"Au nom du ciel" : ça fait souffrir les oiseaux
Théâtre / Avec "Au nom du ciel", l'Israélien Yuval Rozman, très critique envers la politique actuelle de son pays, questionne le conflit israélo-palestinien du point de vue d'oiseaux on ne peut plus vulgaires. Un spectacle politique et surprenant à voir au Théâtre de la Croix-Rousse.
Photo : Frédéric Iovino
Décaler le récit pour mieux le questionner ; ou quand des oiseaux évoquent l'assassinat en 2020 à Jérusalem d'Iyad Al-Hallaq, autiste palestinien de trente-deux ans, par des gardes-frontières israéliens. Un parti pris original choisi par Yuval Rozman, metteur en scène et auteur israélien installé en France, pour le dernier volet de sa série baptisée Quadrilogie de ma terre.
« Le public me semble plus ouvert quand c'est un animal qui parle. Comment parler d'Israël et de la Palestine aujourd'hui autrement ? », se demandait dans une interview accordée au Monde il y a quelques mois celui qui est très critique envers la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Avec son spectacle Au nom du ciel, il prend ainsi la hauteur, au sens figuré comme au sens propre, que bien des êtres humains n'ont plus.
Drôles d'oiseaux
Sur scène, une immense boîte de kebab sert de décor principal alors que trois interprètes s'envolent littéralement grâce à un système de cordes à vue. Au cœur de cette scénographie ingénieuse, trois oiseaux donc (un bulbul, un drara et un martinet noir) portent chacun un point de vue. Eux ont assisté au meurtre d'Iyad Al-Hallaq, pris pour un terroriste par les forces de l'ordre israéliennes. D'où leur envie de faire le procès du drame.
Avec ce spectacle ambitieux sur le papier, Yuval Rozman fait preuve d'une réelle intelligence. Et, surprenant vu le sujet, d'une joyeuse irrévérence, ses oiseaux étant délicieusement vulgaires, façon personnages de South Park. D'où le rire constant qui émaille cette proposition qui se conclut avec un appel au dialogue et, surtout, à la paix. « Ce n'est pas être naïf. Elle viendra. Dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, parce que c'est la seule solution pour vivre en sécurité » (au Monde).
Au nom du ciel
Du 28 au 30 avril 2026 au théâtre de la Croix-Rousse (Lyon 4e) ; de 6 à 29€
