Roger Planchon : Théâtre. National. Populaire.
Colloque / À figure tutélaire du théâtre contemporain, colloque majeur ! Durant trois jours, au TNP puis à l'ENS, les œuvres du metteur en scène, acteur, auteur, cinéaste, directeur du TNP Roger Planchon seront décortiquées par des chercheurs et des artistes. Un bouillonnement culturel vivifiant à l'honneur de ce fils de paysan chantre de la décentralisation théâtrale.
Photo : Roger Planchon _ DR
« Mon père et ma mère ne savaient pas lire et j'ai toujours souhaité que, s'ils viennent au théâtre, même si Shakespeare leur passe au-dessus de la tête, il y ait un travail suffisant sur les costumes, les ambiances, que l'histoire soit populaire, simple, qu'ils puissent rentrer dedans. En tout cas, qu'on ne se paye pas leur tête ». Ainsi s'exprimait Roger Planchon dans nos colonnes en février 2005, à l'occasion de la sortie de son autobiographie Apprentissages. Si on ne peut le réduire à ces quelques phrases, elles disent beaucoup de ce qui a guidé son parcours tant dans son travail artistique que comme dirigeant d'institutions. Roger Planchon avait le souci du public - et même du "non public" tel qu'il désigne en 1968 cette frange de spectateurs potentiels, éloignés de la culture.
À l'occasion de ce colloque, de nombreux chercheurs vont se pencher sur ses écrits (notamment le jeudi matin), ses façons de faire théâtre, de diriger ses acteurs (Michel Raskine va en témoigner le mercredi ainsi que Gilles Chavassieux et l'épouse de Planchon, Colette Dompietrini). Les équipes du département études théâtrales de l'ENS de Lyon, profs et étudiants, ont bâti un programme d'une incroyable densité,
Né en 1931 en Ardèche, Planchon a fait du théâtre avant que les subventions n'existent. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, il s'installe à Lyon dans une petite salle à l'intersection de la rue de la Barre et de la rue des Marronniers avec quelques amis pour faire du théâtre après le travail. Ce chef de bande ne se contente pas de se confronter à Shakespeare et Marivaux, il embrasse son époque et ses contemporains que sont René Char, Arthur Adamov, Michel Vinaver, Bertolt Brecht (« un maître » selon ses mots dans l'interview de 2005 du Petit Bulletin). Et il écrit. Ses œuvres sont réunies intégralement dans la collection blanche de Gallimard dont Le Cochon noir (1973) à propos d'une révolte paysanne du XIXe siècle.
Par-dessus bord
Il y a dans son travail une incessante volonté de développer un théâtre accessible et ambitieux hors de Paris. Quand le ministère de la Culture l'appelle à la fin des années 1960 pour aller diriger le TNP au Trocadéro, il insiste pour que le mouvement soit inverse. Le Théâtre national populaire, créé en 1920, doit venir en Province, à Villeurbanne. Au cours de la décennie 1950, la Ville l'a sorti de Lyon et lui a confié le vaste théâtre de la Cité dédié aux opérettes dans le quartier des Gratte-Ciel. La taille n'est pas très adaptée à ses projets mais qu'importe, il s'en empare et fait son nid. C'est là , en comité de directeurs de théâtres et Maisons de la culture, qu'il rédige et publie le 28 mai 1968 la Déclaration de Villeurbanne en onze points, actant notamment que ces lieux de création doivent être aux mains des artistes. Pas des gestionnaires.

Félicie, la provinciale
Jamais il n'oublie ses racines paysannes et cherche à rester maître de son outil comme ses ancêtres. Au TNP, ouvert en 1972 à Villeurbanne, à ce même emplacement, dans une salle flambant neuve et en pente douce, il invite la jeune garde. Lui n'a que 38 ans en 1972 mais il fait confiance à Patrice Chéreau, 25 ans, pour ouvrir cette nouvelle page de la décentralisation. Puis, il co-dirige ce centre dramatique national avec Georges Lavaudant présent lors de ce colloque (mercredi à 18h). Un autre metteur en scène historique sera présent au colloque, Alain Françon. Il y avait monté La remise en 1993.
Si c'est le Planchon « artiste de théâtre » qui est au cœur de ce colloque, impossible de ne pas penser à son activité de cinéaste à l'heure où l'ex ministre de la Culture Rachida Dati souhaite « rapprocher » le TNP du Pôle Pixel comme elle l'énonçait cet automne. L'édile de Villeurbanne, Cédric Van Styvendael, l'imaginait aisément aussi en faisant visiter le Pôle pixel à Thomas Jolly, shortlisté pour la direction du TNP à prendre en janvier 2027 (aux côtés de Lætitia Guédon), voyant là « un projet dans la continuité de ce qu'a impulsé Roger Planchon » nous disait-il.
En effet, Planchon a transposé son désir de « conteur » car c'est ainsi qu'il se définissait, de la scène à l'écran. Il a réalisé des films, créé des studios de cinéma (Studio 24 devenu Pôle Pixel) ainsi que la société Rhône-Alpes Cinéma et 3 CNP dont il reste le Lumière Bellecour et le Lumière Terreaux - le CNP Odéon est aujourd'hui la Comédie-Odéon. En octobre 2008, six ans après avoir quitté le TNP et six mois avant de succomber à une crise cardiaque, il jouait encore dans une pièce de Ionesco, Amédée ou comment s'en débarrasser, dans ces mêmes studios de cinéma.
Alors, pour comprendre dans le détail l'héritage que laisse Roger Planchon, pour que son œuvre ne soit pas un slogan trop facile à invoquer pour définir l'aventure à venir du TNP, la rigueur scientifique des chercheurs et chercheuses est plus que bienvenue. Autour d'elles et eux, se trouvera inévitablement Michel Bataillon, auteur de la très indispensable somme en cinq volumes sur ce si bien nommé Défi en province. Par ailleurs, il est aussi le président de la Maison Antoine Vitez et ancien collaborateur de Roger Planchon. Il incarne la vigie de ces trois jours, célébrant une trajectoire unique à la croisée d'une grande école et d'un grand théâtre.
Colloque international « Roger Planchon, artiste de théâtre »
Du 1er au 3 avril, au TNP (Villeurbanne) et à l'ENS (Lyon 7e) ; entrée libre
