Stony Stone, sorti de la brume

Publié Vendredi 3 avril 2026

Rap français / Voix émergente parmi les plus singulières de Marseille, Stony Stone navigue entre héritages assumés et recherche de liberté, d'un rap classique à une chanson plus indéfinie. Il façonne une œuvre traversée par le doute, l'espoir et la fatalité.

Photo : © Lieselfrth

Révélé par une série de freestyles mêlant rythmique 2-step (rapide et syncopée) à un rap plus traditionnel, le Marseillais Stony Stone s'affirme au croisement de l'histoire du hip-hop phocéen. Il revendique l'héritage de la Fonky Family au moyen d'une écriture qui conjugue épure et réalisme, jusqu'à une reprise de Mystère et Suspens sur Step #10. Il se distingue également par une sensibilité musicale tournée des deux côtés de la Méditerranée, le rapprochant d'artistes comme Zamdane et Danyl avec qui il a collaboré. Son rapport décomplexé à la nature des sonorités sur lesquelles il pose sa voix l'inscrit dans la lignée de Jul, qui n'a pas manqué de l'inviter sur 13 Organisé 2

Akhalala

Dans un référentiel confrontant la pop culture de sa jeunesse (de Diam's au footballeur Claude Makélélé) à son quotidien, il développe une musique tout en tension, mutations et contradictions. Ses évolutions successives marquent une affirmation artistique n'invalidant jamais ce qui a précédé. Chaque projet est un laboratoire recherchant sa vérité humaine et artistique. On décèle le récit d'un homme impuissant face aux dérives du monde, en quête d'une échappatoire et de moyens d'expression.

Les envolées festives de Milili évoquent moins la récréation superficielle qu'elles crient un besoin de s'extraire d'une réalité terne. Plus tard, Mon Asile réaffirme ces envies d'ailleurs tout en faisant le constat d'un échec implacable : « J'pensais que j'allais tout droit, j'suis encore là, à faire des tours dans la ville ». Ce fatalisme, teinté d'une mélancolie prématurée post-PNL, irrigue une proposition transcendant la perpétuelle désillusion.

Paradis perdu

À mesure que le discours gagne en fluidité, son rap se rapproche d'une chanson hybride, plus attentif à la mélodie et plus ouvert aux instruments classiques (guitares sèches et piano en tête). Bougie dans le noir, son dernier projet conçu en collaboration avec le producteur Boumidjal X, se distingue par la pureté de son geste, tout en assumant des contours volontairement imparfaits. L'authenticité émotionnelle l'emporte sur la performance vocale dans un voyage intimiste, fêlé et enivrant.

Stony Stone
Vendredi 10 avril 2026 à 20 à Bizarre (Vénissieux) ; de 5 à 18€ 

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