Val Thorens

La petite histoire des musées Gadagne

Publié Dimanche 12 avril 2026

Patrimoine / Il n'y a pas un mais des musées Gadagne : celui consacré à l'histoire de Lyon et l'autre aux arts de la marionnette (qui va renouveler 70% de son parcours en juin prochain). Mais Gadagne c'est aussi le nom de banquiers florentins qui ont habité cette bâtisse, le plus vaste ensemble Renaissance du Vieux-Lyon. Remontons le fil du temps.

Photo : Grande cour Renaissance Gadagne © Philippe Somnolet - Item

Guadagni, Gadaygne ou Gadagne. Même si le précieux Dictionnaire historique de Lyon (aux éditions Stéphane Bachès, 2009) ne tranche pas. Toujours est-il que c'est cette famille toscane qui donne le nom à l'hôtel qui aujourd'hui abrite les deux musées municipaux. Établie depuis 1470 à Lyon, la famille achète en 1545 cet édifice aux frères Pierrevive qui l'ont construit début XVIe. De marchands piémontais, le bâtiment passe aux mains de richissimes banquiers florentins. La famille est si argentée qu'elle participe au financement du voyage exploratoire vers les Indes occidentales pour le compte de François Ier. Thomas et Guillaume, deux des frères Gadagne, n'occupent pourtant les lieux que quelques décennies. Ils partent en 1581 mais laissent leurs empreintes et leur nom tant cette période est fastueuse. Des hôtes illustres y sont conviés, les fêtes sont grandioses. La famille traite d'ailleurs directement avec la royauté et possède d'autres édifices dans les environs de Lyon comme le château de Beauregard dont il reste des ruines dans le parc du même nom à Saint-Genis-Laval.

Renaissance

C'est cependant un médecin qui va considérablement modifier le bâtiment des Gadagne et en faire ce que nous connaissons aujourd'hui. Dr André Falconet s'y installe en 1654. Il rehausse le bâtiment d'un étage et d'un grenier sur les ailes ouest et sud de la grande cour, et crée six nouvelles chambres. Il crée également, le long des 224 marches de la montée du Garillan, un nouveau corps de bâtiment sur des murs existants. Et il aménage un petit jardin d'agrément en terrasse. Ce qui est tout sauf un détail tant cet îlot suspendu (mais sans vue sur la ville) est un des abris les plus apaisants de Lyon aujourd'hui, avec ses treilles de vignes, son potager, ses arbres fruitiers et plantes tinctoriales (pour la teinture et colorants) comme le souligne Nadège Druzkowski dans Lyon, insolite et méconnu (editions Jonglez, 2003) où elle attire aussi notre attention sur le portail de fer forgé au n° 14 de la rue Gadagne, aux barreaux étrangement enchevêtrés façon casse-tête.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le bâtiment va perdre sa flamboyance. Les parcelles sont divisées pour accueillir près de soixante locataires dans des conditions sanitaires déplorables. Le Vieux-Lyon devient insalubre.

Malgré tout, cet ensemble n'a pas été trop abîmé. Et une nouvelle dynamique s'enclenche. Dès 1902, la Ville achète peu à peu le site. En 1921, il est classé monument historique et devient le nouvel écrin du musée historique de la ville de Lyon dont les collections étaient précédemment installées à l'Hôtel de Ville.

Musées

Dans l'après-guerre, le conservateur du musée des Arts et Traditions populaires de Paris suggère que Lyon, patrie de Guignol, accueille un musée de la marionnette au sein de son musée historique. Il ouvre en 1950. Ces deux musées sont toujours les piliers de Gadagne, qui a accueilli 74 200 visiteurs en 2015 dont 20% d'étrangers. 215 643 personnes sont entrées dans la cour ou le jardin du bâtiment.

