Amour

ECRANS | Nouveau sommet dans l’œuvre de Michael Haneke, le crépuscule d’un couple comme une ultime épreuve de leur amour face à la maladie. Sublime, grâce à une mise en scène à la bonne distance et deux comédiens admirables. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 27 septembre 2012

C'est un petit-déjeuner comme les autres pour Georges et Anne (Trintignant et Riva, vraiment bouleversants), octogénaires, mariés depuis des lustres mais toujours amoureux. Sauf que, soudain, Anne ne bouge plus, comme absente à elle-même. Georges tente de la sortir de cette léthargie, rien n'y fait. Tout aussi soudainement, elle revient à elle, comme si ce long blanc n'avait pas existé. C'est le premier signe de la maladie qui va peu à peu lui faire perdre son autonomie physique, puis l'usage du langage, «et la suite, on la connaît» comme dit Georges à sa fille, bourgeoise agaçante de commisération. Mais la scène elle-même pourrait être celle d'un film fantastique. Avec Amour, Michael Haneke démontre à nouveau à quel point il sait faire surgir cette angoisse à l'intérieur du quotidien : une serrure fracturée, un pigeon qui s'introduit dans l'appartement, un cauchemar où Georges est attaqué par un individu masqué qui l'étouffe… Dans ce huis clos asphyxiant dont l'issue est annoncée dès le prologue, l'inquiétude est là, palpable dans la chair des plans subtilement éclairés par l'immense Darius Khondji. Alors, s'il n'y a pas d'alternative à la mort qui rode, y a-t-il encore une place pour l'amour ?

Un monstre gentil

Surprise : Haneke répond "oui". Un "oui" qui lui ressemble, plein de paradoxes et de doutes ; mais un "oui" quand même. Georges choisit d'accomplir la volonté d'Anne : ne pas retourner à l'hôpital, finir ses jours chez elle auprès de son mari. La dégradation de son état devient un défi moral pour Georges : comment lui conserver la même tendresse que celle qu'il avait pour elle lorsqu'elle possédait tous ses moyens ? Comment déceler la part d'humanité toujours vivante derrière ce corps en souffrance ? Refusant la régression (une infirmière trop mielleuse en fait les frais) mais aussi l'affliction (sa fille, jouée par une délicieusement odieuse Isabelle Huppert), il doit rester droit et digne. Les cadres au cordeau du cinéaste, son goût pour la distance et l'épure n'ont plus le caractère coupant et clinique de ses films précédents : ils se font impératifs moraux pour éviter toute complaisance, toute obscénité face à ce qu'il filme. Haneke, c'est Georges, dont Anne disait de lui : «Tu es un monstre, mais tu es gentil» ; qu'il se mette à ce point en jeu dans un de ses films est la preuve de sa suprême maturité.

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"Les Amours d’Anaïs" : Love, etc.

ECRANS | Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 septembre 2021

Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas indifférente à ses charmes, jusqu’à ce qu’elle découvre la compagne de Daniel, Émilie, une autrice qui va la fasciner… Avec ce premier long métrage, Charline Bourgeois-Tacquet signe une comédie sentimentale primesautière — mais inégale, le revers de la médaille — cousue main pour l’interprète de son court Pauline asservie, Anaïs Demoustier. Celle-ci endosse avec naturel et piquant ce rôle homonyme de tête folle irrésolue, charmeuse et agaçante, hésitant entre deux hommes, une femme, sa thèse, et se promène de Paris à la Méditerranée ou la Bretagne (malgré ses soucis pécuniaires d’étudiante trentenaire…) Très Nouvelle Vague revue Podalydès dans la forme et l’esprit, Les Amours d’Anaïs revisite certains motifs du cinéma-chambre-de-bonne (devenu appartement deux-pièces, on sait vivre) et de l’adultère germanopratin avec une forme d’insolence foutraque, légèrement gâchée par le recours à quelques grosses fic

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Avignon vs Saint-Étienne

Scènes | A l’invitation du maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, une quinzaine de compagnies de théâtre se sont retrouvées en Avignon, pour le festival auquel quelques-unes d’entre elles prenaient part. L’occasion de dresser ensemble un état des lieux et de se projeter dans la nouvelle saison.

