Yvnnis, pas un rappeur banal
Rap français / Entre audace et héritage, Yvnnis bouscule les conventions avec une aisance et une maturité qui fascinent. Sous des airs familiers, il construit un univers singulier et inattendu, qui défie le rap actuel.
Photo : Yannis © pack photo tournée
« Tu crois que j'ai encore le temps de faire des rimes pauvres ? » lâchait Yvnnis au terme d'un couplet mélancolique et désabusé sur Gare du nord, peu avant un brusque changement de beat. De sonorités épurées, le morceau basculait vers un rythme accéléré proche de la jersey. Quelques secondes séparaient une atmosphère purement old school de quelque chose de nettement plus actuel. Ce tiraillement entre héritage à ses prédécesseurs et appartenance à son époque traverse un début de discographie et un rap d'une maîtrise de plus en plus franche.
Mal aimé
À certains égards, Yvnnis se rapproche de La Fève, avec qui il partage un même goût de la performance stylistique brute. Dans ce rap mêlant aisance et technique, les flows changeants constituent le ciment d'une approche privilégiant l'incarnation à la révolution. La texture sonore impacte plus que la finalité. Le rappeur du 94 se raconte entre egotrip et quotidienneté, sans dévier de thématiques « classiques » (vie de quartier, barrières sociales, ambition personnelle). S'il se démarque ponctuellement par des punchlines bien pensées, c'est musicalement qu'il fascine le plus.
Ne pas déranger
À travers ses citations explicites (Don Toliver) et samples (le gimmick de Crank dat de Soulja Boy), il se montre en phase avec son époque, tout en cherchant à dépasser les frontières de l'hexagone. Il se pose en trait d'union entre la France et les États-Unis. Au fil de ses morceaux, il mêle atmosphères rappelant au rap américain des années 2005 à 2015, du dirty south à la trap, à celles d'un rap français post 2015 avant-gardiste dans la lignée PNL ou Laylow.
Cet alliage d'une fluidité étonnante ne s'interdit pas des envolées mélodiques assumées, jusqu'à aller braconner sur le territoire de la chanson française. Il devient le symbole d'une ère musicale décloisonnée et sans frontière, à la faveur par exemple d'un sample audacieux de Suffisamment de Zaho de Sagazan sur Émoticone. Et si le classicisme thématique n'était en fin de compte qu'une carapace tenace dissimulant une proposition substantiellement plus disruptive ?
Yvnnis
Jeudi 12 mars 2026 à 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 28 €
