Maison de la danse

The Plague, l'effet aquatique

Publié Vendredi 22 mai 2026

Bully / Charlie Polinger transforme un camp d'été en laboratoire de violence adolescente, entre cauchemar psychologique et récit d'apprentissage dévoyé. Un film d'une maîtrise impressionnante.

Photo : the-plague © Original Factory

Le premier long-métrage de Charlie Polinger suit un adolescent progressivement ostracisé par les autres garçons de son camp de water-polo, accusé d'être porteur d'une mystérieuse « peste ». Une prémisse simple que le cinéaste transforme peu à peu en cauchemar social et organique. Sous ses airs de chronique estivale, The Plague cache une véritable histoire de contamination limpide, concrète et allégorique. 

Bienvenue dans l'âge ingrat 

Si le film se fonde sur les figures imposées du teen movie (mal-être, amitié, découverte de la sexualité, rivalité), c'est pour mieux les faire imploser. Il prend le soin de créer des points d'accroches familiers avant de bifurquer progressivement vers un dessein plus retors. De l'adolescence, le réalisateur nous expose les zones d'ombre, nous immergeant dans un décor singulier avant de nous asphyxier peu à peu. 

Le rejet d'un jeune garçon différent, socialement inadapté, se change en chasse aux sorcières, où le prétendu mal n'est qu'un refus des conventions. Sans jamais sombrer dans la complaisance, The Plague traite son sujet avec une rigueur absolue de mise en scène. Dans un geste kubrickien, il enferme ses personnages dans des cadres millimétrés, ou dans de longs travellings à la steadycam, qui renvoient autant à Shining qu'à Full Metal Jacket. Le long-métrage évoque d'ailleurs consciemment et à plusieurs reprises ce dernier, créant des ponts entre la colonie et le camp d'entraînement militaire. 

En corps

Cette approche partiellement clinique, ne se défait jamais d'une dimension organique. Les matchs de water-polo auxquels participent les ados deviennent des combats au corps à corps ritualisés et la danse, un exutoire, telle une projection du mal qui se transmet. Cette « peste », en plus de se voir sur la chair (le film tutoie par moment le body horror), change d'hôte. Elle le transforme en élément perturbateur d'une jeunesse déjà ancrée dans des codes d'adultes. 

Par le biais de scènes chocs et de visions impactantes (le rêve sous-marin), et grâce à son excellent jeune acteur principal (Everett Blunck), Charlie Polinger s'affirme. De la perte progressive de l'innocence de son héros à son émancipation brutale, il déploie une horreur psychologique et viscérale. Il parvient à flirter constamment avec le genre pur, tout en traitant des problématiques universelles avec un réalisme certain. Dans la lignée du Yorgos Lanthimos de Canines, il fait basculer son drame angoissant en un récit métaphorique de la cruauté ordinaire. Sa maestria éveille assurément la curiosité quant à sa future adaptation d'Edgar Allan Poe, Le Masque de la mort rouge, avec Mikey Madison, Léa Seydoux et Franz Rogowski. Pour l'heure, The Plague est l'un des chocs cinématographiques de ce premier semestre. 

The Plague
De Charlie Polinger (U.S.A., 1h35) avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan... En salle le 3 juin 2026.Â