Niko Rodamel | Mardi 7 septembre 2021

Avignon vs Saint-Étienne

Depuis Jean Dasté, Saint-Étienne demeure une ville de théâtre, mais chaque été Avignon en est la Mecque incontestable. Après l’annulation du festival l’an passé, l’édition 2021 était pour les artistes celle de la résistance. Pour sa 75ème édition dans la cour d’honneur du Palais des Papes, la programmation officielle (45 pièces et 300 levés de rideau) intronisait notamment Tiago Rodrigues, lequel mettait en scène Isabelle Huppert dans La Cerisaie de Tchekhov et prendra la place d’Olivier Py en 2023 à la tête de l’institution. Côté OFF, les dédales de la cité papale accueillaient cette année pas moins de 1070 spectacles, joués par 752 compagnies françaises et 66 compagnies étrangères, présentés dans 116 lieux du 7 au 31 juillet. Des chiffres impressionnants, pourtant en légère baisse. Pour les compagnies stéphanoises, jouer en Avignon représente tout autant un passage obligé qu’une vitrine à ne pas négliger, avec son effet tremplin, son bouche-à-oreille et surtout la présence de très nombreux programmateurs venus faire leur marché pour plusieurs saisons à venir. Cet été, quelques-unes d’entre elles prenaient part au OFF, à l’image de l’ensemble Cappella Forens

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Enquête amoureuse

Adaptation | Une histoire d’amour homosexuelle, intense, sensuelle mais violente, dans la province des années 80. Une histoire racontée avec pudeur, nostalgie et (...)

Cerise Rochet | Mardi 7 septembre 2021

Enquête amoureuse

Une histoire d’amour homosexuelle, intense, sensuelle mais violente, dans la province des années 80. Une histoire racontée avec pudeur, nostalgie et mélancolie. Une histoire gardée secrète durant près de 30 ans, avant de devenir le roman le plus autobiographique de l’écrivain à succès Philippe Besson. Une histoire aujourd’hui adaptée à la scène par Angélique Clairand et Eric Massé, avec audace, justesse et brio. Un spectacle tout en émotions contenues, prêtes à nous exploser à la figure, à tout moment. Arrête avec tes mensonges, le 22 octobre à la Comédie de Saint-Etienne

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Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinéma et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Jeudi 10 septembre 2020

Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. Un film est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscén

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"La Daronne" : Chit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani… Sortie le 9 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de chit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Cache-cache

Théâtre | Monsieur Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils de l’un de ses amis. Mais, peu emballée à l’idée d’épouser un garçon à l’aveuglette, Silvia (...)

Cerise Rochet | Mercredi 4 mars 2020

Cache-cache

Monsieur Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils de l’un de ses amis. Mais, peu emballée à l’idée d’épouser un garçon à l’aveuglette, Silvia ruse, en échangeant sa place avec sa servante Lisette, alors que lui arrive pour la courtiser… Ou comment savoir à qui on a affaire, sans se faire repérer. Problème : Silvia ignore que son bellâtre a eu la même idée, en prenant la place de son valet Arlequin. Ainsi, ne connaissant rien des desseins de leurs prétendants, chacun s’étonne bien vite d’être attiré par ceux qu’ils croient être des domestiques. Au détour d’une intrigue qui reprend les rouages de la comédie classique, mêlant quiproquos, manipulation, péripéties, comique des mots et de situation, Le Jeu de l’Amour et du hasard est en réalité une histoire de déterminisme social, de "reconnaissance immédiate" entre personnes du même rang. Lisette et Arlequin, au final, ce pourrait être une lutte des classes qui n’aboutirait pas, XVIIIe siècle oblige. Mais aboutirait-elle, pour une Lisette et un Arlequin du XXIe ? Le Jeu de l’amour et du hasard, du 1er au 3 avril au théâtre du Parc à Andrézieux

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Si c’était de l’amour : InDensité

ECRANS | De Patric Chiha (Fr., 1h22)…

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Si c’était de l’amour : InDensité

