Ninkasi : le groupe lyonnais placé en procédure de sauvegarde judiciaire

Publié Lundi 29 décembre 2025

Justice / Dix-huit mois après l'inauguration de son site industriel de Tarare, le groupe lyonnais Ninkasi vient de solliciter le placement en procédure de sauvegarde de quatre de ses entités. Cette mesure juridique, destinée à geler les dettes pour préserver l'activité, illustre les difficultés de l'enseigne à absorber ses récents investissements dans un contexte de consommation ralentie et de chantiers retardés.

Photo : Ninkasi Tarare © J.Guillou

L'information, révélée par Tribune de Lyon, marque un tournant dans l'expansion jusqu'ici effrénée du groupe fondé par Christophe Fargier. Pionnier de la micro-brasserie en France, le groupe a bâti son identité sur un triptyque "bière, burgers, musique". Ce modèle, qui a longtemps semblé infaillible, repose sur une intégration verticale (l'acquisition ou le contrôle d'entités opérant à différents niveaux de la chaîne de production ou de distribution). Ninkasi brasse sa propre bière, cuisine ses propres produits et assure sa propre programmation culturelle.

Cependant, le 23 décembre dernier, le tribunal des activités économiques a acté la mise sous sauvegarde de Ninkasi entreprises, Ale house, l'Immobilière de Tarare et Ninkasi fabriques. Ce dispositif préventif, activé avant toute cessation de paiements, permet à la direction de conserver les rênes de l'entreprise tout en suspendant le remboursement de ses créances. 

Le cœur du problème réside dans l'importante mutation industrielle opérée par le groupe. En investissant 32 millions d'euros dans son usine de brasserie-distillerie située à Tarare, Ninkasi a radicalement modifié son point d'équilibre financier rapporte Tribune de Lyon. Si cette infrastructure permet de viser une distribution nationale, son financement génère des annuités considérables qui exigent une exploitation optimale dans une conjoncture nationale du service à table difficile. 

À cette pression industrielle s'ajoute une vacance opérationnelle sur ses sites majeurs. La fermeture du navire amiral de Gerland pour travaux prive le groupe de sa source de revenus la plus substantielle, et sa réouverture, initialement plus proche, est désormais repoussée à la fin de l'année 2027. En parallèle, le projet Spark à Oullins, censé prendre le relais, subit aussi des délais de mise en œuvre. Porté en collaboration avec les acteurs de l'économie sociale et solidaire Etic et Graines de Sol, ce tiers-lieu doit accueillir le futur siège social du groupe et une salle de spectacles. La levée de fonds de deux millions d'euros opérée en mars dernier n'aura été qu'une solution transitoire.