Absalon absolument !
Théâtre / Spectacle total quoique pas facile à suivre, "Absalon Absalon !" laisse le goût d'une œuvre de démiurge, autant de la part de la metteuse en scène d'origine lyonnaise Séverine Chavrier que du texte de William Faulkner. Attention, plongée corps et âme dans l'Amérique sécessionniste qui a quelque chose à avoir avec celle fracturée d'aujourd'hui.
Photo : Absalon Absalon © Christophe Raynaud de Lage
Que reste-t-il d'une œuvre de théâtre après qu'on l'ait vue il y a 19 mois ? Parfois si peu, après quelques jours. À d'autres occasions, il subsiste le sentiment d'un chaos qui serait entré par tous les pores du théâtre, jusqu'à venir des dessous. C'est le cas avec Absalon Absalon !, où l'on creuse la terre pour y enfouir ses morts.
Le personnage de fiction Thomas Sutpen, issu de l'ouvrage de William Faulkner Absalom est né « plus bas que bas » et c'est peu de dire qu'il veut s'extraire de sa condition avec hargne. Il lui faut trouver un destin, et c'est dur dans cette Amérique de la Guerre civile (1861-1865). Pour lui, cela signifie s'appuyer sur les nouvelles conquêtes arrachées à la terre (ici l'industrie du coton) et fonder une famille indubitablement blanche. Sauf que rien ne va se passer comme prévu. Inceste et fratricide dézinguent ce néo-riche, dans l'œuvre originale comme sur scène. Laurent Papot l'incarne dans sa juste démesure au cœur d'une scénographie à la hauteur de l'amplitude du récit. Il y a la maison à taille réelle mais aussi une bagnole - accessoire anachronique mais si signifiant de l'ascension sociale - et de l'humus qui salit les mains, amortit les chocs et dissimule les corps. Appuyée par la vidéo fixe ou celle qui colle aux personnages, la narration se diffracte, hypnotise au risque de s'émietter parfois car le texte livré par Séverine Chavrier est certes basé sur le roman mais aussi nourri par le vécu des acteurs au point que le personnage central prend ici la parole alors que chez Faulkner il n'existe que par les voix de son entourage.
Death baby death
Alors, que reste-t-il d'une telle œuvre après sa création à la FabricA d'Avignon en juillet 2024 ? On garde une envie de retourner voir ce monstre de théâtre de 5h (2 entractes compris) conçu par une Séverine Chavrier qui, depuis, est trop souvent à la Une de l'actualité théâtrale pour sa gestion jugée toxique par une partie des équipes de la Comédie de Genève lancée dans ce qui peut parfois ressembler à une cabale patriotique contre elle. Son premier mandat entamé en 2023 et qui s'achève en juin 2027 ne sera pas renouvelé, a annoncé la Fondation d'art dramatique suisse en fin d'année dernière.
Absalon Absalon !
Du 13 au 15 mars 2026, au TNP (Villeurbanne) ; de 7 à 30€
