LBF 2026

Immobilier dans le Rhône : un marché stabilisé, mais de plus en plus sélectif

Publié Vendredi 24 avril 2026

Immobilier / Le 20 avril, au Palais de la Bourse, notaires, banquiers et acteurs du secteur ont présenté un marché immobilier qui ne recule plus. Les volumes repartent, les prix se stabilisent. Mais derrière cette accalmie, les conditions d'accès sont de plus en plus difficile et la reprise repose sur un nombre plus limité d'acheteurs.

Photo : Mes Louis Cheret, Florence Boachon et Estelle Rousseau-Breton lors de l'observatoire de l'immobilier qui s'est tenu le 20 avril 2026 © CD/LePetitBulletin

Réunis pour cet observatoire rhodanien annuel, Mes Louis Cheret, Florence Boachon et Estelle Rousseau-Breton s'appuient sur les données des transactions enregistrées sur l'année 2025. Ainsi l'année a enregistré 25 640 transactions dans le Rhône (+6, 1 %) soit la première hausse annuelle enregistrée depuis 2021, 951 000 à l'échelle nationale (+12, 5 %). Les prix, eux, se stabilisent après deux années de baisse.

La remontée est réelle, mais elle ne ramène pas le marché à son niveau d'avant. Le nombre de ventes reste proche de celui de 2015, loin des années 2020-2021. Entre-temps, le contexte a changé. Lorsque les taux étaient très bas, le crédit élargissait mécaniquement le nombre d'acheteurs. Aujourd'hui, avec des conditions de financement plus strictes, une partie d'entre eux ne peut plus suivre. La géographie, elle, ne bouge pas. La métropole de Lyon concentre toujours environ 44 % des ventes du département, dont 32 % pour la seule ville.  

Un marché recentré sur les plus solvables

Les acquéreurs sont majoritairement des cadres (37 %), plus âgés, plus installés. Les biens se gardent plus longtemps : 29 % des vendeurs détenaient leur logement depuis plus de 15 ans, contre des cycles bien plus courts auparavant. « On achète moins souvent, plus stratégiquement », souligne Me Florence Boachon. Les notaires relèvent aussi un marché très local : 83 % des acquéreurs sont déjà issus de la région. Dans le même temps, la répartition des surfaces évolue peu, signe d'un marché stabilisé mais peu mobile.

Ces éléments traduisent un accès plus difficile à la propriété. Le marché tient, mais il devient plus exigeant : il favorise les situations les plus stables et laisse davantage à l'écart les profils précaires ou moins installés. Les parcours résidentiels s'allongent, et l'entrée dans la propriété se décale, voire devient inaccessible pour une partie des ménages 

L'angle mort : l'investisseur absent

Dans ce paysage, Pierre Clocher, délégué du Comité des banques Auvergne-Rhône-Alpes, pointe un autre élément : « il nous manque absolument le marché de l'investisseur ». Il ne s'agit pas ici d'acteurs publics, mais d'investisseurs privés - particuliers qui achètent pour louer, ou structures (SCPI, fonds, compagnies d'assurance) qui financent une partie du marché, notamment le neuf.

Aujourd'hui, les rendements locatifs tournent autour de 2 à 3 %, dans un contexte où d'autres placements sont redevenus compétitifs. Résultat, une partie de ces acteurs se retire ou attend. Moins d'investisseurs signifie moins d'achats destinés à la location, et surtout moins de programmes neufs lancés en amont. Les notaires évoquent ainsi une promotion « largement à l'arrêt » depuis près de trois ans, avec des opérations qui peinent à se concrétiser. Ce retrait a des effets visibles au-delà des transactions elles-mêmes. Moins de logements construits ou mis en location, c'est aussi une pression accrue sur le parc existant, dans un contexte où l'accès au logement reste déjà contraint pour une partie des ménages.

Le tertiaire en retrait, symptôme d'un modèle qui se recompose

Même tendance du côté de l'immobilier d'entreprise. Gautier Chapart, directeur des opérations bureaux et activités de la région, évoque une baisse de 25 % de la demande de bureaux en 2025. L'investissement à Lyon plafonne à 744 millions d'euros, loin de la moyenne des dix dernières années (1, 2 milliard). Ainsi les capitaux se redéploient vers d'autres classes d'actifs, ou vers d'autres pays, jugés plus rentables. « L'équation de prix ne se rencontre plus », résume-t-il.