Au commencement était une pièce chorégraphique, Crowd. Et puis Patric Chiha a posé ses caméras pour suivre le travail de la troupe de Gisèle VIenne, des répétitions aux coulisses, entremêlant instants de vie et bouts de live… Les premières images surprennent autant qu’elles mettent en condition : elles montrent un homme asperger un par un, comme s’il s’agissait de banales récoltes, des couples s’apprêtant à prendre part à une soirée à musique poup-poum. Plus étrange, cette séquence qui semble singulièrement ralentie, défile à sa vitesse normale : ce sont les protagonistes qui freinent leurs mouvements, synchrones dans leurs gestes retenus. L’effet — réussi — restitue sans ses désagréments collatéraux la pulsion stroboscopique de partager la transe d’une rave, sujet de Crowd. Sensoriel, hypnotique, sensuel également, Si c’était de l’Amour n’est pas la “simple“ captation d’un spectacle dont il ne partage pas le nom, mais une interrogation à l’image de son titre, que les échanges qu’il intègre éclairent délicieusement, sans élucider la question en suspens. Ces irruptions dans le processus créatif montrent des danseurs

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Le Folamour !

Soirées | Ce devait être Bon Entendeur au Fil pour la soirée du 25 septembre dans le cadre de Sainté Accueille Ses Étudiants, ce sera finalement Folamour ! Qu'à cela ne (...)

Nicolas Bros | Jeudi 19 septembre 2019

Le Folamour !

Ce devait être Bon Entendeur au Fil pour la soirée du 25 septembre dans le cadre de Sainté Accueille Ses Étudiants, ce sera finalement Folamour ! Qu'à cela ne tienne... Les étudiants stéphanois sont gâtés dans les deux perspectives. Dans une veine house, groove et tropicale, Folamour est un Dj qui ne cesse de monter. Sous ses Dj set, le chaloupé n'est pas rare et le smile apparaît tout naturellement sur les visages. C'est assurément une bonne pioche pour assurer une soirée d'accueil aux étudiants en bonne et due forme. Folamour, mercredi 25 septembre dès 19h30 au Fil, dans le cadre de Saint-Étienne Accueille Ses Étudiants / Entrée libre

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"Greta" : L'affaire est dans le sac

Thriller | de Neil Jordan (É.-U.-Irl., int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mercredi 12 juin 2019

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galvaudé, on peut parler en l'occurren

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"Les Météorites" : Des étoiles dans les yeux

ECRANS | De Romain Laguna (Fr., 1h25) avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Nina, 16 ans, a lâché le lycée et bosse pour l’été dans un parc d’attraction. Seule à voir une météorite zébrer le ciel, elle y lit un signe du destin et se sent invincible. Alors Nina ose, agit selon son cœur et ses envies, quitte à essuyer de cosmiques déconvenues. Elle grandit… Bonne nouvelle : une génération de comédiennes est en train d’éclore et en plus, on leur écrit des rôles à la hauteur de leur talent naissant, donnant au passage de la jeunesse d’aujourd’hui une image plutôt féminine et volontaire. Après la révélation Noée Abita dans Ava de Léa Mysius (2017), voici Zéa Duprez en Nina — la prévalence des prénoms mono ou di-syllabiques riches en voyelles étant fortuite. Mais le volontarisme de Nina n’exclut pas une dose d’ingénuité lorsqu’il s’agit d’affaires de cœur : on n’est pas sérieux quand on a 16 ans, on croit en l’éternité de l’amour et l’on déchante avec d’autant plus de cruauté. Romain Laguna fixe des instantanés d’un été à part, ainsi que les mille et unes facettes d’une héroïne tantôt farouche et rugueuse quand elle roule des épaules

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"C'est ça l'amour" : Papa poule, papa coule

ECRANS | De Claire Burger (Fr., 1h38) avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Sa femme l’ayant quittée, Mario est tout tourneboulé. S’accrochant à l’espoir de la voir revenir, il tente avec sa maladresse bienveillante de préserver ses filles du cataclysme qui les ronge tous. Mais rien n’est facile dans cette famille de guingois : même l’amour en a pris un coup. Ce portrait-mosaïque d’une famille bohème — très loin d’être bourgeoise — dynamitée par la défection maternelle fait penser à un jeu de billard américain, quand la blanche vient de casser le paquet et que les boules s’échappent en tout sens : Claire Burger s’attache en effet à la trajectoire de chacun personnages de la famille atomisée, dans l’apprentissage de ses nouveaux repères, si bancals soient-ils. Car Mario n’occupe pas seul les premiers plans (à la différence du père joué par Romain Duris dans Nos batailles, confronté à une situation similaire) : le film ménage de la place aux filles, dans leur émancipation de l’âge d’enfant, leur confrontation aux chamboulements multiples secouant par ailleurs l’adolescence (premières amours, les désir d’indépendance).

