Comment est leur peine ?

Publié Samedi 24 janvier 2026

Théâtre / Un couple surmonte comme il peut la mort très précoce de son enfant. La compagnie normande La Cohue parvient à faire de ce drame une comédie très émouvante sur un champ de cotillons.

Photo : Une pièce sous influence © Virginie Meigné

Nora n'avait que quelques années de vie lorsqu'elle est morte dans un accident de voiture. Avec un tel sujet, il est compliqué d'imaginer qu'Une pièce sous influence puisse être drôle. Pourtant elle l'est. Dans son titre et sa référence ultra-explicite à l'univers de John Cassavetes réside une partie de la réponse : les humeurs changeantes et souvent extrêmes de la mère, Anna (double de la Mabel du film), permettent de sortir l'histoire de son épaisse noirceur.

Démons

Au commencement de ce spectacle, créé en 2022 et passé par le Off d'Avignon en 2024, la jeune mère est déguisée en mariée assassinée, une hache ensanglantée plantée dans la tête. Son conjoint Mathias a revêtu le costume Batman. Ils viennent de fêter le carnaval qui se termine. Il en reste ces deux individus un peu paumés, éméchés aussi, déambulant sur un tapis de confettis. En fond de scène, un batteur accompagne leur énergie, la réanime quand elle flanche. Le piano disposé là rappelle aussi trop l'enfant disparu pour qu'il ne serve - au moins dans la majeure partie de ces 95 minutes. Il est temps pour le couple de tourner la page et de vendre leur maison devenue lugubre ; lui veut s'en détacher enfin mais elle a tant de mal à la quitter. C'est quand ils rencontrent les nouveaux acheteurs que le rire nait. Il s'agit de Lucas et Claire, des cathos complètement idiots ; ils confondent un « gang bang » avec le « big bang ». C'est grotesque et c'est drôle comme ces quiproquos qui s'enchainent parce que le public dispose d'une information centrale que le second couple n'a pas : la mort de Nora. Alors oui, entendre les futurs acquéreurs dire que le jardin sera parfait pour leurs hypothétiques enfants car ils pourront leur dire « allez jouer dehors, je ne veux plus vous voir » est parfaitement inaudible pour les parents endeuillés. Tout comme cette réflexion sur la chambre bien rangée de la petite fille disparue : « c'est quoi votre secret ? ». Ces joutes verbales ne sont pas sans rappeler celles qui mettent aux prises les deux couples voisins de Démons de Lars Norén.

Martin Legros a écrit ce texte et l'a co-mis en scène avec Sophie Lebrun (avec qui il joue également) et sait trouver les ruptures de ton. Il est, dit-il sur le site de la compagnie qu'ils ont fondée ensemble en 2009, du côté des « perdants ». Il faut les « rendre beaux », les « sublimer ». Leur réussite est aussi due à la place qu'ils ont su accorder à la musique dans ce spectacle au rythme soutenu et très syncopé : on use de la batterie plutôt que des violons pour donner à ces personnages principaux dévitalisés une force communicative.

Une pièce sous influence
Du 29 au 30 janvier 2026 au théâtre de la Renaissance (Oullins-Pierre-Bénite) ; de 6 à 30€

Une pièce sous influence

Texte de Martin Legros, mise en scène de Sophie Lebrun et Martin Legros, 1h35. Deux couples rentrent du carnaval et se font face le temps d’une nuit. Anna, déguisée en mariée zombie annonce à son mari qu’elle a invité les acheteurs de leur maison à venir boire un verre alors qu’ils les détestent… Au milieu des confettis, commence alors une nuit de confessions et de révélations entre ces deux couples que tout oppose.