Vivante, entre les choses : Steph Strings au Marché gare
Folk / La musicienne australienne est attendue à Lyon, l'occasion de découvrir une œuvre où la guitare, avant même la voix, fonde un rapport au monde sensible, direct et intensément vécu.
Photo : Steph Strings © Ian Laidlaw
Afin de ressentir pleinement l'univers de Steph Strings, il est nécessaire de se débarrasser d'emblée du cliché pléthorique de « l'artiste prometteuse », car dès ses premières publications, la musicienne originaire de Melbourne a su imposer une signature dépassant toute forme embryonnaire. Traversée par les influences de Joni Mitchell, John Butler et Ben Howard, sa musique conjugue virtuosité acoustique et économie expressive, où la guitare précède la parole et en structure l'univers. Cette primauté sonore est parfaitement décrite par l'anecdote - véritable moment fondateur - confié à la réalisatrice Isabella Salvatore, dans son documentaire disponible sur YouTube. Fascinée par la performance de Zach Filkins de One Republic au Pinkpop, jouant seul à la guitare devant une foule, Steph Strings s'est dit « Hey, mais on n'a pas besoin de chanter pour être une rockstar ! ». Une épiphanie se muant en vocation, faisant de ce lien instrumental une question charnelle.
Une esthétique de l'essentiel
Des EPs Lion - énergique et fédérateur - à Cradle mountain, aux accents quasi rituels, la trajectoire se déploie par germinations successives, comme une floraison. Son songwriting est exquisément relationnel, en mesure de créer un véritable lien avec le public, non seulement par le biais d'un écran, mais aussi par une profonde expérience directe. Avec Feel alive, son premier album paru en janvier dernier, sa recherche atteint une forme organique, se structurant autour de compositions cristallines, où le superflu est banni au profit d'une justesse mesurée.
Nature et expérience sensible
Chez Steph Strings la parole advient comme prolongement du geste musical, car elle approfondit un rapport à la nature qui devient vital, presque thérapeutique. Dans les textes comme dans la matière sonore, il semble affleurer une proximité avec la philosophie de Thoreau : revenir au vivant, éprouver le monde sans médiation, s'accorder aux forces qui le traversent. De la lumière de Gratefully à la douceur habitée de Waterfall, de la mélancolie de Melbourne blue à l'élan nomade de Rockstar / Gypsy, son premier album ne s'offre pas comme objet de dévotion mais comme espace de relation, un entre-deux où la vie circule, et où, parfois, se dessinent, discrètement, les contours d'un sourire apaisé.
Steph Strings et Emma Castellino
Jeudi 9 avril 2026 à 20h30 au Marché gare (Lyon 2e) ; de 15 à 19€
