LBF 2026

Biennale de Lyon 2026 : une édition à l'intersection des lieux, des usages et des imaginaires

Publié Vendredi 24 avril 2026

Biennale / La Biennale d'art contemporain de Lyon revient du 19 septembre au 13 décembre avec une édition plus brève, sans pour autant céder sur ses lignes de force. Intitulée "Passer d'un rêve à l'autre", elle s'écrit sous la houlette de la commissaire d'exposition Catherine Nichols, dans un équilibre délicat entre contraintes économiques, ancrage territorial et ambition critique.

Photo : Archana Hande, Weaving Light, 2009-2025. © Artspace, Sydney. Photo: Hamish McIntosh.

Trois mois au lieu de presque quatre auparavant. La Biennale d'art contemporain de Lyon se tiendra dans un format resserré, contrainte par un contexte budgétaire plus restreint mais aussi par des contraintes d'exploitation liées à certains sites, notamment les Grandes Locos, dont les volumes non chauffés imposent leur propre temporalité.

Rendez-vous majeur qui réunit près de 300 000 visiteur(se)s à chaque édition, la manifestation conserve néanmoins son envergure, avec des artistes issu(e)s de 29 nationalités pour cette nouvelle édition. Un format revu, donc, qui agit sur le rythme sans affaiblir l'ambition artistique, comme l'a assuré Cécile Bourgeat lors de la conférence de presse de présentation de La Biennale, ce jour. Nouvellement nommée directrice générale de La Biennale, elle y a rappelé une ligne de continuité : maintenir une Biennale conçue d'abord comme un espace de production, avec une part importante d'œuvres inédites, tout en garantissant un accès élargi. « Donner une place centrale aux artistes » et permettre à chacun de s'approprier le parcours, sans hiérarchie imposée.

À ses côtés, Isabelle Bertolotti, directrice artistique de La Biennale et directrice du MacLyon, insiste sur ce qui fait la singularité lyonnaise : une méthode fondée sur la coopération. Réseaux d'artisans, institutions, structures locales, habitants, tout un écosystème mobilisé pour produire des œuvres « extrêmement originales », souvent impossibles ailleurs. 

Aux Grandes Locos, Catherine Nichols, commissaire de la 18e édition, Isabelle Bertolotti, directrice artistique de La Biennale et directrice du MacLyon, et Cécile Bourgeat, directrice générale de La Biennale de Lyon © CD/LePetitBulletin

Déplacer les récits

Catherine Nichols, commissaire de cette 18e édition, historienne de l'art australienne aujourd'hui basée à Berlin, a pris la parole pour présenter les lignes de force de La Biennale et esquisser plusieurs figures artistiques clés du parcours. Passée notamment par Manifesta 14 à Pristina au Kosovo, elle développe une pratique attentive aux contextes et aux récits, avec une attention particulière portée à des scènes moins visibles, notamment en Océanie, territoire largement représenté cette année.

Le titre, Passer d'un rêve à l'autre, emprunte au philosophe allemand Walter Benjamin une idée centrale : nos sociétés reposent sur des constructions imaginaires, économiques et politiques, qu'il ne s'agit pas de dissiper mais de déplacer. Autrement dit, La Biennale ne prétend pas sortir du rêve - celui du capitalisme, de la modernité, de la circulation des marchandises - mais en révéler les mécanismes. Une approche qui s'inscrit aussi dans une référence à l'artiste Robert Filliou et à son idée d'"économie poétique", où les échanges ne se limitent pas à la valeur monétaire mais englobent relations, récits et pratiques sociales.

Ainsi, les Grandes Locos, ancien technicentre SNCF, accueilleront des œuvres à grande échelle en prise avec les logiques industrielles. Le MacLyon se concentrera davantage sur des questions d'héritage et de transmission. La réouverture pour l'occasion du Musée des tissus, fermé depuis plusieurs années, constituera l'un des gestes marquants de cette édition : le textile y deviendra un prisme pour penser à la fois l'histoire économique lyonnaise et des formes contemporaines de relation. D'autres lieux - Musée des Confluences, IAC de Villeurbanne, Fondation Bullukian, espaces publics - prolongeront ce maillage.

Des œuvres en prise avec le réel

La programmation, encore partiellement en cours d'élaboration, s'articulera largement autour de productions inédites et de projets situés.

Aux Grandes Locos, l'installation participative de l'artiste hollandaise Mette Sterre transformera l'espace en piste de rollers inspirée des parcs de loisirs. Le public y circulera dans un environnement construit à partir de récits d'habitants d'Oullins, entre imaginaire collectif et expériences plus intimes.

Au Musée des tissus, l'artiste gréco-britannique Mikhail Karikis présentera un projet mené avec des adolescents à Lisbonne, prenant la forme d'une composition sonore à partir de la phrase « Nous sommes ensemble parce que... », faisant émerger une parole collective et politique. Au même endroit, l'artiste indienne Archana Hande travaillera à partir de cartes perforées des métiers à tisser Jacquard. Ces supports techniques, utilisés pour guider les motifs, seront assemblés pour composer un environnement à travers lequel le visiteur sera invité à déambuler.

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Autre trame à l'œuvre : celle du tissu social avec le travail de la camerounaise Rose Frigière. En collaborant avec des salons de coiffure afro à Lyon et à Marseille, elle s'appuie sur ces lieux comme espaces d'échange et de transmission. Aux Grandes Locos, elle en proposera une extension sous la forme d'un "parasalon".

Dans un autre registre, cette attention aux formes de relation se retrouvera chez d'autres artistes invités. Paul Taburet présentera ainsi des peintures traversées par des figures entre vivants et morts, tandis que le peintre vietnamien Huong Dodinh développera une œuvre plus minimale, attentive à la perception et à la lumière.

Annoncée comme un axe fort de cette édition, la scène océanienne occupera également une place importante, avec notamment l'artiste australienne Kaylene Whiskey, dont les œuvres associent récits aborigènes et figures de la culture populaire.

Enfin, autour des expositions, La Biennale déploiera des formats plus ouverts. Aux Grandes Locos, Lyl Radio, radio lyonnaise fondée en 2015, installera son plateau sur place et proposera une programmation d'entretiens et de discussions. Des soirées, des formats performatifs ou musicaux - notamment autour de la jeune création - sont annoncés, tout comme des propositions pour les enfants, même si une partie de cette programmation reste encore à préciser.

Biennale d'art contemporain 2026
Du 19 septembre au 13 décembre 2026 dans toute la métropole de Lyon ; tarifs non-communiqués