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Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « Je vais faire Casanova » Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot.

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"Dernier Amour" : Plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr., 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieues précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Da

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"Une jeunesse dorée" : Jeunesse qui rouille fait l’andouille

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr.-Bel., 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, la baby-doll

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Catherine Corsini : « L’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur Pourquoi le Brésil ?, Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Un grande fresque digne.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Catherine Corsini : « L’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? CC : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la ment

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"Un amour impossible" : Odieux le père

Drame | de Catherine Corsini (Fr., 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement le dénouement Psychose, où le compor

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Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Panorama ciné | On le sait, voir n’est pas regarder. Ainsi, il est des films qu’on peut laisser filer d’un œil distrait et d’autres à scruter. Et puis d’autres encore, où la question d'un regard attentif se révèle cruciale…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Commençons par regarder au-delà de notre champ de vision, à perte de vue, en compagnie de Thomas Vinterberg. On l’avait quitté évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017), le réalisateur de Submarino (!) persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec Kursk (7 novembre) récit inspiré par la tragédie du sous-marin nucléaire russe homonyme passé par le fond avec son équipage en 2000. Terriblement d’actualité, alors que les tensions est/ouest regèlent, ce drame raconte l’obstination mortifère des nations et des militaires — quel que soit leur pavillon —, davantage prompts à sauver leurs vaniteuses apparences que leurs marins. Sobrement spectaculaire, cette superproduction internationale travaille les formats d’image, la dilatation du temps et le son avec une enviable finesse. Pour High Life (même date), Claire Denis s’échappe quant à elle totalement de l’orbite terrestre pour un conte de science-fiction zonant plu

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"L'Amour flou" : Auto-psy d’un couple

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr., 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin…deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle Clémentine Autain

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"L'Amour est une fête" : Et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr., 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses partitions pour instr

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Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

 Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? D.A : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quelle genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a des fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de

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"Amoureux de ma femme" : Sale rêveur

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr., 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On n’assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fanta

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"Madame Hyde" : Bozon maudit

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre, la réalisation de “moments“ musicaux plus statiqu

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mercredi 7 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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Happy End : Point trop final

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 4 octobre 2017

Happy End : Point trop final

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Trintignant joue une extension de son personnage de Amour — il y fait explicitement allusion ; quant à Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé — quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si tous les éléments habituels dérangeants sont là, manque un liant — comme la durée obstinée des plans, par exemple. Privé des longues séquences de tension faisant l’ordinaire si perturbant du cinéaste autrichie

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Lettre de Cannes #3

Festival de Cannes 2017 | Ou comment la courtoisie est une valeur qui se perd, un grand cinéaste se suicide à Cannes, et Netflix invente le vidéo-film.

Christophe Chabert | Mardi 23 mai 2017

Lettre de Cannes #3

Cher PB, Au son d’un hélicoptère tournoyant dans le ciel, loin au-dessus de la croisette, je t’écris à nouveau pour te parler de cinéma. Mais avant, j’aimerais te raconter un petit jeu que je pratique avec quelques amis depuis que je me rends au festival. Ce jeu, qui est plutôt une forme de compétition honorifique, s’appelle le Prix de la courtoisie. Rien à voir avec la radio d’extrême droite éponyme — cela me rappelle qu’autrefois, quand moi-même je faisais de la radio, un des animateurs ne cessait de présenter les titres musicaux en parlant d’albums « éponymes », sans trop savoir ce qu’il racontait puisqu’il allait jusqu’à dire de certains qu’ils étaient « parfaitement éponymes », laissant penser que d’autres étaient « un peu éponymes » et d’autres encore « moyennement éponymes »… Le Prix de la courtoisie consiste à saluer chaleureusement TOUS les agents d’accueil que l’on croise avant d’accéder aux projections, de les remercier chaque fois qu’ils font quelque chose pour nous — biper nos badges, nous indiquer nos places… — et, plus globalement, de leur sourire et de ne pas les traiter comme des paillassons. La base, quoi… Sauf au festival de Cannes où les

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'ampleur stratosphériq

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Et le hasard fait bien les choses

Danse | Marie-Claude Pietragalla avait enflammé La Bâtie d'Urfé avec La tentation d'Eve. Elle revient illuminer la scène de l'Opéra, mais cette fois avec Julien Derouault, son compagnon à la ville dans "Je t'ai rencontré par hasard".