Mais, alors que Lyon est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998, le site a pris un coup de vieux. Les collections se sont empilées au fil du temps, le parcours a perdu en sens, des fenêtres sont encore occultées. Il faut entamer de gros travaux (sous la houlette de l'incontournable Didier Repellin, architecte en chef des monuments historiques à la manœuvre à Lyon du Grand Hôtel-Dieu, Palais de Justice Historique, de la cathédrale de Lyon) et des fouilles archéologiques majeures. Elles se font durant la première décennie des années 2000. Les spécialistes creusent 6 mètres en profondeur, découvrent que le site était occupé dès l'Antiquité (-76 av. J.-C.). La cour, les galeries couvertes, les fenêtres à meneaux, l'escalier à vis de 1515, le plafond peint, le système de volets intérieurs en bois, les tommettes en terre cuite, le puits et la fontaine... tout retrouve son éclat, couleur ocre et terre de Sienne. Cette rénovation fait donc l'objet d'une salle au 2e étage.

Fermé au public en 2003, Gadagne rouvre le 12 juin 2009, une réouverture après un malheureux incendie en fin de travaux. La surface utile passe de 3500 m² à 6300m², des caves et des sous-sols sont exploités, un nouveau bâtiment au 8 rue Gadagne est annexé pour abriter les collections et les services, les accès sont facilités, un théâtre de 150 places est ajouté ainsi qu'un centre de documentation et le fameux Café la terrasse avec son jardin en libre-accès - c'est un espace vert de la ville au même titre que le Parc de la Tête d'Or !

En 2011, place à une série d'expositions temporaires à commencer par celle, mémorable, de Gourmandises ! histoire de la gastronomie à Lyon. Suivront Guignol dans les tranchées de 14-18, Lyon sur le divan etc. Puis, parce qu'il faut se moderniser et pour des raisons financières (les expos temporaires sont gloutonnes), Gadagne prend soin de ses parcours permanents en les refondant totalement par tranches. Le MHL se décline en quatre axes interactifs, imagés et denses dédiés aux symboles de la ville (Portraits de Lyon), à la vie aux abords de Rhône et Saône (Les pieds dans l'eau), à la ville industrielle et ouvrière (Qu'est-ce que tu fabriques, la plus vaste des quatre qui fait la part belle aux soyeux) et au pouvoir et la citoyenneté (Lyonnaises, Lyonnais).

La marionnette à travers les époques

La partie des arts de la marionnette (MAM) met en avant l'aspect vivant et créatif de ces objets pour ne surtout pas le limiter à Guignol, qui reste une figure majeure du parcours, renouvelé à 70% en juin prochain avec près de 200 nouvelles marionnettes et éléments de décor ! Car le musée reste au plus près de l'actualité des marionnettes. On peut y trouver par exemple les créations de l'association sénégalaise Djarama qui cherche à éveiller les consciences au sujet de l'excision et du mariage forcé. Et tous les deux ans, une salle est confiée à un artiste ou une compagnie contemporaine de marionnette. C'est le cas en ce moment de la Compagnie À jusqu'en 2027.

Une fois redescendus (ou avant de les monter) les 19 m de dénivelé de ce musée calé contre la montée du Garillan, vous pourrez voir, à l'extérieur du bâtiment, accrochée au mur, l'horloge Charvet dite "horloge aux guignols" datant de 1864. Ses cinq automates ponctuent le temps qui passe : Arlequin, Polichinelle, Gnafron et Guignol s'animent tous les quarts d'heure et une trompette s'active chaque heure.

Infos pratiques
Musées Gadagne
1 place du petit Collège,
Lyon 5e
04 78 42 03 61
Ouvert du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
Dernier accès aux musées : 17h30 Fermeture du jardin à 17h45 (pique-niques interdits) Accès libre à la boutique, au café Gadagne et au jardin.

Le Café Gadagne ouvert du mercredi au vendredi de 10h30 à 17h30, samedi-dimanche de 11h30 à 17h30 (formules brunch notamment)

Exposition temporaire : Merveilleux Moyen Âge, l'abbaye de l'île Barbe, un voyage aux portes de Lyon. Jusqu'au 1er novembre 2026
Dès le 19 juin : La "Virevolte" du musée des arts de la marionnette et 70% du parcours renouvelé

Mots clefs : -