Près de Lyon, Vénissieux devient un nouveau centre névralgique des arts du cirque

Publié Vendredi 16 janvier 2026

Reconnaissance / La labellisation de la future Cité internationale des arts du cirque à Vénissieux en pôle national en octobre dernier marque un tournant pour un secteur longtemps relégué à la marge des politiques culturelles. À Lyon, ce label consacre quinze ans de travail collectif et esquisse un nouvel équilibre entre création, formation et territoire.

Photo : Rachida Dati en visite à l'école du cirque de Lyon le 17 octobre 2025 © Utopistes

Il y a encore deux décennies le cirque était cantonné à l'image d'un art populaire, mobile et peu institutionnalisé. Depuis quelques années, le cirque contemporain bénéficie d'une base de plus en plus solide dans les politiques culturelles de l'État. La labellisation le 17 octobre 2025 de la future Cité internationale des arts du cirque (CIAC) de Vénissieux en pôle national cirque, annoncée par la ministre de la Culture Rachida Dati lors de son déplacement dans le Rhône, en est un signe tangible. Quinze structures seulement portent aujourd'hui ce label en France.

« L'aboutissement d'un travail engagé depuis plus de quinze ans » 

Dans l'architecture des politiques culturelles françaises, le cirque arrive bien après le théâtre, la musique ou même la danse. Les premiers dispositifs arrivent après les années 1970, ce qui explique un retard structurel en matière d'équipements, de financements et de reconnaissance institutionnelle. « Les arts du cirque sont encore bien moins dotés que d'autres disciplines », observe Mathilde Favier, directrice adjointe du projet et coordinatrice du festival Utopiste. Une réalité que l'État commence seulement à corriger, par touches successives.

Cette reconnaissance est selon Mathilde Favier l'aboutissement d'un travail engagé depuis plus de quinze ans par trois acteurs aujourd'hui indissociables : la compagnie MPTA dirigée par Mathurin Bolze, le festival Utopistes et l'École de cirque de Lyon. Longtemps dispersées, ces forces ont patiemment construit un projet commun avant même qu'un lieu n'existe.

Une cité sans murs... pour l'instant

La CIAC a été labellisée avant même d'être construite. Le futur équipement jouit d'un budget d'environ 15 millions d'euros, est prévu à l'horizon 2028-2029 dans le quartier de Parilly à Vénissieux, et doit rassembler sur près de 10 000 m² des chapiteaux, des studios, des ateliers, des espaces de formation et des logements pour les artistes. Un outil rare dans un territoire urbain dense, où les lieux adaptés aux disciplines aériennes font défaut.

En attendant, le projet fonctionne déjà à plein régime. Résidences accueillies chez des partenaires, préfigurations sous chapiteau, développement d'une activité de production-diffusion et déploiement d'actions éducatives à l'échelle métropolitaine. « L'idée, c'est que l'essentiel de l'activité existe avant l'arrivée dans les locaux et que l'on soit déjà opérationnels », déclare Colin Diederichs, chargé de l'administration et des finances chez Utopistes et la compagnie MPTA.

Une singularité dans le paysage national

Si chaque pôle cirque développe sa propre identité, celui de Vénissieux revendique également la sienne, qui est de couvrir l'ensemble de la filière. Pratiques amateurs, formation préparatoire, création, production, diffusion, action internationale et éducation artistique cohabitent dans un même projet. Une configuration encore rare à l'échelle nationale.

Autre particularité, la présence d'une compagnie de création au cœur du dispositif. L'expérience de MPTA, forte de plus de 1 500 représentations et d'un rayonnement international, irrigue directement la réflexion artistique. « Les artistes savent qu'ils sont accompagnés par une équipe qui connaît de l'intérieur les réalités du métier », souligne Mathilde Favier, évoquant les corps blessés, la précarité des carrières et la nécessité de lieux d'entraînement adaptés.

Un ancrage territorial 

Implantée à Vénissieux, la future CIAC devra toutefois éviter l'écueil d'un équipement fréquenté surtout par les professionnels. La réponse passe par un « travail de fond, déjà engagé », explique Mathilde Favier avec la mise en place d'interventions scolaires, de colonies d'été, de projets de médiation au long cours, de partenariats avec les structures sociales et culturelles locales. À terme, près de 28 classes vénissianes seront concernées chaque année.

Un choix politique autant qu'artistique. « On est un lieu d'envergure internationale, mais aussi un équipement de proximité », résume Colin Diederichs. Dans un contexte budgétaire fragile et à l'approche d'échéances électorales, cet ancrage territorial constitue sans doute l'un des meilleurs garde-fous pour la pérennité du projet.