Monique Bonnefond | Mercredi 5 avril 2017

Et le hasard fait bien les choses

Couple à la ville et à la scène, Marie-Claude Pietragalla et Julien Deroualt font partager, dans Je t'ai rencontré par hasard, leurs émotions et leurs interrogations sur le hasard, la rencontre, le couple et sa durabilité dans le temps. "Pietra" travaille beaucoup sur l'humain, sur ce qui peut nous questionner, comme le hasard qu'elle place au cœur de la rencontre entre deux êtres. Qu'est-ce qui est déterminant dans une rencontre ? Un regard ? Un geste ? Une attitude ? Une étincelle qui jaillit ? "Pietra", qui connaît les grands textes classiques cite Phèdre clamant son amour coupable pour Hippolyte : "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue". C'est une histoire vieille comme le monde. Un homme et une femme Parfois, le hasard fait bien les choses. "Pietra" et Julien se sont rencontrés au Ballet national de Marseille où Julien auditionnait : c'est ce choc amoureux qu'ils dansent. Sur fond de choix musicaux éclectiques, ils revisitent la vie à deux à travers une série de tableaux qui mettent en scène l'évolution d'un couple au quotidien prosaïque autour d'un lit, d'une table, de chaises... Le lien amo

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

ECRANS | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mercredi 25 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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D'ombres et de lumières

SCENES | Le chorégraphe Davy Brun, immédiatement séduit par le travail d'auteur illustrateur d'Antoine Guillopé, relève le pari de mettre en danse le petit conte inspiré (...)

Monique Bonnefond | Mardi 3 mai 2016

D'ombres et de lumières

Le chorégraphe Davy Brun, immédiatement séduit par le travail d'auteur illustrateur d'Antoine Guillopé, relève le pari de mettre en danse le petit conte inspiré de son superbe album : Akiko l'amoureuse. Par un jeu subtil d'ombres et de lumières, de lanternes, une scénographie faite de panneaux blancs finement découpés qui nous plongent ainsi que l'ombrelle wagasa dans la beauté délicate de l'art japonais, le conte prend vie dans un univers empreint de poésie, avec les bruits de la nuit dont le noir est magnifiquement utilisé, la forêt peuplée des animaux qui vont aider la petite Akiko à débarrasser Takiji de sa peur du soleil. Pas besoin de paroles. L'émotion passe par le langage des corps et le visuel. Comme avec Charlot, on est dans le langage préverbal. Pas un mot et on comprend tout. Akiko et Takiji se regardent, sans ces dérobades que les adultes nomment pudeur et on suit l'histoire d'amour entre Akiko, la petite fille courageuse et Takiji, le petit garçon qui a peur que le soleil le change en pierre. Akiko l'amoureuse, samedi 14 mai à 17h au Théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon

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L’Avenir

ECRANS | Critique du film L'avenir de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mercredi 6 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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Avril, ne te découvre pas d’un film

ECRANS | Coincée entre la fin de l’hiver et l’avant-Cannes, la période des vacances de Pâques se révèle invariablement l’une des plus hasardeuses de l’année pour les spectateurs. Courage : en creusant un peu, on trouve quand même de quoi la surmonter… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Avril, ne te découvre pas d’un film

Depuis un certain temps, avril paraît considéré comme le souffre-douleur de l’année cinématographique : c’est dans ses bras qu’échouent, les œuvres d’auteurs un peu malades, les comédies presque drôles, les blockbusters pas vraiment attendus, et tout un reliquat de films que les distributeurs n’ont pas réussi à placer plus tôt — le temps est compté pour ces sorties de la dernière chance, car s’annonce déjà sur la Croisette une nouvelle récolte de film frais. Et puis avril, c’est le mois où le soleil s’emploie à dispenser de nouveau sa bienfaisante chaleur, exerçant par là même une concurrence déloyale avec les salles obscures. Voilà pourquoi tant de films sur les écrans ce mois ont un pied dehors, un pied dedans… Home, sweet home ? Difficile d’imaginer plus casanier qu’un scénariste : vissé à sa machine à écrire, Dalton Trumbo (27 avril) a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Brian Cranston, relate le parcours de ce blacklisté haut en co

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En avant, Mars !

