Déborder/envelopper : Psychedelic porn crumpets au Transbordeur
Heavy psyché / Ce 15 mars le groupe australien et sa puissance immersive font escale à la salle villeurbannaise pour une soirée résolument vertigineuse.
Photo : Psychedelic Porn Crumpets - Photo Presse
Formé à Perth autour de Jack McEwan au mitan des années 2010, le groupe s'est imposé immédiatement comme l'un des laboratoires les plus féconds du rock psyché contemporain. Sans, pour autant, atteindre les sommets des compatriotes King Gizzard & the Lizard Wizard, "prolifique" demeure incontestablement un mot trop faible pour les décrire. Avec huit albums en moins de dix ans, le travail de Psychedelic porn crumpets relève d'un principe vital : produire pour maintenir la combustion.
Dès le diptyque inaugural High visceral, PPC a su tracer une trajectoire faite de la même matière que les voyages lysergiques, où le paysage environnant suggère celui d'un kaléidoscope perpétuel, paradis artificiel où la distorsion devient harmonie. Les notes apparaissent comme des entités flottantes, hantant l'expérience d'allure onirique, lui prêtant l'épaisseur d'une sensation physique. Les à-coups rythmiques ponctuent sans fracturer, les poussées de guitare débordent toute balise, donnant lieu à une fresque excessive, aux plans superposés jusqu'à l'hypnose.
Une architecture du vertige
Leur manière d'articuler une pensée sonore sans recourir à la rage semble constituer l'axe autour duquel serpente leur esthétique. Chez les Crumpets, l'intensité, marquée par la circulation, s'accompagne d'une saturation conçue comme un geste chaleureux, enveloppant. Le groupe ne cherche ni l'explosion cathartique, ni la violence démonstrative, préférant la montée, la propulsion, la spirale.
Chainon manquant entre Black Sabbath, Beatles, Hawkwind et Kyuss, PPC absorbe gravité métallique, mélodie irradiée, propulsion cosmique et groove hypnotique. Puisant dans l'entrelacs garage/heavy psyché, le groupe livre de véritables expériences, shoots émotionnels où le format couplet-refrain se dissout au profit d'une perception totalisante.
Réécouter l'intégralité de la discographie revient à pénétrer dans les entrailles de la Terre en découvrant un cycle pariétal bariolé, déployé sur plusieurs années : cohérent, organique, traversé de motifs récurrents. Chaque morceau des Aussies, nous projette constamment in medias res, dans le tumulte déjà engagé de la décharge sonore : la musique arrache au quotidien et propulse dans un vortex de fuzz, delays en spirale, batteries propulsives, lignes de basse circulaires.
Réordonner la déflagration
Pogo rodeo, huitième album sorti cinq mois à peine après le puissant Carpe diem, Moonman, incarne l'énième preuve que l'on peut échapper à la fois au renouvellement forcé et à la répétition confortable. L'ouverture heavy-stoner, presque tellurique, installe une tension compacte, tandis que des touches industrielles strient par la suite la surface, ajoutant une rugosité métallique. Mais le disque n'écarte pas le côté éthéré, confiant la responsabilité du dénouement aux atmosphères vaporeuses, volatiles, qui semblent évoquer Air et Beach house.
Se soustrayant aux euphories asphyxiantes d'un revivalisme psychédélique ordinaire, les Australiens poursuivent un parcours inventif, réticent à toute réductionnisme et consacré à l'incessant débordement.
Psychedelic porn crumpets
Dimanche 15 mars 2026 à 19h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 30, 65 €
