Val Thorens

Ninkasi engage une restructuration

Publié Mardi 7 avril 2026

Sauvegarde judiciaire / Depuis décembre 2025, Ninkasi est placé en procédure de sauvegarde. Une décision peu visible pour le public, alors que l'activité se poursuit et que le groupe continue de se développer. Derrière cette situation, l'enjeu est surtout financier, celui d'adapter le rythme de l'entreprise à ses récents investissements et à réorganiser sa dette.

Photo : L'équipe de Ninkasi lors de la conférence de presse annuelle fin mars 2026 © CD/LePetitBulletin

Fondé à Lyon en 1997, Ninkasi s'est construit sur un modèle hybride, entre production de bière et de spiritueux, réseau de bars-restaurants et programmation musicale. Le groupe revendique aujourd'hui un triptyque "bière, burger, musique", auquel s'ajoute une activité de distillation et une diffusion nationale de leurs boissons alcoolisées en grande distribution.

Vingt-neuf ans d'existence, 200 salariés, 26 établissements (bars-restaurants en propre et en franchise) début avril. Lors de sa conférence de presse annuelle organisée fin mars, Ninkasi dépeint une photographie qui se veut rassurante. « Une PME lyonnaise engagée et assez ambitieuse », résume la direction.

Les chiffres présentés confirment une activité qui progresse, mais sans l'emballement des premières années. Dans un contexte économique difficile, Ninkasi affiche un chiffre d'affaires de 23 millions d'euros en 2025, pour un excédent brut d'exploitation de 2 millions. Le réseau de bars-restaurants se contente d'une baisse limitée de -2 % de chiffre d'affaires, tout de même meilleure que la moyenne du secteur (en recul de 7 %). La brasserie poursuit sa progression, tandis que la distillerie de spiritueux tire franchement son épingle du jeu, avec un chiffre d'affaires quasiment doublé. Autrement dit, Ninkasi n'est pas à l'arrêt. Mais la mécanique s'est grippée ailleurs.

La sauvegarde judiciaire, un choix stratégique 

À la conférence de presse, le "cœur" du sujet arrive sur la table rapidement, anticipé par les intervenants eux-mêmes. « Je pense que le point essentiel, c'est la procédure de sauvegarde », annonce d'emblée Christophe Fargier, président et fondateur de Ninkasi. Avant de désamorcer aussitôt « Ninkasi n'est pas une entreprise agonisante qui risque de disparaître. C'est un acte de gestion réfléchi. »

La procédure, déclenchée en décembre 2025, vise à restructurer la dette du groupe. En cause, un investissement lourd de plus de 32 millions d'euros pour une nouvelle brasserie-distillerie à Tarare, inaugurée en 2024 et pensée pour accompagner un changement d'échelle. Seulement la croissance, elle, n'a pas suivi. « Le développement de l'entreprise ne se fait pas sur un rythme suffisamment rapide pour pouvoir assumer les échéances de remboursement. » Le dirigeant évoque aussi un décalage plus structurel entre les modalités de financement et la réalité industrielle. En effet, les prêts à l'innovation sont souvent calibrés sur des durées courtes, autour de sept ans, là où les investissements qu'ils financent mettent bien plus de temps à produire leurs effets. 

La nouvelle brasserie-distillerie de Ninkasi implantée à Tarare © J.guillou

La procédure de sauvegarde permet donc de suspendre les échéances et le contrat et de construire un plan de remboursement étalé dans le temps, dans le cadre d'une période d'observation pouvant aller jusqu'à 12 mois. L'objectif est d'éviter une cessation de paiement en réorganisant la dette tant que l'activité reste viable.  L'entreprise s'est déjà engagée dans une réduction de ses coûts. En 2025, environ un million d'euros d'économies ont été réalisés. La procédure doit permettre au Ninkasi de maintenir ses relais de croissance, en misant notamment sur le développement de Ninkasi Fabriques en grande distribution, avec un objectif de +25 %, et sur la poursuite de la dynamique engagée par la distillerie. 

Un développement qui se poursuit, mais autrement

Cette situation économique a des effets directs sur la stratégie d'expansion qui doit aujourd'hui s'inscrire dans un calendrier plus étalé. L'ouverture d'une brasserie-restaurant à Rennes début avril a porté le réseau à 26 établissements, marquant une nouvelle implantation dans l'ouest. Aussi, plusieurs projets restent engagés, notamment à Annecy ou à Roanne, avec des ouvertures envisagées à partir de 2027.  

Le dossier de Gerland cristallise une partie des attentes. Berceau historique du groupe, le site ouvert en 1997 a longtemps occupé une place à part dans le paysage lyonnais, à la fois bar et salle de concerts. Le bâtiment a été démoli dans le cadre d'un vaste projet immobilier, laissant un vide pour la programmation musicale régulière dans ce secteur. La reconstruction d'un nouveau Ninkasi est annoncée pour 2028, avec l'ambition de retrouver un lieu structurant, capable d'accueillir concerts et événements.

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- Spark à La Saulaie, un tiers-lieu en gestation
Autre projet d'ampleur, celui de la Saulaie, à Oullins-Pierre-Bénite. Baptisé Spark, il est porté par un trio d'acteurs : Ninkasi, la foncière éthique Etic et la coopérative d'insertion Graines de sol. L'ambition est de transformer une friche industrielle en tiers-lieu de 8 000 m², mêlant salle de concerts modulable (300 à 800 places), espaces de travail partagés, restauration et activités issues de l'économie sociale et solidaire.  Mais le calendrier a pris du retard, environ deux ans, et le montage reste en cours. Le modèle économique, hybride - entre billetterie, loyers solidaires, restauration et financements publics - nécessite encore des négociations.

Intégrer l'impact environnemental
Ninkasi souhaite faire évoluer ses établissements. Le site de Rennes inaugure une nouvelle charte d'aménagement, conçue avec l'agence lyonnaise Bloma, qui doit être déployée progressivement. Le design reste fidèle à l'identité du groupe, avec un mélange d'inspiration industrielle, d'éléments plus colorés et intègre une attention plus marquée aux matériaux utilisés, avec le recours à du mobilier durable, des éléments upcyclés et des matériaux réemployés. Une approche déjà présente, mais désormais inscrite dans les statuts depuis le passage au statut d'entreprise à mission en juillet 2025. Cela passe par l'utilisation de matières premières issues de filières plus responsables, notamment du malt bio ou régénératif, une attention portée à l'empreinte environnementale de la production, ou encore une politique d'inclusion avec 8 % de salariés en situation de handicap, au-dessus du seuil légal. Dans le même esprit, le groupe maintient son engagement culturel, pilier historique du modèle, notamment à travers le Ninkasi music lab - association dédiée à l'accompagnement d'artistes - et une programmation régulière dans ses établissements.