ECRANS | Même si l’hiver a été insignifiant, prendre un peu d’élan pour basculer dans le printemps ne se refuse pas. Ça tombe bien : moult films à l’affiche de mars ont des fourmis dans les jambes et la tête, parfois, dans les étoiles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

En avant, Mars !

Bouger, s’exiler, migrer ; et puis retourner là où tout a commencé, pour enclencher autre chose… Le voyage, grande affaire de l’existence — qu’on perçoit souvent comme une gigantesque traversée —, est aussi le propre de l’Homme. Et dans une période où le repli trémulant derrière les frontières est brandi comme une panacée par tous les complices objectifs des obscurantismes rétrogrades, voir fleurir sur les écrans pléthore de films aux semelles de vent à quelque chose de réconfortant. D’autant que le voyage prend, selon les cinéastes, des formes très diverses… La tentation de l'ailleurs Le plus proche dans sa sortie (2 mars) va le plus loin dans le délire, mais aussi dans sa complexité ontologique : vrai-faux film anglais tourné en Belgique par le Français Antoine Bardou-Jacquet avec l’Américain Ron Perlman Moonwalkers, s’inspire de cette fameuse rumeur selon laquelle la conquête de la Lune aurait été simulée, la Nasa ayant commandité à Kubrick le tournage d’un faux alunissage. William Karel avait signé un prodigieux documentaire (Opération Lune) sur le mode sérieux, on glisse ici dans la comédie d’espionnage sous psychotro

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenu très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans l’apathie

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Abus de faiblesse

ECRANS | Critique du film Abus de faiblesse de Catherine Breillat avec Isabelle Huppert et Kool Shen Avec ce film autobiographique évoquant l’AVC qui l’a laissée partiellement paralysée et sa rencontre avec l’escroc Christophe Rocancourt, Catherine Breillat se livre à un portrait en bourgeoise aveuglée et humiliée, qui manque de saillant cinématographique mais pas de cruauté. Christophe Chabert

Laurie Bizien | Mardi 11 février 2014

Abus de faiblesse

Ce n’est pas la première fois que Catherine Breillat met son cinéma en abyme ; Sex is comedy rejouait ainsi le tournage compliqué d’À ma sœur… Mais jusqu’ici, Breillat elle-même se tenait à l’écart de ce jeu dont on sait à quel point il peut être vain – qu’on se souvienne du Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi… Or, Abus de faiblesse ne cache pas sa nature autobiographique, malgré toutes les précautions d’usage ; les noms ont été changés, mais Maud-Isabelle Huppert, cinéaste victime d’un AVC qui la laisse à moitié paralysée, c’est évidemment Breillat. Et l’escroc Vilko-Kool Shen (subtil redoublement que d’avoir distribué un non-acteur pour jouer un non-acteur), à qui elle veut offrir le rôle principal de son prochain film, c’est Christophe Rocancourt. Celui-ci va lui soutirer des sommes de plus en plus colossales, jusqu’à la plonger dans la précarité. La bourgeoise et l’arnaqueur L’ouverture du film décrit l’accident de Maud comme une scène de cauchemar – effectivement tétanisante – puis la rééducati

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-être le vrai descendant de cette Nouvelle vague à la fois conspuée, révérée et régulièrement pillée, inscrivant à l’

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Tango, partage des sens et de l’Amour

SCENES | Une musique magnifique, avec des mélodies ensorcelantes d’Astor Piazzolla, des rythmes de Gotan Project et africains, à la Louis Armstrong, des musiques de tango, de Buenos-Aires à Paris. Un couple, sa naissance, «les moments les plus importants» de sa vie. Désir, Passion, Souffrance, Amour qui brûle, Amour qui dévaste mais qui fait vivre. Octavia de la Roza et Camille Colella vous feront vibrer en vous livrant toute une palette de riches émotions. Monique Bonnefond

