Alter ego, incroyable mais vrai
Dopplegänger / Retour gagnant pour Nicolas et Bruno qui signent une réjouissante comédie satirique mêlant humour absurde et horreur quotidienne. Laurent Lafitte excelle dans le double rôle principal.
Photo : Alter Ego © Tandem Films
Le succès et la reconnaissance progressives de Quentin Dupieux ont ouvert un espace dans le paysage vaste et clivant de la comédie française. Même si Nicolas et Bruno sont loin d'être des débutants (Message à caractère informatif, La Personne aux deux personnes), on pense inévitablement au cinéma de l'auteur de Yannick. Les premières minutes ne manquent pas de rappeler à sa veine la plus grinçante et la plus existentielle, de Wrong à L'Accident de Piano. Alex (Laurent Laffite) a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence.
Effet miroir
La première grande force d'Alter Ego est de réussir à distiller une bizarrerie et une "inquiétante étrangeté" au sein d'une pure comédie qui flirte avec la tradition du vaudeville. Le postulat se pose ainsi comme une sorte d'épisode de La Quatrième dimension au sein d'une banlieue pavillonnaire franchouillarde. Les réalisateurs génèrent continuellement un véritable malaise entre deux éclats de rire. Ils renforcent ce trouble par des choix de cadres distordus et oppressants mais aussi en dédoublant à l'écran chaque élément de la vie du héros (à l'instar des prénoms Alex et Axel). Ce surréalisme, évidemment proche de l'univers de Dupieux ou avant lui, de la période française de Luis Buñuel, le duo l'appréhende tel un thriller paranoïaque jusqu'à un final inattendu. Ils parviennent ainsi à intensifier l'inconfort, sans négliger le volet humoristique. Derrière la fable morale et hilarante, à la lisière du fantastique, se cache la satire d'une société obsédée par l'optimisation au détriment de toute valeur ou éthique.Â
La meilleure version de moi-mêmeÂ
Nicolas et Bruno réinvestissent un univers qui leur est cher : celui de l'entreprise. La Cogip, PME récurrente de leur travail, incarne un microcosme anxiogène certes modeste où la compétition pousse les employés à s'effacer ou à atteindre le seuil de la folie. Une mention s'impose pour l'excellent personnage de Denis, campé par le génial Monsieur Fraize. Axel, employé modèle et performant, marié à une top-modèle, affiche même un grotesque autoportrait façon Barack Obama dans son salon. Cette quête d'amélioration constante, réelle ou fantasmée, puisque seul le protagoniste semble voir les similitudes physiques, nourrit un humour irrésistible basé sur la gêne et le malaise. En résulte une farce très drôle, mais aussi caustique et jamais gratuite. Alter Ego s'écarte de l'abstraction attendue et du non-sens pur pour ancrer son pitch dans un quotidien brutalement concret. Il se pose en modèle de comédie efficace, populaire, portée en prime par un casting jubilatoire.
Alter Ego
De Nicolas Charlet et Bruno Lavaine (France, 1h44) avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko... En salle le 4 mars 2026. Â
