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"Romancero queer" de Virginie Despentes : toustes en scène

Publié Dimanche 8 mars 2026

Théâtre / Pour sa deuxième incursion dans le monde du théâtre en tant qu'autrice et metteuse en scène, Virginie Despentes livre un spectacle ouvertement woke. Un joyeux "Romancero queer" à voir au Théâtre de la Croix-Rousse.

Photo : Teresa Suarez

Après Woke (2024), voici Romancero queer (2025). C'est en deux pièces, dont l'une (la première) écrite à quatre mains, que l'autrice et désormais metteuse en scène Virginie Despentes s'est installée avec succès dans le monde feutré du théâtre... en dégommant justement cet écosystème à ses yeux peu en phase avec les enjeux contemporains. Woke, spectacle inédit à Lyon, s'indignait ainsi des entraves à la liberté de création facilitées par des réacs de tous bords. Dans Romancero queer, le spectacle suit un metteur en scène prénommé Michel, bien décidé à embrasser le mouvement queer afin de se rabibocher avec son enfant non-binaire et, de surcroit, d'être, le pense-t-il, "dans le coup". Un opportunisme qui ne passe plus auprès de ses comédiennes et comédiens.

Avec cette idée en poche, Virginie Despentes a imaginé un spectacle qui part dans de nombreuses directions en mixant les codes du vaudeville à ceux du théâtre engagé. Joyeusement queers, ses personnages, regroupés en coulisses par celui qui veut monter La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca, sont aussi bien préoccupés par la toxicité de Michel, jamais visible, que par leurs soucis personnels, certains a priori légers (tromperie, ego malmené...), d'autres plus graves.

Punchline sur punchline

Si la démarche a ses limites, notamment du côté du théâtre engagé avec ces répliques parfois conçues simplement pour délivrer des messages, elle s'avère on ne peut plus percutante sur la durée du spectacle, surtout en ces temps où les discours réactionnaires prennent de plus en plus de place. Le capitalisme, l'extrême droite, le soi-disant wokisme, le féminisme, le lesbianisme... L'autrice brasse large avec la verve qu'elle déploie dans ses romans depuis plus de trente ans, ne se privant pas d'user d'humour dans des dialogues remplis de punchlines.

Composé d'artistes venus du théâtre, du cabaret, du drag ou encore de la performance, le casting hétéroclite et lumineux qu'a convoqué Despentes (quasiment le même que sur Woke) tranche volontairement avec le gris fade du décor - et, en creux, avec la plupart des plateaux de théâtre souvent peu diversifiés. En 1h40, Virginie Despentes joue ainsi pleinement sur les contrastes et les conflits, qu'ils soient avec le metteur en scène ou entre les interprètes, afin d'emmener le public vers une fin certes prévisible, mais diablement vivifiante. Parfait pour l'époque.

Romancero queer
Du 17 au 22 mars 2026 au théâtre de la Croix-Rousse (Lyon 4e) ; de 6 à 29€

Romancero queer

Texte et mise en scène de Virginie Despentes, 1h40, dès 15 ans. Après Woke, sa première expérience de mise en scène, Virginie Despentes est de retour avec Romancero Queer, qui se déroule dans les loges d’un théâtre public où huit acteurs sont rassemblés pour l’adaptation d’une pièce. La banalité de la tyrannie du metteur en scène les exaspère, puis les révolte et les soude.