Marc Chassaubene | Samedi 2 novembre 2013

Tango, partage des sens et de l’Amour

Comme chorégraphe, Octavio de la Roza cherche «des sujets passionnants». Avec Tango mon Amour, il a mis la main sur des éléments dont la charge émotive captive le spectateur.  «En trois mots, ça lance une bombe. Il y a le tango et un couple. C’est une histoire à trois. C’est peut-être le titre qui donne sa forme au ballet.» Bien que né à Buenos-Aires, Octavio dit : «je n’avais rien à faire avec ça. Je n’ai pas essayé de faire du vrai tango», celui dont on fait, à tort, remonter l’origine à son pays. Le tango n’est pas né en Argentine. Le rythme du tango est né en Afrique. Il vient du tam-tam. Une représentation moderne du tango... à trois. «J’ai voulu sortir des clichés touristiques, casser le cliché machiste où l’homme guide la femme», dit Octavio bien loin de l’état d’esprit du «tanguero». Il a voulu montrer la femme d’aujourd’hui, qui dit-il «n’est plus à la même place qu’avant.» Ainsi, dans les portés, magnifiques, on peut voir certaines scènes où la femme «écrase» l’homme. Les rôles s’inversent, dans l’écha

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Étaix, Marker : deux francs-tireurs

ECRANS | Tandis que la Cinémathèque de Saint-Étienne rend hommage, dans le cadre de la Fête du Livre, à Pierre Étaix, Le Méliès programme des œuvres majeures de son contemporain Chris Marker. Quelque chose comme une histoire parallèle du cinéma français… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 septembre 2013

Étaix, Marker : deux francs-tireurs

Les années 60 pour le cinéma français, c’est l’explosion de la Nouvelle Vague : Chabrol, Godard, Truffaut, Rohmer et Rivette d’un côté, Varda, Demy, Resnais de l’autre. Derrière cette forêt de figures intimidantes se cache un vivier de cinéastes qui n’ont jamais cherché à appartenir à aucune école. Ainsi de Chris Marker, disparu l’an dernier, et dont on redécouvre l’œuvre inclassable, que ce soit dans les formats utilisés — courts, moyens ou très longs métrages, documentaires et fictions, et même un improbable CD-Rom — ou dans l’approche très personnelle d’un art dont il aime l’impureté. Son film le plus mythique, La Jetée, ne dure que 28 minutes, et se compose de photogrammes noir et blanc soutenus par une voix-off. Avec ce dispositif minimal, il raconte pourtant une histoire immense qui se déroule après l’apocalypse nucléaire, où un homme doit retourner dans le passé pour influer sur l’avenir. Marker y déploie son thème de prédilection : les méandres des souvenirs, mémoire affective plus prégnante que la mémoire des faits et des événements. La postérité de La Jetée est énorme — de son remake officiel par Terry Gilliam, L'Armée des 12 singes, à ses var

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La Belle endormie

ECRANS | De Marco Bellocchio (It-Fr, 1h51) avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher…

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

La Belle endormie

Avec La Belle endormie, Marco Bellocchio s’empare d’un fait-divers qui a embrasé l’Italie — la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans — provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien prêt à voter contre son groupe, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la survie d’Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma ; et une droguée qui tente de se suicider et se retrouve surveillée de près par un médecin têtu. Bellocchio tombe dans les mêmes travers scénaristiques que les fictions chorales engagées américaines genre Collision : les personnages ne semblent exister qu’à l’aune de la démonstration du cinéaste et le dialogue, notamment dans la partie à l’hôpital, fait preuve d’un didactisme sentencieux assez indigeste. En revanche, La Belle endormie montre à quel point il reste un metteur en scène d’une grande vivacité. À près de 75 ans, il filme son ballet d’intrigues

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi-démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le recto tono de la voix off ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppert, d’une surprenante drôlerie, pour qu’un peu de folie entre dans le film. Trop tard, car l’encéphalogramme plat de sa trop longue première parti

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou les références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Paradis : Amour

