégory Tudella, codirecteur du Ciné Mourguet et directeur du festival Caravane des cinémas d'Afrique.

Photo : Hanami © pack presse Festival Caravane des cinémas d'Afrique

Caravane des cinémas d'Afrique met les bouchées doubles
Précurseur dans la visibililisation du cinéma africain en France, le festival demeure l'un des événements les plus importants du genre hors
Île-de-France. La récompense d'un travail au long cours et d'équipes qui ne se sont jamais écartées de leur mission première : faire découvrir des cinématographies peu diffusées dans l'Hexagone. Cette 18e édition marque le passage en annuel d'une manifestation jusqu'alors biennale. Une évolution notable dans un contexte culturellement fragile où ces derniers mois plusieurs festivals ont été contraints de resserrer leur durée (Reflets du cinéma ibérique et latino-américain, Un poing c'est court). 

Le Petit Bulletin : Qu'est-ce que le passage du festival en format annuel a changé sur cette 18e édition ? 

Grégory Tudella : Depuis ses débuts, le festival était en biennale, ce qui nous mettait toujours en décalage avec l'actualité. Il y a vingt ans, le cinéma africain était très peu distribué en France, alors qu'aujourd'hui il trouve davantage le chemin des salles. En raison de cette évolution, Caravane des cinémas d'Afrique se devait de suivre un mouvement similaire. Sa mission est toujours pertinente car les films que nous programmons gardent, malheureusement, une audience limitée. 

Cette année le festival se tiendra pour la première fois dans vingt-sept salles partenaires, c'est important qu'il y ait beaucoup de cinémas dans la région qui se joignent à la manifestation. Cela permet de proposer une alternative à un public habitué à voir des productions américaines ou européennes. Sur le plan logistique, le format biennal était extrêmement chronophage et prenait beaucoup d'énergie. Nous repartions presque de zéro tous les deux ans. Nous pouvons désormais travailler sur des partenariats plus pérennes et avoir une continuité plus favorable.

Grégory Tudella DR

Comment parvenez-vous à jongler entre des œuvres confidentielles, que le festival permet de mettre en avant, et d'autres qui ont connu un certain succès public ? 

G.T. : L'idée est d'essayer de jouer sur une diversité et de ne pas se limiter à certains films. C'est important pour nous de créer des liens pour ne pas former de "ghetto" et ne s'adresser qu'à une partie du public. C'est dans cette optique que nous avons sélectionné Les Aigles de la République dans le cadre de la nuit consacrée au cinéma égyptien, ou Rue Málaga qui fait partie des très beaux succès art et essai de 2026. De même, je ne sais pas si on peut considérer qu'Alain Gomis est un cinéaste très identifié du public, mais nous proposons Dao en avant-première. C'est l'un des grands auteurs africains apparus ces dernières décennies, son précédent film Félicité avait eu son petit succès. 

Pour la compétition, par exemple, qui est un prix du public, nous essayons de répartir selon les nationalités mais pas seulement. Nous alternons entre des films qui sont distribués, comme Katanga, la danse des scorpions, et d'autres qui n'ont pas encore de distributeur français et qui vont pouvoir bénéficier d'une certaine visibilité. La section "Hors compétition" nous permet de montrer des films qui sortent ou qui sont sortis il y a quelques mois, qui ont eu moins de difficultés à trouver le chemin des salles. Nous avons à cœur de représenter tous les types de cinéma, du documentaire à la fiction et l'animation, sans oublier le court-métrage qui est souvent le terrain d'apprentissage pour de futurs cinéastes de longs-métrages et pour lequel nous avons créé un prix du jury jeunes afin d'accompagner ces nouveaux regards.

Un jour avec mon père, Akinola Davies Jr

Quelles sont les grandes thématiques qui se détachent de la programmation de cette 18e édition ? 

G.T. : Il y a des films qui sont vraiment en lien avec des problématiques très actuelles. Je pense à Dent pour dent qui traite de sujets très politiques sous l'angle de la comédie. D'autres valorisent des traditions, des cultures, des religions, des rites. L'essentiel c'est qu'ils correspondent tous à des réalités de l'Afrique et du cinéma africain, cette année seize pays sont représentés à travers la programmation. Il ne faut mettre aucun sujet sous couvert et, au contraire, laisser toutes ces choses s'exprimer. Nous cherchons aussi à mettre en avant une diversité au niveau des genres. On ne veut pas se limiter aux drames, comme cela a pu nous être reproché par le passé, on se doit de proposer des œuvres plus légères.

Quels sont vos coups de cœur de cette édition ? 

G.T. : Katanga, la danse des scorpions, qui va faire l'ouverture, est un film passionnant qui, malheureusement, ne va pas être diffusé très largement. Il y a aussi À voix basse, de Leïla Bouzid qui avait déjà fait deux très beaux films (À peine j'ouvre les yeux et Une histoire d'amour et de désir) qui creuse clairement un sillon dans sa filmographie. Je trouve aussi que le film nigérian, Un jour avec mon père, très récemment sorti, est un très beau film.

Festival Caravanes des cinémas d'Afrique
Du 21 au 26 avril 2026 dans toute la région ; de 4 à 6, 90 € (hors séances spéciales)