Maison vague : fantastique, son et lumière
Théâtre / Quand des créateurs lumière et son fabriquent une pièce de théâtre, il en résulte un objet étrange, d'une immense beauté et lestée d'un mystère. On découvre un récit elliptique, celui de jeunes parents qui ont perdu un enfant et qui sondent l'absence dans leur maison et aux abords de la forêt. Louen Popée, Mathilda Bouttau et Marine Chartrain signent là leur premier spectacle commun, "Le soleil brille pourtant dehors".
Photo : Le soleil brille pourtant dehors © Emma Domarle
C'était le 16 janvier 2025, un soir au théâtre de l'Élysée, scène découverte qui porte haut son label. Une notification nous saute au visage quelques minutes avant d'entrer dans la salle : David Lynch est mort. Une heure plus tard, il était toujours vivant.
Magie du théâtre, ou, plus précisément, intense travail. La scénographie faite de toiles et de tulles occupe tout le plateau. Un carré de lumière figure une vitre sur laquelle un animal vient de s'écraser. Cela laisse des traces de sang. Des bribes de conversations sont projetées, les lettres sont aléatoirement espacées et traduisent un délitement, une menace, des peurs. On nous dit que des recherches se trament dans ce bout de terre isolée en lisière de forêt. L'enfance des jeunes parents, Samy et Adèle, se superpose à leur vie d'adulte en ce lieu où l'un des deux a grandi. Et l'absence de leur petite fille prend tout l'espace.
Au départ de ce projet, il y a trois étudiants de l'ENSATT. De 2020 à 2023, Louen Poppé et François Geslin ont suivi la filière son, Mathilda Bouttau, celle de la lumière. Ensemble, ils font un travail d'école de vingt minutes, muet, expérimentant leurs apprentissages techniques et créatifs. Constitués en collectif, Maison vague, ils souhaitent donner une forme plus ample à ce travail et font pour cela appel à leur collègue de promo, section écriture dramatique cette fois-ci, pour poser des mots sur leur univers. Marine Chartrain, qui a déjà publié Lac artificiel en 2023 et Feu du ciel en 2024 aux éditions Théâtre ouvert, a l'art de marcher sur un fil, d'inventer des personnages qui tentent de rester sur leur route tout en n'étant jamais à l'abri du danger.

« Il y a quoi derrière la trappe ? »
Jusque-là , dans Le soleil brille pourtant dehors, tout était centré sur le personnage joué par Lucas Martini, un père dans sa cuisine confronté à la disparition de son enfant, débordé par ses émotions et au bord de la folie. Marine Chartrain déploie le récit, développe le rôle de la mère, Adèle (jouée par Fanny Godel-Reche, formée comme son partenaire de jeu et les autres à l'ENSATT, promo 82, toujours). Tout n'est pas limpide, le récit fait des entrelacs mais c'est aussi cela qui lui donne épaisseur et mystère. L'histoire est très largement portée par un travail sur le son et les éclairages, absolument centraux. Il y a là des réminiscences de la scène de la cave dans le Conte de Noël d'Arnaud Desplechin ou, bien sûr, en majesté des films de Lynch, Lost Highway revendiquent-ils et elles. Et puis, une autre influence de l'autrice : la série Dark de Baran bo Odar.
Et, de toutes ces références si communes à tant d'autres créateurs, ils font un objet d'une singularité remarquable au point même que le théâtre des Célestins les a immédiatement ajoutés à une saison pourtant déjà bouclée en janvier 2025. Parce que le théâtre fantastique est rare et qu'à l'ère des performances d'acteurs et du pouvoir omnipotent des metteurs en scène, les créateurs son et lumière sont souvent à la marge. Qu'ils prennent ainsi les commandes de la création artistique est une chance.
Le soleil brille pourtant dehors
Du 2 au 13 juin 2026, au théâtre des Célestins (Lyon 2e) ; de 8 à 42€