ECRANS | D’Ulrich Seidl (Aut, 2h) avec Margarete Tiesel, Peter Kazungu…

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Paradis : Amour

Le hasard a voulu que deux cinéastes autrichiens intitulent leur film de la même manière : Michael Haneke et Ulrich Seidl — le «Paradis» est en fait le titre d’une trilogie dont le prochain volet s’appellera Foi et sortira en mars. Ceci étant, là où Haneke prend ce sentiment au premier degré, Seidl se situe immédiatement dans l’ironie : ici, l’amour, c’est celui que prodiguent contre rémunération des Kenyans à de vieilles autrichiennes venues faire du tourisme sexuel. L’une d’entre elle, plus naïve et moins cynique, espère trouver un amant désintéressé, mais elle ne tombe que sur des escrocs plus rusés que la moyenne. Seidl se moque de son héroïne et de ses compatriotes, moches, stupides, racistes, jusqu’à cette scène authentiquement pornographique où elles tentent de faire bander un gigolo black dans leur chambre d’hôtel. Mais il ne suffit pas de dénoncer le racisme pour ne pas tomber dedans : les Kenyans sont aussi observés avec une distanciation glaciale qui les transforme en clichés — fourbes, fainéants, cupides. En fait, ce n’est que la conséquence d’une misanthropie détestable qui s’affichait au grand jour dès le générique, où Seidl fixait sa caméra sur l

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Haneke ressort de la glace

ECRANS | Reprise opportune de La Trilogie de la Glaciation Émotionnelle de Michael Haneke, accompagnée de son film le plus polémique, "Funny Games", durant tout le mois d’octobre au Méliès : les prémisses d'une œuvre forte, paradoxale et inquiète. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 septembre 2012

Haneke ressort de la glace

Quand Benny’s video est sorti sur les écrans français, une décharge électrique a parcouru le cerveau des cinéphiles. Ou plutôt un tir de pistolet à grenaille, image à la fois centrale et manquante du film, d’abord montrée en vidéo pour l’abattage d’un cochon, puis laissée hors champ lors du meurtre d’une adolescente. On parlait alors de Bresson (pour le jeu blanc des comédiens), de Wenders (pour la réflexion sur l’image qui déresponsabilise l’individu)… Mais très vite, ce style et ces thèmes seront ceux de Michael Haneke, tellement reconnaissables qu’ils vont créer une foule d’imitateurs, dans son pays, l’Autriche, puis partout dans le monde — ce mois-ci, on pourra mesurer à quel point le jeune Michel Franco subit l’influence d’Haneke dans son Después du Lucía. Benny’s video était en fait le volet central d’une trilogie dite «de la glaciation émotionnelle». Avant, Haneke mettait en scène dans Le Septième continent le lent suicide d’une famille qui choisissait de disparaître comme elle avait vécue : avec la même désespérante routine existentielle. Ensuite, avec 71 fragments d’une chronologie du hasard, il donnait une forme plu

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En direct et en différé

ECRANS | La saison cinéma sera, du côté du Méliès et du France, l’occasion de sortir du flot infernal des sorties pour faire des pauses avec des réalisateurs, des retours en arrière sur l’Histoire du cinéma ou simplement de prolonger de manière décalée l’expérience du film. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 31 août 2012

En direct et en différé

Le premier événement de taille de cette saison cinéma aura lieu au Méliès le mercredi 11 septembre : les spectateurs pourront en effet converser avec rien moins que le grand William Friedkin. Le réalisateur de French connection et L’Exorciste, qui vient de fêter ses 77 printemps, revient en force avec Killer Joe, une comédie très très noire où une famille de Texans vénaux et méchants engagent un flic ripou pour liquider la mère divorcée afin de toucher son assurance-vie. Le tueur (Matthew McConaughey, star de la rentrée cinéma grâce à ses prestations habitées dans Magic Mike, Paperboy et Mud) exige toutefois une «caution» : la virginité de Dottie, la jeune et pas encore pervertie fille de la famille. Friedkin inaugure ce qui s’annonce comme un des rendez-vous phares du Méliès : Skype me if you can. En direct depuis chez lui via Skype, le cinéaste répondra donc aux questions du public et, si l’on en croit ses récentes interviews, cela devrait être passionnant. En octobre, c’est le réalisateur de House of boys, Jean-Claude Schlim, qui se prêtera à l’exercice, en partenariat avec le fes

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusi

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